BRUNO Paul, Joseph

Par Robert Goujon

Né le 26 septembre 1894 à Fresne-Poret (Manche), exécuté par les soldats allemands le 28 août 1944 à Lyon (Rhône) ; cheminot ; résistant.

Paul Bruno était le fils d’Euphrasie Plessis et de Dominique Bruno, tous deux cultivateurs. Il commença sa vie professionnelle comme agriculteur dans la ferme de ses parents de 1910 à 1914.
Il fut mobilisé le 9 septembre 1914 et affecté au 136e Régiment d’Infanterie sous le matricule 710. Ce régiment combattit en 1914 dans les Ardennes, à la bataille de Charleroi, la bataille de Guise et la bataille de la Marne ; en 1915, aux batailles d’Artois et d’Argonne. En juin 1916, il fut muté au 25e Régiment d’infanterie. Le 20 octobre l’armée le nomma caporal.
En 1917, il fut cité à l’ordre du régiment pour ses actes de bravoure (n°692 du 27 janvier 1918) et médaillé de la Croix de guerre et devint sergent le 28 janvier 1918.
Il fut sérieusement blessé au thorax le 9 aout 1918 à Unchair (Marne). Évacué, il fut soigné à Montmirail puis Sézanne (Marne). En convalescence, il rejoint son unité le 25 septembre 1918. Décoré de la médaille militaire pour ses faits de guerre, il est mis en congé illimité de démobilisation le 13 septembre 1919. Il est pensionné pour ses blessures, des gelures aux pieds consécutives à ses séjours dans les tranchées et pour des pathologies dues à la guerre.
Paul Bruno entra à la compagnie ferroviaire PLM et commença sa vie cheminote le 26 septembre 1919 comme manœuvre stagiaire aux ateliers de Lyon-Perrache. Il se maria, le couple eut un enfant et habita 6 rue des Templiers ; puis plus tard, 13 place Jules Ferry à Lyon.
Le 1er octobre 1920 il fut nommé manœuvre spécialisé. En juillet 1921 il fut muté aux ateliers d’Oullins puis il retourna à Perrache en janvier 1922 comme Homme d’Equipe. Le 1er octobre 1935, il fut nommé commis de 1ère classe en gare de Lyon-Brotteaux puis commis principal en décembre 1937. Sous-chef de bureau à la gare de Lyon-Guillotière en mars 1942, il fut dirigeant du secrétariat.
Paul Bruno n’accepte pas l’occupation nazie, la collaboration, la renonciation et l’asservissement du régime de Vichy. Il s’engagea dans la Résistance militaire du Rhône, notamment dans l’organisation des chemins de fer. Il est agent de liaison et transporte des armes.
Le 28 août 1944, les alliés et l’armée Française de libération sont aux portes de Lyon. Paul Bruno est en service commandé pour transporter des armes à destination de la Résistance en vue de la libération de la ville. À la hauteur de la place de la Bourse à Lyon, vers 20h15, il est interpellé par un barrage Allemand. Arnold Tailleur témoin de la scène raconte. « Le lundi 28 août 44, j’étais à la fenêtre de mon domicile, un homme a débouché, il fut interpellé par un soldat allemand qui était accompagné du jeune homme avec qui il discutait auparavant, l’allemand arracha le paquet dont était porteur cet homme d’une cinquantaine d’années, voyant qu’il était pris, il s’est enfui, un sous-officier donna l’ordre de tirer, l’homme tomba, les allemands le fouillèrent et lui donnèrent le coup de grâce, ils prévinrent la Croix-Rouge pour transporter le corps, le jeune homme resta encore avec les allemands, il ne fait aucun doute que c’est lui qui a dénoncé M. Bruno, nom que j’ai su par la suite ».
Les funérailles ont lieu le lendemain au cimetière de Loyasse à Lyon. La ville de Lyon fut libérée cinq jours plus tard, le 3 septembre 1944. « Mort pour la France », son nom est honoré sur la plaque commémorative du triage SNCF de Lyon-Guillotière ainsi que sur la stèle régionale SNCF de Lyon (ex-4e arrondissement du réseau Sud-Est), porte Saône de la gare de Lyon Perrache.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article210078, notice BRUNO Paul, Joseph par Robert Goujon, version mise en ligne le 2 janvier 2019, dernière modification le 4 septembre 2020.

Par Robert Goujon

SOURCES : Guide des recherches SNCF pour la période 39/45, 118lm093-005, 266lm003-008, 0266LM0003-007. — Centre des archives multirégional SNCF de Béziers. — Dossier AVCC, Service historique de la Défense, Caen Cote AC 21 P 35305, attestation du Lieutenant-Colonel Bousquet commandant de la subdivision militaire de Lyon (ex-commandant Chabert). — Archives départementales de la Manche, archives militaires de la classe 1914. — Mémorial des cheminots, op. cit. — Recherches de l’IHS CGT des cheminots, Lyon.

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