LORANG Henri

Par Jean-François Lassagne, Pierre Schill

Né le 16 juillet 1910 à Mouterhouse (Lorraine annexée, Moselle), mort le 24 juin 1992 à Thionville (Moselle) ; tourneur ; syndicaliste CGT, membre de la commission exécutive puis secrétaire de l’Union des Syndicats des Travailleurs de la Métallurgie-CGT de Moselle, membre de la commission administrative de l’UD-CGT de Moselle ; militant communiste, secrétaire de la section PCF de Sérémange-Erzange (Moselle) et membre du comité fédéral PCF de Moselle ; conseiller municipal puis adjoint au maire à Sérémange-Erzange ; administrateur de la Caisse d’allocation familiale de la Moselle.

Fils d’un ouvrier d’usine qui eut cinq enfants, Henri Lorang entama en 1924 un apprentissage de tourneur sur métaux aux usines métallurgiques Saint-Jacques à Sérémange (Moselle), appartenant à la famille de Wendel. Il prit un engagement dans l’armée à partir de 1930, mais ne put poursuivre de carrière militaire en raison d’un grave accident. Après avoir travaillé à la construction de la ligne Maginot, il fut embauché comme lamineur à la fonderie de Wendel. À la Libération il retrouva un emploi à l’atelier d’entretien de l’usine, mais il l’abandonna pour prendre des responsabilités à la CGT. Ses activités syndicales l’obligèrent à changer assez régulièrement d’entreprise. Il travailla ainsi aux Aciéries de Nord et Lorraine à Uckange (Moselle) puis pour des entreprises situées à Florange (Moselle) et Thionville avant de trouver en 1959 un emploi de tourneur sur métaux aux Bronzes d’industrie à Amnéville (Moselle). Il prit sa retraite en 1974.

Militant dès les années trente, Henri Lorang s’engagea dans la lutte contre le fascisme puis en faveur de la victoire du Front populaire. Il fit partie de la délégation des métallurgistes CGT qui négocièrent avec les Maîtres de forges la mise en œuvre des accords Matignon et le contenu de la première convention collective de la métallurgie. Au congrès de 1937, il fut élu à la commission exécutive de l’Union des syndicats CGT de la métallurgie (USTM) de Moselle. Il adhéra au Parti communiste en octobre 1938 et y milita jusqu’à la fin de sa vie en ayant notamment occupé les postes de secrétaire de la section de Sérémange-Erzange et de membre du comité fédéral.

Mobilisé en 1938, il fut capturé au moment de la débâcle et emprisonné à Mirecourt (Vosges). À l’été 1940, il put rentrer en Moselle alors que le département était annexé au Reich hitlérien mais ne put retrouver un emploi dans les établissements de Wendel en raison de son engagement politique et fut embauché à la mine de Hayange (Moselle). Il fit partie du groupe de résistance « Mario », le plus important de Moselle annexée. Ce groupe affilié au mouvement de résistance communiste Front national, avait été mis sur pied, à partir de l’été 1941, par l’instituteur messin Jean Burger dont le pseudonyme de résistant était « Mario ». Il rassemblait en majorité des ouvriers membres ou proches de la CGT et du PCF. Henri Lorang était responsable du groupe pour la vallée de la Fensch. Son activité clandestine lui valut d’être arrêté le 23 octobre 1943 et d’être emprisonné au SS Sonderlager du Fort de Queuleu à Metz (Moselle) où étaient interrogés, et souvent torturés, les résistants. Il fut déporté en janvier 1944 au camp de concentration de Natzweiler-Struthof (Bas-Rhin annexé), puis au camp de Dachau (Allemagne) où il fut libéré le 28 avril 1945.

À la Libération, Henri Lorang reprit ses activités militantes. Il fut élu secrétaire permanent de l’USTM-CGT par le congrès de 1946 puis désigné par la fédération nationale des métaux CGT comme délégué fédéral pour l’Alsace et la Lorraine. Au même moment, il devint membre de la commission administrative de l’UD-CGT de Moselle. Il fut à ces deux titres aux avant-postes des grèves de 1947 et 1948 : lors de la grève de novembre-décembre 1947 il anima le comité central de grève de la CGT dans le secteur de la métallurgie. Il recommença également à militer au PCF où il occupa d’importantes responsabilités à la fédération de la Moselle. Il fut par exemple réélu lors de la 18e conférence fédérale tenue les 12 et 13 juin 1965 à Hayange à la présidence de la commission de contrôle financier et à ce titre siégeait de droit au comité fédéral.

Conseiller de Sérémange-Erzange en 1945, Henri Lorang mena la liste communiste aux élections municipales de 1947. Elle rassembla une moyenne de 344 suffrages sur 1 131 suffrages exprimés pour 1 674 votants et n’obtint aucun élu. Il fut élu conseiller municipal puis 1er adjoint au maire de Sérémange-Erzange aux municipales de mars 1977 après le succès de la liste d’Union de la gauche. Il fut réélu aux élections municipales de mars 1983 mais dut réduire ses activités à partir de 1988 en raison d’ennuis de santé. Candidat communiste aux cantonales de juin 1961 dans le canton de Hayange, Henri Lorang obtint 3 143 voix pour 16 912 suffrages exprimés au premier tour. Il maintint sa candidature au second tour et rassembla 3 319 suffrages sur 18 673 suffrages exprimés et fut battu par le candidat de l’UNR qui totalisa 7 904 suffrages. Aux élections législatives de 1967, il fut élu suppléant du député communiste César de Pietri pour la circonscription de Thionville-ouest.

Henri Lorang avait également participé au lendemain de la guerre à la commission du fer et de l’acier créée par le Bureau international du travail (BIT). À partir des années soixante et jusqu’en 1979, il siégea dans de nombreux organismes à caractères sociaux. À cette date il prit en charge la colonie de vacances de La Petite-Pierre (Bas-Rhin) qui appartenait à l’USTM.

Il continua à militer après son départ en retraite en animant le collectif départemental des retraités CGT.

Henri Lorang était père de trois enfants.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article210324, notice LORANG Henri par Jean-François Lassagne, Pierre Schill, version mise en ligne le 8 janvier 2019, dernière modification le 15 janvier 2022.

Par Jean-François Lassagne, Pierre Schill

ŒUVRE : Luttes, Espoirs, Libertés. Les masses laborieuses de Moselle, 1789-1950, sd, 522p (un exemplaire est consultable aux archives départementales de la Moselle).

SOURCES : Archives départementales de la Moselle : J 7323 ; 151 W 149 et 824 ; 182 W 41 ; 1330 W 266. — Le Républicain Lorrain, 5 et 12 juin 1961, 25 juin 1992. — Renseignements fournis par son fils, Charles Lorang. – Etat-civil de la commune de Mouterhouse (Moselle). — Léon Burger, Le Groupe « Mario », une page de la Résistance Lorraine, Metz, Imprimerie Louis Hellenbrand, 1965, 194p. — Dominique Andolfatto, La syndicalisation en France depuis 1945. Annexe : l’Union départementale CGT de la Moselle (de la Libération à nos jours), CERAT, Université Pierre-Mendès-France, Saint-Martin-d’Hères, 1996, 173p. — Pierre Schill, 1936. Visages et figures du Front populaire en Moselle, Metz, éditions Serpenoise, 2006. — Pierre Schill, « Mai-juin 1968 et les ‘‘Gueules noires’’. La mobilisation dans l’Hérault et les Cévennes, le mouvement national et l’identité minière », in Bruno Benoit et al. (dir.), À chacun son Mai ? Le tour de France de mai-juin 1968, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2011.

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