CRÉPEAU Michel, Édouard, Jean

Par Sabrina Giorcelli-Laconi

Né le 30 novembre 1930 à Fontenay-le-Comte (Vendée), mort le 30 mars 1999 à l’hôpital Cochin à Paris ; président de l’Association générale des étudiants de Bordeaux ; avocat ; ministre de l’Environnement (1981-1983), ministre du Commerce, de l’Artisanat et du Tourisme (1983-1986), garde des Sceaux, ministre de la Justice (février-mars 1986) ; président du Mouvement des radicaux de gauche (MRG) de 1978 à 1981.

Michel Crépeau
Michel Crépeau

Avocat, Michel Crépeau s’inscrivit au barreau de La Rochelle en 1955. De 1953 à 1954, il présida l’Association générale des étudiants de Bordeaux et adhéra au Parti radical sur la recommandation de Jacques Chaban-Delmas ; en 1956, il devint éditorialiste de l’hebdomadaire La Dépêche de l’Aunis et de la Saintonge et en 1965 il prit la présidence de la fédération radicale départementale. Élu conseiller général de la Charente-Maritime en 1967, il fut maire de La Rochelle de 1971 jusqu’à son décès. Élu député de la Charente-Maritime en 1973, il fut battu aux législatives de 1993 et récupéra son siège en 1997. Ministre de l’Environnement de 1981 à 1983 dans le premier gouvernement de Pierre Mauroy*, puis ministre du Commerce, de l’Artisanat et du Tourisme de 1983 à 1986 dans le second gouvernement de Pierre Mauroy et ensuite dans celui de Laurent Fabius*, en février 1986 il succéda à Robert Badinter comme garde des Sceaux, ministre de la Justice. Président du Mouvement des radicaux de gauche (MRG) de 1978 à 1981, il fut candidat de ce parti à l’élection présidentielle de 1981.
Michel Crépeau était le fils unique d’Édouard Crépeau et de Marcelle Pastureau. En 1938, son père, inspecteur primaire, fut muté à Rochefort-sur-Mer. C’est dans cette ville que Michel Crépeau effectua sa scolarité au lycée Pierre-Loti jusqu’à l’obtention du baccalauréat. Par la suite, il choisit la Faculté de droit de Bordeaux pour continuer ses études. En 1955, devenu avocat, il commença à préparer une thèse sur le droit de la pêche qu’il ne soutint pas. Il fut libéré de ses obligations militaires après deux ans de service dans la Marine nationale. Le 16 avril 1955, il se maria avec une jeune rochefortaise, Pierrette Perès qui lui donnera deux enfants, Pierre-Michel, né le 8 novembre 1957 et Dominique-Marcelle, née le 20 octobre 1960. Cette union résista jusqu’au 23 juin 1986, date à laquelle de divorce des époux Crépeau fut prononcé. Le 31 octobre 1986, il convola en secondes noces avec Annie Meunier, mère de deux enfants issus d’un précédent mariage.
À partir de 1955, après la vaine tentative de Pierre Mendès France de rénovation du Parti radical, l’effritement de l’ancien parti de gouvernement se poursuivit. En 1958, le retour du général de Gaulle aux affaires et l’adoption de la nouvelle Constitution du 28 septembre 1958 entraînèrent le déclin des petites formations et força l’apparition de grands blocs politiques. Les premières élections législatives de 1958 confirmèrent la bipolarisation de la vie politique française. À ce moment-là, les radicaux n’obtinrent qu’une vingtaine de sièges sur 579 et, bien qu’ils eussent accepté le retour au pouvoir du général, ils restèrent très hostiles à la nature du nouveau régime. Néanmoins, il fallut près d’une année d’expérience pour que, globalement, le Parti radical se rangeât dans l’opposition. Mais le radicalisme accusait une très grande faiblesse doctrinale. Il fut aussi profondément divisé sur la ligne de conduite à tenir concernant la guerre d’Algérie, ce qui provoqua une scission importante entre radicaux partisans de l’Algérie française et ceux qui étaient à la recherche d’une autre voie. En 1965, la campagne pour l’élection présidentielle au suffrage universel révéla une nouvelle fois deux courants opposés au sein du groupe des radicaux. En Charente-Maritime, le sénateur André Dulin, leader radical du département, n’était pas convaincu de la nécessité de regrouper la gauche non communiste dans la FGDS. Il abandonna la présidence de la fédération départementale à Michel Crépeau qui, pour l’occasion, organisa à la fin novembre à La Rochelle, un grand meeting avec François Mitterrand*. L’avancée spectaculaire du candidat Mitterrand sur la scène politique nationale permit localement aux radicaux de confirmer leur choix en faveur de la FGDS. En 1971, après une campagne électorale très agitée, Michel Crépeau fut élu maire de La Rochelle. Mais, pour les radicaux, le bilan national fut plutôt décevant. La fragile concorde radicale vola en éclat. Jean-Jacques Servan-Schreiber, alors élu à la présidence du Parti radical, signa au mois de novembre 1971 les accords dits de Saint-Germain-en-Laye, donnant naissance au Centre réformateur regroupant le Parti radical et le Centre démocrate. En signe de protestation, le courant minoritaire qui s’était exprimé au congrès de Suresnes créa le Groupe d’études et d’action radical socialiste (GEARS). Finalement le 12 juillet 1972, Robert Fabre, en qualité de porte-parole du GEARS, signa l’accord sur le Programme commun de gouvernement amendé d’un texte de deux pages d’essence radicale, dénommé l’Annexe. Ainsi pour les radicaux dissidents, les élections législatives de mars 1973 au scrutin majoritaire prenaient l’allure d’un véritable examen de passage. Michel Crépeau à La Rochelle, co-fondateur du MRG, se présenta sous les couleurs de l’UGSD, dénomination à peine différente de l’ancienne FGDS qui l’a porté à la tête de la mairie. Il fut élu au second tour de scrutin avec 59,3 % des suffrages exprimés. L’UGSD enregistra la plus forte progression, comparée aux autres formations politiques françaises (plus 4,5 % par rapport à la FGDS de 1968). La majorité sortante fut ramenée de 372 sièges à 275, mais le fait majeur était que pour la première fois depuis l’avènement de la Ve République, l’UDR, avec 184 députés, n’avait plus la majorité absolue. Les 1er et 2 décembre 1973, les radicaux de gauche, réunis à Paris en congrès constitutif, mirent un terme à leur errance statutaire en créant le Mouvement des radicaux de gauche (MRG), sous la présidence de Robert Fabre. Le 13 mars 1977, Michel Crépeau fut réélu maire de La Rochelle avec plus de 66 % des suffrages exprimés, un des meilleurs scores nationaux. Au mois de mars de l’année suivante, il obtint son second mandat de député et, le 21 mai 1978 son charisme le porte à la présidence du MRG avec une large majorité. Au sein de son équipe municipale, il rééquilibra les forces de l’Union de la gauche avec onze conseillers communistes. En tant que leader politique, il se présenta aux élections présidentielles de 1981. Il exposa son programme de gouvernement dans un manifeste intitulé L’Avenir en face. Il obtint 2,2 % des suffrages exprimés. François Mitterrand ne lui garda aucune rancœur pour sa candidature et, le 22 mai 1981, il fut nommé ministre de l’Environnement du gouvernement Pierre Mauroy*. Un mois plus tard, il fut réélu à l’Assemblée nationale et céda son siège à sa suppléante Colette Chaigneau. En mars 1983, réélu maire de La Rochelle, il fut nommé ministre du Commerce, de l’Artisanat et du Tourisme. Le 19 juillet 1984, il fut reconduit dans ses fonctions sous le gouvernement de Laurent Fabius. Le 19 février 1986, Michel Crépeau succéda à Robert Badinter comme garde des Sceaux pour une durée de vingt-huit jours. Au mois de mars, malgré une victoire importante de la droite, il fut réélu député. Après la réélection de François Mitterrand à la présidence de la République en mai 1988, Michel Crépeau garda son siège au Palais Bourbon. Il fut ensuite battu aux législatives de mars 1993. En 1995, il entama brillamment son cinquième mandat municipal. Deux ans plus tard, après la dissolution de l’Assemblée nationale par le président Jacques Chirac, et après avoir choisi Maxime Bono comme suppléant, il retrouva son siège dans l’hémicycle. Le 23 mars 1999, Michel Crépeau, président du groupe Radical, Citoyens, Verts (RCV), fut terrassé par une crise cardiaque au cours de son interpellation du ministre de l’Économie pour la défense des intérêts des petits épargnants du livret A. Il s’éteignit le 30 mars 1999.
L’essentiel de l’action politique de Michel Crépeau se situa à deux niveaux. À l’échelon local en tant que maire, pendant vingt-huit ans, de l’ancienne cité huguenote, il réussit à convertir sa ville en un véritable laboratoire urbain grâce à des initiatives inédites sur le territoire français (premier secteur piétonnier, vélos en libre-service, première journée sans voiture, premier tri des déchets ménagers, humanisation des zones d’habitat social...). Multipliant ses actions avec détermination, il parvint en quelques années à donner à la ville de La Rochelle une grande notoriété. En conséquence, en 1994, le président François Mitterrand, honora Michel Crépeau de la Légion d’honneur pour être depuis longtemps un des meilleurs élus de France. Ensuite sur le plan national, surtout en tant que ministre de l’Environnement de 1981 à 1984, il allait notamment orienter son action, sur les problèmes de la dépollution des eaux fluviales et de l’équilibre environnemental. Il propulsa les fondements de la loi Littoral et de la loi Montagne et lança les premiers États généraux de l’environnement ainsi que la modification de la procédure d’enquête publique. En tant que ministre du Commerce, de l’Artisanat et du Tourisme, il tenta de ralentir l’extension des grandes zones commerciales et de la grande distribution.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article21073, notice CRÉPEAU Michel, Édouard, Jean par Sabrina Giorcelli-Laconi, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 16 août 2015.

Par Sabrina Giorcelli-Laconi

Michel Crépeau
Michel Crépeau

ŒUVRE : L’avenir en face, Mouvement des radicaux de gauche 1980. — Les chemins ardus du bonheur, La Rochelle, Rupella, 2000.

SOURCES : Arch. Com. La Rochelle, fonds Colette Chaigneau ; fonds Michel Crépeau. — Arch. Assemblée Nationale : n 411. — Annales de l’Assemblée nationale. — Témoignages et arch. privées : fonds Pierrette Crépeau et enfants. — Fonds fédération du Parti radical de gauche de La Rochelle. — Jean-Yves Boulic, Questions sur l’essentiel, Le Cerf, 1979. — Débats du 2 octobre au 8 octobre 1973. — Journal officiel, Ve législature, 2e session ordinaire de 1973-1974, compte rendu intégral, 15e séance ; séance du mardi 16 octobre 1973, p. 4423. AAN ; Ve législature, session ordinaire de 1976-1977, Impressions 2525, tome III. — Benoît Combaud, Le radicalisme en Charente-Maritime depuis 1958, 1998, Université Paris X (Nanterre), thèse de doctorat sous la direction de Pierre Avril. — Robert Fabre, MRG, Verviers, Marabout, 1977. — Robert Fabre, Les radicaux dans l’Union de la gauche, Balland, 2001. — Jean Lecanuet, Jean-Jacques Servan-Schreiber, Le projet réformateur, programme de gouvernement, 1973. — Sabrina Giorcelli-Laconi, thèse en préparation intitulée « Le combat radical de Michel Crépeau sous la Ve République », sous la direction de Guy Martinière, professeur à l’Université de La Rochelle.

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