CRISPIN Antoine, Émile, Gaston

Par Jacques Girault

Né le 6 août 1880 à La Seyne (Var), mort le 5 septembre 1949 à Six-Fours (Var) ; propriétaire et ingénieur-expert, maire socialiste SFIO de Six-Fours (1925-1935).

Le père de Crispin, commissaire de la Marine nationale, était républicain. Crispin reçut une éducation catholique et fréquenta, comme pensionnaire, une école religieuse. Il entra à l’École des Arts et Métiers d’Aix, et, en 1900, ingénieur, se spécialisa dans les transports aériens dans les mines de l’Est et du centre. Engagé pour cinq années dans la Marine nationale, il devint second-maître mécanicien en mars 1901.
Marié civilement à Nancy (Meurthe-et-Moselle) en décembre 1910, ses trois enfants ne reçurent pas de sacrements religieux. Mobilisé en 1914 dans la Marine, il fut affecté par la suite au contrôle des inventions à Paris. Il déposa deux brevets sur le dragage et la prévention des mines.
Après la guerre, Crispin acheta une propriété à Six-Fours, le domaine de la Meynade. Il en dirigea la mise en état et pratiqua les cultures florales et maraîchères. Sa silhouette devint très vite familière ; il portait lui-même avec cheval et voiture, puis à partir de 1930, au volant d’une camionnette, ses productions à la criée d’Ollioules. À la fin des années 1930, il abandonna cette activité pour devenir géomètre-expert.
Socialiste SFIO depuis 1918, libre-penseur, franc-maçon, membre de la Ligue des droits de l’Homme, il fréquentait le Cercle des Campagnards. Il s’en sépara à la fin des années 1920 quand son dirigeant Simon* affirma des désaccords avec les militants socialistes qui devaient s’accroître après la scission, à la fin de 1933.
Crispin devint conseiller municipal de Six-Fours sur la liste du « Cartel des gauches », le 2 mai 1925, avec 562 voix sur 966 inscrits. Adjoint au maire, il succéda à Bondil*, maire qui, malade, se retirait, le 17 décembre 1925. Il participait régulièrement aux congrès de la fédération SFIO. Collaborateur du Réveil du Var sous le pseudonyme de « Fredo », il y signait une chronique en provençal « Lou Ped-Terrous a la paraulo ». Lors de l’élection législative de 1928, il était le vice-président du comité qui soutenait la candidature de Renaudel. Il fut réélu, en première position, sur la liste « républicaine et socialiste », le 5 mai 1929 avec 612 voix sur 1 103 inscrits. Actif sur le plan départemental aux congrès fédéraux de 1930, il fit des interventions remarquées contre la participation au nom de sa section (janvier 1930) et rapporta sur la résolution agraire, le 18 mai 1930. En 1932, il faisait partie du comité central qui soutenait Renaudel pour les élections législatives.
Crispin s’intéressait de très près à l’irrigation dans le département. Il réunissait ainsi une documentation importante sur la question de la source de Fontaine l’Évêque. Régulièrement, la presse locale, et tout particulièrement, Les Coulisses, publiait ses études. Ainsi en janvier 1931, Le Réveil agricole et son directeur Claude Brun signalait-il « la campagne » qu’il avait entreprise en faveur de la source. Dans les Coulisses du 21 janvier 1933, un de ses articles s’intitulait « L’eau dans le Var. Les puits ».
Sur le plan local, Crispin aida à la création de la coopérative vinicole et d’une boucherie municipale, imposa la gratuité des fournitures scolaires, poussa à l’électrification des campagnes. Son audience dépassait le territoire communal puisqu’il présidait l’Amicale des maires de l’arrondissement.
Militant de La Bataille socialiste, Crispin se démarqua nettement des « néos-socialistes » et fut désigné comme trésorier de la fédération SFIO après le congrès du 3 décembre 1933. Il conserva cette responsabilité jusqu’au 20 octobre 1935. Membre du comité fédéral, il fut chargé de la réorganisation de la SFIO dans l’Ouest toulonnais comme membre de la commission de propagande (secrétaire général de la deuxième circonscription). Le 14 janvier 1934, il devait être désigné comme membre de la commission chargée d’étudier la création d’un organe fédéral, le futur Populaire du Var. Il profita de l’élection pour le conseil général dans le proche canton d’Ollioules où il était connu pour affirmer la présence de la SFIO ; le 7 octobre 1934, il obtint 384 voix sur 3 311 inscrits et se désista pour l’autre candidat socialiste.
Lors de l’élection municipale de 1935, la scission avait marqué la municipalité. Les alliés radicaux, les socialistes passés au PSDF se regroupèrent sur une liste conduite par Montagne*. Crispin constitua une liste « d’action socialiste et d’intérêt local ». Le 5 mai 1935, il obtenait 486 voix sur 1 298 inscrits. La quasi-totalité des sièges étaient emportés par ses adversaires. Il ne fut pas élu, au deuxième tour, sur un des trois sièges en ballottage et n’obtint que 400 voix. Désormais, il reporta toute son activité sur le Cercle d’unité prolétarienne où se mêlaient socialistes et communistes. Il en était membre du conseil d’administration dès sa fondation, le 23 juin 1935. Lors du congrès fédéral qui suivit, il présenta avec Toesca*une motion pour la création d’un « Comité de coordination des groupements prolétariens pour décider des mesures immédiates en vue de la conquête rapide du pouvoir » (Le Populaire du Var, 1er juin 1935). Membre du bureau fédéral, il faisait partie du comité central qui soutenait le candidat SFIO pour l’élection législative de l’été 1935. Comme en 1936, il eut à mener une active propagande pour que la SFIO (il était le secrétaire de la section) puisse résister localement à la poussée du candidat du PSDF, puis de l’USR, le maire Montagne.
Dans le débat politique sur l’unité des partis socialiste et communiste qui se déroulait dans la SFIO, il affirma à de nombreuses occasions son hostilité à la simple alliance politique symbolisée par le Front populaire. Il souhaitait une unité plus profonde des forces de la classe ouvrière. Il appelait même, le 9 novembre 1935, dans Le Populaire du Var, l’accord de Front populaire, « article de bazar ». Il concluait ainsi : « Efforçons-nous de réaliser l’union totale du Prolétariat retardée par le Front populaire ».
Pendant la guerre d’Espagne, Crispin dirigea un service de ravitaillement des républicains socialistes créé à l’initiative de la SFIO. Il envoyait régulièrement des articles au Populaire du Var daté de Barcelone. Il fut notamment chargé de négociations avec le gouvernement hollandais.
Dès le début de la guerre, Crispin s’opposa au gouvernement de Vichy. Sous le pseudonyme du « Grec », il participa à la reconstitution clandestine de la SFIO. Arrêté par les autorités italiennes, le 18 juillet 1943, il fut détenu à Modane jusqu’à la reddition de l’Italie et fut libéré le 4 septembre 1943. Une partie de son activité consistait à transmettre à la Résistance des plans de fortifications allemandes qu’il dessinait. Un de ses croquis figure au Mémorial du Mont-Faron.
À la Libération, Crispin refusa, pour des raisons personnelles, les fonctions de maire que lui offraient les forces de la Résistance. Il s’était remarié à Six-Fours en octobre 1944. Vice-président de la section socialiste SFIO, il n’appartenait plus à la franc-Maçonnerie. Lors des élections municipales de 1945, il conduisit la liste socialiste qui fut battue. Il présidait alors la Caisse mutuelle agricole.
Son fils Crispin Antoine, dit Tony, né à Nancy, le 15 avril 1910, avait été membre du Comité local de Libération au titre du Front national. Représentant, puis inspecteur à la SOPAD-Nestlé, il fut le secrétaire de la section de Six-Fours du Parti socialiste de 1965 à 1975. Actif dans les associations locales, délégué départemental de l’Éducation nationale, il était en 1981, membre de la commission exécutive de la section socialiste.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article21113, notice CRISPIN Antoine, Émile, Gaston par Jacques Girault, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 1er février 2016.

Par Jacques Girault

SOURCES : Arch. Dép. Var, 2 M 7.28.5 ; 2 M 7.30.3 ; 2 M 7.31.1 ; 2 M 7.32.1 ; 2 M 7.35.3 ; 18 M 35 ; 3 Z 2.12 ; 3 Z 8.15. — Presse locale. — Renseignements fournis par A. Crispin. — Sources orales.

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