CRISTOFOL Aubin, Hyacinthe

Par André Balent

Né le 22 mai 1878 à Llo, village de Cerdagne (Pyrénées-Orientales), mort le 11 juillet 1962 à Enveitg (Pyrénées-Orientales) ; fonctionnaire des douanes ; militant socialiste des Pyrénées-Orientales.

Fils de Hyacinthe Cristofol et de Joséphine Bernades, oncle de Jean Cristofol* qui fut député communiste des Bouches-du-Rhône, Aubin Cristofol se maria en novembre 1904, avec Carme Pujol, née à Enveitg (Pyrénées-Orientales) le 23 juillet 1877. Les époux Cristofol n’eurent pas d’enfants.
Aubin Cristofol fit une carrière de fonctionnaire des douanes. Il fut tout d’abord en poste à Toulon (Var) où il travaillait en 1904 au moment de son mariage. Il fut ensuite muté à Marseille (Bouches-du-Rhône) puis à Enveitg, dans sa Cerdagne natale.
À partir de 1929, le paisible village d’Enveitg connut quelques bouleversements. En effet cette année-là, la Compagnie des chemins de fer du Midi ouvrit au trafic le transpyrénéen oriental. La différence d’écartements, entre les voies ferrées françaises et espagnoles imposa la création de vastes infrastructures pour le transbordement des voyageurs et des marchandises. La gare internationale de Latour-de-Carol - Enveitg fut bâtie sur le territoire de ces deux communes frontalières. Mais ce fut sur le territoire d’Enveitg que fut construite la « cité » des cheminots et des douaniers. La physionomie sociale et politique de ce petit village de montagne fut bouleversée. La « cité » vota à gauche, alors que le vieux village restait fidèle à ses options conservatrices. Bientôt la « cité » ne fut plus connue que sous le nom d’« Enveitg-la-Rouge ».
Aubin Cristofol, comme beaucoup de douaniers et de cheminots, avait des sympathies pour les idées socialistes. Nous ignorons s’il adhéra au syndicat des douanes (CGT) alors bien implanté à Enveitg. Nous ne savons pas quand il adhéra au Parti socialiste SFIO (avant de s’établir à Enveitg ou après ?). En tout cas, dans les années 1930, il milita dans les rangs de la section socialiste SFIO d’Enveitg - Latour-de-Carol (voir Cazals*, Duran Roger*).
Aux élections municipales de mai 1935, huit socialistes SFIO firent leur entrée au conseil municipal d’Enveitg (un républicain-socialiste et trois « républicains de gauche » furent également élus). Aubin Cristofol, qui était un des candidats socialistes, fut élu au second tour (12 mai) : avec 75 voix, il se plaçait en tête de tous les candidats. Le 19 mai 1935, il fut élu maire d’Enveitg. Saturnin Vidal* fut élu adjoint. Toutefois, comme la loi l’autorisait alors, le conseil municipal d’Enveitg demanda, dès le 19 mai 1935, la création d’un poste d’adjoint supplémentaire. Il fut convenu que Pierre Alcouffe, cheminot à la gare internationale qui, avec 74 voix, s’était placé en seconde position parmi les candidats présents au second tour de scrutin, serait cet « adjoint supplémentaire ». Après que le préfet eut accepté (23 mai 1935) cette création, le conseil municipal procéda (26 mai 1935) à l’élection officielle de Pierre Alcouffe qui recueillit 9 voix. Celui-ci resta peu de temps en fonction. La dernière séance du conseil municipal à laquelle il assista fut celle du 7 mai 1936. Finalement, après avoir manqué 22 séances, il envoya sa lettre de démission le 3 novembre 1938. Cheminot, originaire du Vallespir, Pierre Alcouffe avait entre-temps obtenu sa mutation pour Perpignan. Actif militant de la SFIO, Pierre Alcouffe serait, d’après plusieurs témoignages recueillis à Enveitg et à Perpignan, la même personne qu’Alcouffe*.
Des huits socialistes SFIO élus en mai 1935, un - le douanier François Vidal - adhéra au Parti communiste en cours de mandat.
Le 15 septembre 1935, Aubin Cristofol et Pierre Alcouffe furent élus délégués sénatoriaux, ainsi qu’un conseiller de droite, François Ramonatxo.
La municipalité d’Enveitg, élue en mai 1935, était la première, en Cerdagne, qui fût si nettement marquée à gauche. Dans une délibération votée le 14 août 1936, le conseil municipal d’Enveitg adressa son salut au communiste allemand Ernst Thaelmann et décida « de lui donner le titre de citoyen d’honneur de la commune d’Enveitg ».
Aubin Cristofol et ses camarades, firent également adopter, le 8 février 1936, une délibération proposée par François Vidal en faveur de l’enseignement obligatoire de l’esperanto dans toutes les écoles - publiques ou privées - du monde. Dans leur esprit, l’apprentissage de l’esperanto devrait favoriser l’amitié et la solidarité entre les peuples.
La municipalité d’Enveitg dont Aubin Cristofol impulsait les travaux fit construire une nouvelle école communale qui, pourvue de douches et dotée du chauffage central, fut considérée en son temps, comme une des plus modernes et fonctionnelles de France.
Pendant le mandat d’Aubin Cristofol, Enveitg, commune frontalière ressentit les effets de la guerre civile espagnole. Le 23 janvier 1938, le conseil municipal d’Enveitg, dans une délibération, protesta contre le survol du territoire communal par des avions franquistes qui étaient venus bombarder la ville espagnole voisine de Puigcerda. Son énergique protestation était assortie d’une menace de démission : en effet des éclats de projectiles (bombes d’avions italiens ou plutôt obus de la DCA républicaine ?) tombèrent tout près de l’agglomération, à quelques mètres de l’école. Toutefois, lorsque plusieurs milliers de républicains - civils et militaires - entrèrent en France par le poste frontière voisin de Latour-de-Carol, l’accueil de la population d’Enveitg ne fut guère chaleureux. Ceux qui ne purent trouver refuge dans les halles de la gare internationale ou dans des wagons qui y étaient stationnés furent parqués, sans abris, ni couvertures, sous la neige, dans des près pentus situés entre les deux villages d’Enveitg et de Latour-de-Carol. On aurait pu penser qu’une municipalité à majorité socialiste SFIO et communiste comme celle d’Enveitg organiserait, dans la mesure de ses moyens, la solidarité avec les réfugiés. Il n’en fut rien. Traduisant l’état d’esprit de la majorité de la population cerdane (et de celle d’Enveitg : le témoignage recueilli par l’historien américain Louis Stein sur l’accueil des Espagnols dans ce village - Par-delà l’exil et la mort. Les républicains espagnols en France, Paris, Mazarine, 1981, p. 77 - le confirme), le conseil municipal d’Enveitg adopta, dans sa séance du 19 février 1939, une très longue délibération dans laquelle il s’indignait de la présence, sur le territoire communal d’Enveitg de plusieurs milliers de républicains espagnols. Ces quelques extraits de cette délibération, votée à l’unanimité des conseillers municipaux, sont particulièrement éloquents :
« Considérant
« que la présence de réfugiés dans la commune est une calamité.
« que la population risque de devenir la proie de la fièvre typhoïde ou de la dysenterie.
« qu’à cette date 41 réfugiés [il en périra en tout 62 à Enveitg] sont déjà inhumés dans le cimetière d’Enveitg construit à grands frais.
« que la commune est à bout de sacrifices.
« [Le conseil municipal] demande aux services intéressés de vouloir hâter le départ de ces indésirables vers des camps mieux aménagés pour les recevoir. »
Après la prise du pouvoir par le Maréchal Pétain, la municipalité élue en 1935 fut maintenue en place (à l’exception de François Vidal, communiste, déchu de son mandat en vertu de l’application de la loi du 20 janvier 1940). Aubin Cristofol demeura en fonction jusqu’à la Libération. Divers témoignages recueillis à Enveitg le présentent toutefois comme un homme qui ne fut jamais favorable à Vichy. D’ailleurs, les membres du Comité local de Libération nationale réunis à la mairie d’Enveitg le 25 août 1944 le nommèrent maire provisoire de la commune. L’interruption de ses fonctions fut donc de brève durée. À l’issue des élections municipales des 29 avril et 13 mai 1945, Aubin Cristofol fut réélu maire d’Enveitg. Il le demeura jusqu’au 26 octobre 1947. À cette date (second tour des élections municipales), il fut à nouveau élu au conseil municipal et brigua un nouveau mandat de maire. L’élection du maire d’Enveitg nécessita trois tours de scrutin car les deux candidats - Aubin Cristofol et Joseph Durand - obtinrent tous deux six voix. Finalement Joseph Durand fut élu au bénéfice de l’âge.
Aubin Cristofol ne se représenta pas aux élections municipales d’avril 1953. Il mena une vie paisible de retraité des douanes, donnant souvent un coup de main aux paysans car il aimait les travaux de la terre. Il mourut à Enveitg le 11 juillet 1962.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article21116, notice CRISTOFOL Aubin, Hyacinthe par André Balent, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 30 août 2013.

Par André Balent

SOURCES : Arch. Dép. Pyrénées-Orientales, 2 M 5, 302/303/304. — Arch. Com. d’Enveitg : registres des délibérations du conseil municipal, état civil. — Divers témoignages parmi lesquels ceux de : Michel Serre, d’Argelès-sur-Mer, instituteur et secrétaire de mairie à Enveitg pendant la durée des fonctions d’Aubin Cristofol et membre du Comité local de Libération nationale d’Enveitg ; M. et Mme Pujol, d’Enveitg, neveux d’Aubin Cristofol ; Hervé Vassas, maire (1982) d’Enveitg ; Georges Nouhaud*, adjoint (1982) d’Enveitg.

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