Saint-Didier-en-Rollat (Allier) actuellement Saint-Didier-la-Forêt, forêt de Marcenat, 30 août 1944

Par Thierry Michaud

Le 30 août, les gardes républicains et les FFI sont envoyées dans la forêt de Marcenat pour une nouvelle offensive. Les Allemands s’étaient retranchés dans la forêt aux alentours de l’ancienne Abbaye dite de Saint Gilbert.
Quatre hommes vont être tués au combat et un cinquième disparut.

A Vichy, le lieutenant-colonel Robelin, sous-directeur technique de la Garde, recherche discrètement dans les milieux militaires, depuis la fin 1940, des adhésions suite au projet du général Verneau qui souhaite un engagement massif contre l’occupant dés que l’insurrection amorcée. Robelin sonde toutes les unités de la garde pour rechercher des gens motivés et sûrs respectant à la lettre les directives qui lui parviennent sur l’organisation de la résistance de l’armée – zone sud – par l’intermédiaire du lieutenant-colonel Jean Pfiter. Dès le printemps 1943, Robelin qui a en charge les escadrons de la garde républicaine de la zone Sud exerce sa fonction avec un empressement sans réserve, un mépris des dangers encourus et avec foi en sa mission.
Rapidement, Robelin choisit dans chaque régiment de la garde des « correspondants » de confiance pour préparer les actions à venir. En six mois il reçoit le soutien de plusieurs officiers supérieurs. Ainsi épaulé, sa motivation n’en est que plus forte.
Déjà en Juillet 1940, la 2e compagnie de la garde de Bouzonville (Moselle) arrive à Vichy. Le capitaine Bouchardon qui commande l’unité a dû se replier en hâte. Sa compagnie est agonisante, le matériel fait défaut et il n’a plus de cuisinier pour la « popotte ». Il reçoit Étienne Asso, un cuisinier civil, qui remplit les conditions exigées et l’embauche.

Dans le cadre de la réorganisation de la garde, la 2e compagnie est transformée en 2e escadron de la 4e légion et s’installe à Riom.

Bouchardon et Asso se lient d’amitié et ne cachent pas leurs sentiments de revanche contre l’occupant. Entre eux, il naît une aspiration commune de révolte. Depuis 1941, Asso a organisé à Vichy des groupes du Front national, ce qui va amener, vers la fin de l’hiver 1942, discrétion oblige, les premières réunions clandestines qui regroupent Asso, Paquelet (responsable de la section de Vichy), le lieutenant-colonel Robelin et le chef d’escadron Bouchardon. Une action conjuguée est décidée. Avec douze escadrons de la garde, la garde personnelle du chef de l’État français et les francs-tireurs et partisans (F.T.P.), il est prévu dans la phase finale de l’insurrection de neutraliser la milice et la Gestapo de Vichy. Une fois cette offensive lancée, toutes les unités, quelque soit le résultat obtenu, recevront l’ordre de passer au maquis.
En septembre 1943, le 4e escadron de Grasse (ex Ajaccio) est replié à Vichy. A partir du 2 mai 1944, le 4e escadron est rejoins par les 1er et 2e escadrons de Marseille. Hitler craignant un débarquement dans le Sud estime plus sûr de ne pas laisser les gardes dont les escadrons très hostiles à l’occupant pourraient devenir une tête de pont idéale pour les troupes alliés qui ont déjà repris le contrôle d’ Afrique du Nord depuis 1942.

Le débarquement du 6 juin 1944 est annoncé à la BBC. Partout en France, des milliers de résistants sortent les armes. A Vichy il n’est pas encore question d’attaquer la milice ou la Gestapo. Les troupes d’occupation étant encore très nombreuses et bien armées. Le passage de la garde au maquis reste différé. Mais faute de pouvoir transmettre rapidement les directives pour éviter un passage trop hâtif qui révélerait les plans. Robelin ne peut empêcher l’école de la garde de Guéret d’ intégrer le maquis dès le 7 juin. En moins d’une semaine cinq escadrons des 2e et 5e régiments suivent le mouvement. Le lieutenant-colonel Robelin a bien tenté de les prévenir. En vain, il doit maintenant en minimiser la portée devant la curiosité de la police de Darnand. Le 15 juin, Bouchardon qui commande le groupement de la Garde est convoqué au siège des RG à l’hôtel Lardy. DEGAN ancien chef de la milice le reçoit. Bouchardon est désarmé puis subit un interrogatoire avant d’être relâché.

Toujours le 15 juin 1944, le 8e escadron de La Voulte commandé par le lieutenant Molia passe à la résistance et forme les compagnies F.F.I. 68 et 69. Les compagnies se livrent à des combats acharnés contre l’occupant dans l’Ardèche. Toutes ces informations arrivent à Vichy. Dans les rangs de la Garde, l’inquiétude est croissante. Des officiers sont soupçonnés, à juste titre, d’appartenir à la résistance.
Dans l’environnement direct du maréchal Pétain, plusieurs officiers de sa garde personnelle sont en contact avec le lieutenant-colonel Robelin. Il s’agit du capitaine Garraud et du lieutenant Frumin qui sont arrêtés le 7 juillet 1944 et seront déportés. Le capitaine Bouchardon est arrêté le même jour après un premier interrogatoire, il est relâché. Pour faire suite à ces arrestations, La Gestapo, cerne le 9 juillet 1944 la Direction générale de la Garde à Vichy et arrête le chef d’escadron Delmas, le capitaine Grange, le capitaine Morand et le chef d’escadron Lacroix.

Le lieutenant-colonel Robelin, arrêté le 6 juillet, est emprisonné. Il est maintenu en détention et subit les pires outrages. Bouchardon est interrogé une autre fois par la Gestapo, le 27 juillet. Il est conduit à Chamalières et revient à Vichy le corps recouvert de plaies. Le chef d’escadron Tharaux, adjoint de Robelin, subit lui aussi, les mêmes outrages. Robelin très affaibli le disculpe car il a besoin de lui en liberté. Tharaux va quand même rester en détention. Quand à Robelin, plus personne n’a de nouvelles depuis le 28 juillet. Son destin tragique se révélera plusieurs mois après la libération. On ne retrouvera jamais son corps. Des éléments concordants permettent penser que le SS Schlimmer l’a assassiné dans sa cellule par strangulation dans les caves de l’hôtel du Portugal situé boulevard des États-Unis.
Le 29 août 1944, le chef d’escadron Thiollet prend le commandement d’un groupement motocyclistes formé du 4e escadron de Grasse, du 5e escadron d’Orange et d’un peloton porté du 2e escadron de Marseille. Il entre en liaison avec le commandant Eymard, du détachement F.F.I. marocain parachuté, en vue d’opérations dans la région Nord de la ligne Saint-Pont – Vendat.

Le 30 août, les gardes et les F.F.I. sont envoyées dans la forêt de Marcenat pour une nouvelle offensive. Sur l’axe Broût-Vernet – Moulins et la forêt de Saint-Gilbert.
A 14 heures, le 2e escadron, commandé par le capitaine Vallenet, s’est regroupé vers l’église de Saint Rémy-en-Rollat. Des éclaireurs rapportent que les Allemands ont quitté le bourg de Saint Didier. Le 2e peloton composé de deux side-cars armés de mitrailleuses et de cinq motocyclettes poursuit sa progression en direction de Saint-Didier. Le 3ème peloton est envoyé en direction de Marcenat pendant que le 1er peloton reste sur place.
A 15 heures, l’ordre est donné de pénétrer dans la forêt de Marcenat. Le 3e peloton qui a pris position dans le bourg de Marcenat, se scinde en deux, une partie revient vers le domaine de Saint-Gilbert en traversant la forêt, quand à la seconde, elle s’engage vers Paray en longeant l’Allier.
Le 2e peloton arrive à l’entrée de Saint-Didier. Il fait halte devant l’épicerie Michel. Eugène Michel se souvient de leur arrivée :
« Quelques heures plus tard, les gardes sont arrivés et se sont arrêtés vers l’épicerie. Il y avait un side-car de tête équipé d’un fusil mitrailleur. Celui qui pilotait a demandé où se trouvaient les Boches. Il y avait deux side-cars et 4 ou 5 motocyclettes. Mon père leur a dit de ne pas trop s’aventurer. Malgré l’avertissement de mon père, ils sont partis pour en découdre. Arrivé au lieu-dit « les chênes », là où se trouve le calvaire actuellement, le side-car de tête a été détruit par un tir de mortier. Les deux gardes ont été tués sur le coup. Pendant longtemps, des morceaux de l’engin sont restés de chaque côté de la route. Après ce tir, il y a eu d’autres combats aux alentours de l’abbaye. Le long du ruisseau, un maquisard – DESCRIAUD – a été tué, plus d’autres dont j’ignore les noms. Un allemand a été tué vers le bois de Millerat et il a été enterré sur place avant d’être exhumé et ramené au cimetière de St Didier par des prisonniers. »
Le peloton repart en position de combat. Il franchit sans encombre le carrefour avec la route de Brout-Vernet et traverse le hameau du Deffant en direction d’Ambon. Arrivé au carrefour « des Chênes », à l’approche du domaine de Saint-Gilbert, le side-car de tête s’arrête sûrement pour observer les abords de l’abbaye. Un obus tiré depuis le domaine de Saint-Gilbert touche au but tuant sur le coup le garde Bonnafé, pilote, et le garde Jocaille passager et tireur. Sans aucun doute que le tir avait été réglé à l’avance sur le carrefour pour organiser un tir de barrage en cas de besoin.

Après le tir de mortier mortel, et le repli du 2e peloton un engin blindé allemand armé de fantassins va venir en reconnaissance au domaine des chênes, ils vont fouiller tous les bâtiments agricoles.

Dans le secteur des Raynauds, au cours d’une reconnaissance le maréchal des logis - chef Duhamel et le garde Dézier du 3e peloton sont fait prisonniers. Duhamel va réussir à réussir à s’évader. Le garde Dézier, emmené par les Allemands ne sera jamais retrouvé.
Le garde Typhiou, du 3e peloton, lors d’une reconnaissance motocycliste périlleuse tombe à son tour sous les balles allemandes, vers les Raynauds. Le garde Gaffard est grièvement blessé au cours du même combat.
A la suite de ces accrochages et au départ des Allemands sur Saint-Pourçain-sur-Sioule, le 2e escadron va stationner dans le bourg de Saint-Didier jusqu’au 4 septembre. Certains villageois se souviennent du sous-lieutenant Collet et de l’ aspirant Vallon qui va devenir le beau-frère du docteur Lambert de Brout-Vernet.
Parmi les autres militaires du 2e escadron ayant séjourné dans le bourg on peut citer le chef Fourcade, les gardes André, Barthel, Blaise, Borgia, Deboille, Deldique, Féraud, Ponsen et Trabaud. Tous vont trouver la mort au combat des Mayences dans la commune de Chapeau (Allier), le 5 septembre 1944.

Les hommes ont été tués sur la commune de Saint-Didier-en-Rollat, devenue en 1961 Saint-Didier-la-Forêt. Certains décès ont pu être constatés le lendemain à Vichy (Allier).

L’édification d’une stèle à Saint-Didier-la-Forêt est en projet

Liste des victimes :

BONNAFÉ Jules
DESCRIAUD Jacques
DEZIER Jean
JOCAILLE Raymond
TYPHIOU Marcel

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article211217, notice Saint-Didier-en-Rollat (Allier) actuellement Saint-Didier-la-Forêt, forêt de Marcenat, 30 août 1944 par Thierry Michaud, version mise en ligne le 31 janvier 2019, dernière modification le 19 janvier 2020.

Par Thierry Michaud

SOURCES : Les combats de Broût-Vernet et de Saint-Didier-en-Rollat (29 et 30 août 1944), association Azi la Garance, 2019, 102 p. .— Dictionnaire des gendarmes morts au cours de la seconde guerre mondiale .— “Le souvenir des résistants perdure”, La Montagne, édition Vichy, 3 septembre 2018 .— Thierry Michaud, Histoire de la gendarmerie du Bourbonnais, Puy Guillaume , éd. Adequat, 2010 .— http://auteurdubourbonnais.monsite-orange.fr/page-59fdc02c5d779.html

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