BROUCKSAUX Raymond, Élie (« Roussaux », « Ramuntcho », « Jean »)

Par Joël Drogland

Né le 7 juillet 1922 à Calais (Pas-de-Calais), mort au combat le 17 août 1944 à Saint-Jean-de-Thurac (Lot-et-Garonne)  ; employé de commerce  ; célibataire  ; maquisard (Armée secrète).

Fils d’Émile Broucksaux et d’Élise Blancard, Raymond Broucksaux, dont la famille résidait à Maninghem (Pas-de-Calais), était depuis 1940 employé chez un négociant, à Marquise, une quarantaine de kilomètres plus au nord. Il avait trois frères et une sœur. Il fut renvoyé par son patron en janvier 1942 et resta trois mois avec son plus jeune frère (âgé de 18 ans) au domicile familial. Fin mars 1942, les deux jeunes hommes quittèrent le Pas-de-Calais avec l’objectif de rejoindre la Tunisie où leurs deux frères aînés étaient militaires. La famille Broucksaux quitta Maninghem en 1943, quand les Allemands installèrent des dispositifs de défense dans leur jardin en prévision d’un débarquement dans le Nord. Ils avaient des amis à Fournaudin (Yonne), dans la forêt d’Othe. Ces amis leur trouvèrent une maison dans un hameau voisin, Les Vallées Cérilly (commune de Cérilly). En avril 1944, la famille Broucksaux s’installa à Arces (Yonne).

Raymond Broucksaux et son frère furent arrêtés au passage de la ligne de démarcation et firent huit jours de prison à Angoulême. Raymond s’engagea alors au 2e Hussard à Tarbes. Il fut démobilisé le 11 novembre 1942 lors de l’invasion de la zone Sud et de la dissolution de l’Armée d’armistice. Il séjourna quelques temps à Oursbelille près de Tarbes, en liaison avec des militaires démobilisés qui constituaient des dépôts d’armes et de munitions.

Requis pour le STO en juin 1943, il quitta la région et intégra un maquis de l’Armée secrète dirigé par Jacques d’Andurain implanté sur le flanc septentrional de la montagne de la Frau, et plus particulièrement dans la grotte d’Embeyre (ou la Caunha), sur le territoire de Montségur (Ariège), à 1800 m d’altitude. Il y resta du 20 août au 21 septembre 1943.

Le 21 septembre, les forces de Vichy (un escadron de la Garde, des gendarmes, des GMR accompagnés de policiers allemands venus de Toulouse), sur ordre du préfet de l’Ariège, après avoir préparé l’attaque lors d’une réunion à la préfecture, à Foix, s’approchèrent de la grotte. Le lieutenant de la Garde Louis Massa, par ailleurs membre de l’Armée secrète de l’Ariège les avaient précédés. Il fut abattu alors que parti en avant-garde il venait prévenir le maquis de l’attaque imminente des forces de Vichy. Le gros des maquisards, se trouvant en dehors de la grotte put se disperser. Un garde, blessé, mourut. La grotte fut cernée et les maquisards qui s’y trouvaient ne purent se replier. Dans la grotte, ils n’étaient que six jeunes hommes, dont Raymond Broucksaux était le chef. Après avoir parlementé, il accepta la reddition, ce qui était le choix de la raison.

Déféré au Parquet de Foix (Ariège), il fut interné à la Maison d’arrêt de Foix, puis transféré le 13 octobre 1943 à la prison Saint-Michel à Toulouse. Il fut traduit devant une section spéciale de la cour d’Appel de Toulouse, le 28 janvier 1944. Accusé de tentative de meurtre, d’infraction à la loi sur le STO, de détention d’armes à feu et de munitions et d’activité terroriste, il fut condamné le 25 février 1944 à 20 ans de travaux forcés. On trouve dans son dossier personnel au Service historique de la Défense les doubles dactylographiés des lettres qu’il envoya à sa famille dans l’Yonne. Leur contenu témoigne de la force de son patriotisme et de son gaullisme, de sa confiance dans la victoire prochaine, et de ses idées bien affirmées sur la démocratie à reconstruire après la victoire.

En mars 1944, il fut hospitalisé à l’hôpital de la Grave à Toulouse où il fut opéré de l’appendicite et où il resta en traitement pendant deux mois. À l’expiration de sa convalescence, il fut interné à la Maison centrale d’Eysses, à Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne). Après l’insurrection de février 1944 et la terrible répression qui s’ensuivit, ils n’étaient plus, à la centrale d’Eysses, que 45 prisonniers politiques en attente de déportation pour Dachau. Ils furent libérés le 19 juillet 1944 à 9h du matin par une attaque de maquisards, sous le commandement du capitaine « Dollé » (René Schleidweiler).

Raymond Broucksaux resta avec les maquisards qui l’avaient libéré (le groupe Dollé, de l’AS). Le 17 août 1944, il participa à une embuscade contre un convoi allemand au cours de laquelle il portait le FM. Les maquisards tombèrent sur un barrage de la Milice. Un combat très inégal s’engagea au cours duquel Raymond Broucksaux fut blessé à la jambe et se trouva dans l’impossibilité de se replier. Les miliciens le firent prisonnier et le massacrèrent. Raymond Broucksaux mourut avec huit de ses camarades, dix furent blessés et huit furent faits prisonniers. Les morts furent inhumés le 20 août 1944 dans le carré militaire du cimetière communal de Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne).

Raymond Broucksaux obtint la mention « Mort pour la France ». Son nom figure sur une stèle commémorative édifiée à la sortie de Saint-Jean-de-Thurac en direction de Toulouse (entre la N 113 et le canal avant l’écluse), à la mémoire de douze FFI morts pour la France. Il figure aussi sur le monument des déportés et fusillés de l’Yonne à Auxerre. En 1949, ses parents firent rapatrier son corps et il repose depuis au cimetière d’Arces.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article211572, notice BROUCKSAUX Raymond, Élie (« Roussaux », « Ramuntcho », « Jean ») par Joël Drogland, version mise en ligne le 8 février 2019, dernière modification le 14 avril 2021.

Par Joël Drogland

SOURCES : Service historique de la Défense, GR 16P 92951. — Renseignements communiqués par Raymond Broucksaux, son neveu (2019). — Mémorial GenWeb. — Notes d’André Balent, d’après les Archives départementales de l’Ariège.

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