CHARBONNIER Jean Marie

Par Patrick Bec, Eric Panthou

Né le 8 novembre 1902 à Lavastrie (Cantal), massacré le 21 juin 1944 à La Brugerette, commune de Maurines (Cantal) ; cultivateur ; victime civile.

Jean Marie Charbonnier était le fils de Guillaume, Léon Charbonnier et Virginie Gibelin, cultivateurs à La Chassagne, commune de Neuvéglise (Cantal). Il s’était marié avec Marie Joséphine Calmel. Il était le père de quatre enfants.
Il était cultivateur à Paulhac, commune de Chaudes-Aigues, où il est mort "accidentellement" le 21 juin 1944, selon le registre de l’état-civil.
Le 21 juin 1944, « après leur passage à Chaudes-Aigues, les troupes allemandes envahirent le territoire de la commune de St-Martial (Cantal). Elles y restèrent quatre jours, patrouillant dans toute la région, et se livrant sans arrêt à des dévastations, si bien qu’à leur départ on comptait 16 immeubles détruits ou incendiés dans la commune. Toutes les maisons du bourg furent brûlées », commente Mgr de La Vaissière. M. le curé avait fixé aux habitants du bourg le Bois de Sapinsou comme abri. « Pendant trois jours et trois nuits, les habitants vécurent avec leur curé d’une vie communautaire, sous les grands arbres de la forêt. (...) un seul événement au cours de ces quatre jours : l’arrivée de M. Plantade, de Chaudes-Aigues, qui sur le point d’être fusillé en même temps que son fermier M. Charbonnier, avait pu fuir. »
En effet Eugène Martres signale que « le 21 juin, 2 habitants de Paulhac de Chaudes-Aigues étaient sur le point d’être fusillés, car ils étaient considérés comme terroristes ; ils tentèrent de fuir : l’un d’eux s’en tira indemne ; l’autre, grièvement blessé, expira à la Brugerette de Maurines. »
Jean Favier précise que Jean Marie Charbonnier a été abattu par une patrouille allemande alors qu’il tentait d’échapper à une exécution, ce 21 juin 1944 à La Brugerette, commune de Maurines.
Selon l’enquête sur crimes de guerre le concernant, il fut arrêté ce 20 juin alors qu’il allait ravitailler sa famille réfugiée dans les bois. Il était accompagné de son ami et voisin, Maurice Plantade, qui se trouvait dans la même situation et venait lui aussi ravitailler sa famille cachée au lendemain de l’attaque du Réduit de la Truyère par les Allemands. Le témoignage de Plantade est lui très clair sur le caractère non accidentel du décès de Charbonnier.
Les deux hommes, alors qu’ils faisaient une pause, furent contrôlés par une patrouille de 4 soldats. Puis, ils se virent ordonner de suivre la patrouille en direction de Maurines. Arrivés à une route, une voiture s’arrête et ils sont de nouveau interrogés par des officiers. Ils sont obligés de monter dans le véhicule et conduits à Maurines où stationnaient de fortes troupes. Là encore, un officier les questionne puis déclare en français "Allez, ces deux hommes au poteau". Entrainés à l’écart par les soldats, les deux hommes voient arriver l’officier dégrafant son revolver mais il se ravise avant de les exécuter en disant qu’il allait leur bander les yeux. Il partit pour découper un morceau de parachute sur le capot d’une voiture. C’est à ce moment là que Plantade se sauve, bientôt suivi par son ami. Les Allemands, surpris, réagissent et tirent. C’est arrivés au milieu d’un pré que Charbonnier est blessé et s’affaisse. Son ami continue et se réfugie dans les bois où il erre pendant deux jours avant de rejoindre son domicile.
Il vit le corps et constata avant son inhumation qu’il avait à la jambe droite le fémur complètement broyé, ce qui laissait supposer une blessure par balle explosive. Ainsi atteint, il ne put se sauver et fut achevé d’une balle dans le cœur tirée à bout portant. Enfin, ces parties génitales avait été sectionnées. C’est en janvier 1945 que ce témoin avoua la réalité des atrocités commises contre son ami, craignant la réaction de sa veuve. Selon cet ami, Charbonnier était une victime civile.
Il n’a pas de dossier aux Services historiques de la défense à Vincennes et Caen.
Il avait 42 ans lorsqu’il fut abattu. Son nom est gravé sur le monument de la Résistance à Saint-Flour (Cantal).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article211862, notice CHARBONNIER Jean Marie par Patrick Bec, Eric Panthou, version mise en ligne le 17 février 2019, dernière modification le 16 avril 2021.

Par Patrick Bec, Eric Panthou

SOURCES : Arch. dép. du Puy-de-Dôme, 908 W 149 : crimes de guerre à Maurines, Chaudes-Aigues .— Eugène Martres, Le Cantal de 1939 à 1945 - Les troupes allemandes à travers le Massif Central, Cournon, De Borée 1993 . — Les Allemands dans la région de Saint-Flour (Mai - août 1944), Témoignages des Instituteurs et des Institutrices collectés par M. Louis Bac, édition établie par Jean Favier avec l’aide des Archives Municipales de Saint-Flour (M. Gilles Albaret, directeur et Mme Lydia Lucchi), éditions de l’Association du Musée de la Résistance d’Anterrieux, janvier 2017 . — Mgr de La Vaissière, Les journées tragiques dans le diocèse de Saint-Flour, Imprimerie Clavel, St-Flour 1944 . — Jean Favier, Lieux de mémoire et monuments du souvenir. Cantal, 1940-1944, Aurillac, Association des Maquis et Cadets de la Résistance du Cantal, 2007 . — État civil, registres matricules (AD 15) . — MémorialGenWeb.

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