CUÉNAT Hélène (ou CUENAT) [Dictionnaire Algérie]

Par René Gallissot

Née le 3 février 1931 à Strasbourg (Bas-Rhin) ; enseignante, formatrice d’adultes ; membre du PCF, membre du réseau Jeanson ; arrêtée (1960) et évadée de la prison de La Roquette.

Hélène Cuénat était la petite-fille d’instituteurs du côté paternel (son grand-père, gazé, fut victime de la Première Guerre mondiale), d’un ingénieur des Travaux publics du côté maternel, et la fille de professeurs de mathématiques qui s’étaient connus à l’École normale de l’enseignement technique (promotion 1925-1927, sections A1 et A2). Son père devint directeur du lycée technique de Nîmes (Gard) avant de diriger le lycée technique de Puteaux (Seine/Hauts-de-Seine).

Hélène Cuénat était la seconde enfant d’une fratrie de trois et la seule fille. Elle fit ses études au gré des mutations de ses parents (Nice, Cannes, Nîmes où elle passa le baccalauréat) puis Lyon (hypokhâgne et khâgne) et Paris où elle allait obtenir un DES de lettres. Maîtresse auxiliaire, elle prépara le CAPES. En juin 1952 à Issy-les-Moulineaux (Seine-Hauts-de-Seine), elle se maria avec André Gisselbrecht, germaniste, futur traducteur de Marx, de littérature et de pièces de théâtre allemandes qui était membre du Parti communiste français. Ils eurent une fille, Michèle, en janvier 1953 et divorcèrent en 1959.

Très marquée par l’histoire de la Résistance, les livres d’André Malraux, Vercors, Roger Vailland, elle décida de s’engager dans le combat politique. Elle adhéra en 1954 au PCF et fit partie de la cellule étudiante Sorbonne-Lettres. Bien que la guerre d’Algérie eût déclenché de vifs débats dans la section communiste du quartier latin (voir François Châtelet et André Prenant, ce fut un ami, Étienne Bolo qui l’amena à soutenir la cause algérienne. Au cours d’un voyage à Venise qu’ils firent ensemble, elle participa à sa première action d’aide au FLN, acceptant que soit déposé du courrier en Suisse et que le coffre de la voiture soit chargé de numéros de Résistance algérienne, l’organe du FLN. La lecture des textes de Lénine sur les guerres coloniales et la torture pratiquée en Algérie et dans les commissariats parisiens la déterminèrent ensuite à entrer dans un réseau de soutien au FLN.

Hélène Cuénat rencontra Francis Jeanson en octobre 1957 et accomplit sa première assistance de chauffeur d’un dirigeant algérien du FLN. Elle participa ensuite aux premières réunions d’organisation du réseau. Assez rapidement, elle quitta son poste de maîtresse auxiliaire à Suresnes et entra dans la clandestinité qui devait durer un peu plus de deux ans. Avec l’aide d’Henri Curiel et de son groupe, elle emménagea avec Francis Jeanson dans un appartement, rue des Acacias dans le XVIIe arrondissement. Elle veillait à la répartition dans les différentes planques des collectes du FLN contenues dans des valises. Clandestine, elle ne reprit pas sa carte du PCF. A la demande de Francis Jeanson, elle assista aux rencontres en 1958 après le 13 Mai avec Laurent Casanova, responsable communiste des intellectuels qui s’intéressait aux liens avec l’Algérie, et avec Waldeck-Rochet. Il n’y aura pas de suite.

Se sentant menacés à plusieurs reprises, Francis Jeanson et elle décidèrent en février 1960 de quitter Paris. Francis Jeanson échappa de justesse à l’arrestation, mais Hélène Cuénat, surnommée "La Tigresse" selon la presse, fut arrêtée pour subir des interrogatoires à la DST. Internée à la prison de La Roquette pendant plusieurs mois avec d’autres détenues liées au réseau Jeanson, défendue par Roland Dumas, elle fut jugée par le Tribunal militaire avec les membres du réseau, et condamnée à dix ans de prison en septembre 1960. Elle décida de s’évader mettant en application ce qu’elle aurait annoncé, selon la presse, "Je ne resterai pas longtemps à La Roquette". Le 24 février 1961, elle réussit une évasion spectaculaire avec cinq autres détenues. Elle gagna la Belgique puis le Maroc et enfin l’Algérie en 1962.

Hélène Cuénat travailla pendant dix ans au Commissariat à la formation professionnelle à Alger, puis de 1965 à 1972 à la Société nationale de la sidérurgie à Annaba, dirigeant le Centre de formation de techniciens et agents de maîtrise pour l’usine d’El Hadjar. De retour à Paris en 1972, elle participa à la formation d’adultes au Centre national des Arts et Métiers jusqu’à sa retraite en 1996, endolorie par la mort de sa fille.

Restée attentive à ce qui se passe en Algérie (« mon deuxième pays »), elle ne cessa d’agir pour que le PCF qui restait son parti, mette en examen son discours et ses actes face à la guerre algérienne de libération

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article21187, notice CUÉNAT Hélène (ou CUENAT) [Dictionnaire Algérie] par René Gallissot, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 19 février 2014.

Par René Gallissot

ŒUVRE : La Porte verte, Saint-Denis, Éd. Bouchène, 2001.

SOURCES : Notice Hélène Cuénat par René Gallissot, dans le Dictionnaire Algérie, tome 2, Editions de l’Atelier. — Marcel Péju, Le procès du réseau Jeanson [devant le tribunal permanent des Forces armées, 5 mars-1er septembre 1960], F. Maspero, 1961. — Didar Fawzy-Rossano, Mémoires d’une militante communiste (1942-1990) du Caire à Alger, Paris et Genève. Lettres aux miens, L’Harmattan, 1997. — Témoignage d’Hélène Cuénat dans l’ouvrage de Jacques Charby, Les porteurs d’espoir. Les réseaux de soutien au FLN pendant la guerre d’Algérie : les acteurs parlent, La Découverte, 2004. — Michel Reynaud, Elles et eux et l’Algérie, Éd. Tirésias, 2004. — Notes de Jacques Girault.

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