BÉHAR Abraham

Par Jacques Girault, Jeffrey Tyssens

Né le 29 avril 1932 à Genève (Suisse) ; maître de conférences de l’Université-médecin des hôpitaux de Paris ; militant syndical (SNESup, CFDT) ; militant politique (PSU) ; militant de l’Association internationale des médecins pour la prévention de la guerre nucléaire

Manifestation UNEF-SNESUP en mai 1968. De gauche à droite, X, A. Béhar (SNESup), X, Alain Geismar (SNESup), Daniel Cohn-Bendit, Jacques Sauvageot (UNEF), Fontaine (SNESup, X).
Manifestation UNEF-SNESUP en mai 1968. De gauche à droite, X, A. Béhar (SNESup), X, Alain Geismar (SNESup), Daniel Cohn-Bendit, Jacques Sauvageot (UNEF), Fontaine (SNESup, X).

Ses parents, immigrés turcs, « chômeur non secouru et une femme au foyer », selon l’intéressé, élevèrent Abraham Béhar et leurs trois autres enfants dans la culture juive. Sympathisants communistes, ils échappèrent aux rafles à Paris pendant l’Occupation. Leur fils fut membre puis dirigeant des éclaireurs israélites de France. Au terme de l’enseignement primaire, titulaire du certificat d’études (1946), élève d’un cours complémentaire, devenu apprenti préparateur en pharmacie, il obtint le certificat d’aptitude professionnelle en 1953. Sans passer par la formation lycéenne, il prépara le baccalauréat dont il fut lauréat en 1955. Il commença alors des études de médecine jusqu’au doctorat d’État en médecine (mention « très honorable ») sur la radioprotection et les accidents du radiodiagnostic. Son travail lui valut une médaille de bronze. En parallèle, chercheur au Centre d’études atomiques dans les sciences biologiques, il obtint une maîtrise et une thèse de Troisième cycle en médecine nucléaire et en biophysique. Il s’orienta par la suite vers la radiobiologie.

Après avoir effectué son service militaire en Algérie comme médecin aspirant puis lieutenant en 1959, cassé, rétrogradé, il le termina en 1962 comme soldat de deuxième classe.

Attaché-assistant à la faculté de Médecine de Paris de 1962 à 1968, Abraham Béhar devint assistant/assistant de 1969 à 1974, chef de travaux de 1974 à 1978. Il exerça comme maître de conférences universitaire-professeur hospitalier de médecine nucléaire à l’Université Pierre et Marie Curie (Paris VI) de sa titularisation en 1974 à sa retraite en 1998, comme maître de conférences de biophysique, chef de laboratoire (UPRES puis de l’INSERM) en radiobiologie. Responsable de la radioprotection à l’hôpital Broussais de 1974 à 1981, il occupa la même fonction à l’Hôtel-Dieu par la suite. Il était membre correspondant de l’académie des Sciences de New York. Pendant cette carrière, Béhar écrivit environ 150 articles dans des revues référencées sur la radiobiologie, sur les radicaux libres radio induits et la membrane vasculaire.

Abraham Béhar, militant du SNESup depuis 1964, dirigea la grève nationale des attachés assistants en médecine en 1967 qui fut très suivie mais qui n’apporta aucun résultat. Élu membre suppléant, puis titulaire en 1965, de sa commission administrative nationale, il entra au bureau national en 1966 et devint secrétaire général adjoint dans l’équipe de Michel Fontaine d’abord, dans celle d’Alain Geismar ensuite. Étant un des premiers porte-parole à l’intérieur de la direction nationale du syndicat de la tendance proche des étudiants contestataires, il publia avec Michel Combes "Pour une petite révolution culturelle à l’université" dans le bulletin du SNESup de mars 1967, texte fondateur de la future ligne du syndicat pendant les évènements de mai 1968. En avril 1967, il fut co-signataire de la motion "Syndicalisme ou corporatisme" qui rassembla une majorité derrière le bureau. En juin 1968, il se trouva encore à côté de Bernard Herszberg, successeur de Geismar, mais il ne fut pas élu à la CA par le congrès de juillet. Pendant cette période, il participa, avec les militants de la section médecine du SNESup à la mise en place des Centres hospitaliers universitaires. Plus tard, il rejoignit le syndicat de l’assistance publique de Paris (CFDT) et fut membre, de 1974 à 1980, puis secrétaire de l’union locale CFDT de Vincennes, membre du bureau de l’UD CFDT du Val-de-Marne et membre du conseil d’administration de l’union régionale parisienne de la CFDT. Il n’eut plus ensuite de mandat syndical.

Abraham Béhar, qui habitait alors à Vanves (Hauts-de-Seine), membre du Parti socialiste unifié depuis 1962, était le secrétaire de la section de Montrouge (Hauts-de-Seine) regroupant des militants du Sud de Paris. Responsable de la commission de l’enseignement supérieur du PSU en 1966, il intervint au conseil national au sujet du syndicalisme et rapporta devant le comité politique national du 7 mai 1968 sur la révolte étudiante, rapport publié par Tribune Socialiste. Il entra au bureau national du PSU à la fin mai 1968 et y resta jusqu’en juin 1971, responsable du secteur "entreprises". Il devint le secrétaire de la section d’entreprise de l’hôpital Broussais (1970-1973), En conflit avec Michel Rocard, il quitta le bureau national en 1972 et la Direction politique nationale en 1973. Pendant quelques années, il fut un des animateurs de la tendance "Vers le communisme", n’appartenant ni à la ligne trotskiste, ni à la mouvance maoïste, qui voulait préparer une confrontation révolutionnaire avec l’Etat et la bourgeoisie et qui refusait tout compromis stratégique avec une social-démocratie considérée comme une fraction de cette même bourgeoisie. Il resta actif jusqu’à son départ du PSU en 1974. Il fut pendant quelques années secrétaire général des amitiés franco-albanaises. Il écrivit en 1976, avec Madeleine Estryn, sa deuxième épouse, un livre sur la santé publique en Albanie.

Abraham Béhar se maria en 1955 avec une médecin biologiste. Le couple eut une fille. Veuf, remarié en 1975 avec une médecin du travail, il eut un garçon puis divorça. Depuis 1980, il habitait à Paris.

Abraham Béhar fut un des fondateurs de l’association médicale franco-palestinienne. Membre du comité Vietnam national, il fut un des fondateurs de l’association médicale franco-vietnamienne et, président d’une commission d’enquête au Nord-Vietnam. À ce titre, fut membre du tribunal Russel pour le Vietnam. Membre fondateur du Centre d’études et d’initiatives de solidarité internationale (CEDETIM), il participa aussi à la création du Centre international de culture populaire (CICP). Toujours président de l’AMFPGN en 2019, il était membre du Comité pour l’indemnisation des victimes des essais nucléaires (CIVEN) qui dépendait directement du Premier ministre.

Quand se constitua l’association internationale des médecins pour la prévention de la guerre nucléaire (IPPNW), il en fut un des co-présidents tout en présidant la section française (AMFPGN, section française de ITPPNW). Il s’affirma dans les commissions d’enquête sur les essais nucléaires dans une mission médicale à Moruroa (Polynésie) et sur les syndromes du Golfe et des Balkans et dirigea les protestations notamment contre tout armement nucléaire ou contre la menace nucléaire que constituait la tension entre l’Inde et le Pakistan. Il s’insurgea aussi contre la décision de reprise des essais nucléaires en 1995, qui pouvait avoir de graves conséquences sur l’état sanitaire des populations de Polynésie.

En juin 2018, Abraham Béhar apporta son témoignage sur certains aspects de l’attitude du SNESup en mai-juin 1968 lors du colloque de Roubaix organisé par le SNESup.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article212146, notice BÉHAR Abraham par Jacques Girault, Jeffrey Tyssens, version mise en ligne le 18 février 2019, dernière modification le 19 février 2019.

Par Jacques Girault, Jeffrey Tyssens

Manifestation UNEF-SNESUP en mai 1968. De gauche à droite, X, A. Béhar (SNESup), X, Alain Geismar (SNESup), Daniel Cohn-Bendit, Jacques Sauvageot (UNEF), Fontaine (SNESup, X).
Manifestation UNEF-SNESUP en mai 1968. De gauche à droite, X, A. Béhar (SNESup), X, Alain Geismar (SNESup), Daniel Cohn-Bendit, Jacques Sauvageot (UNEF), Fontaine (SNESup, X).

ŒUVRE : Le catalogue de la BNF comprenait deux références dont sa contribution à l’ouvrage de l’Association des vétérans des essais nucléaires, Quelle justice pour les victimes des essais nucléaires ?, Paris, 2007.

SOURCES : Arch. Nat., 581AP/45/188, 190, 121/403, 137/501. — Presse syndicale. — Presse politique nationale. — Jean-Claude Gillet et Michel Mousel, Parti et mouvement social : le chantier ouvert par le PSU, Paris, l’Harmattan, 2012. — Renseignements fournis par l’intéressé.

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