ROY Jean, Edouard, Marie

Par Michel Thébault

Né le 10 mai 1884 à Château-Renault (Indre-et-Loire), abattu sommairement le 20 août 1944 à Le Liège (Indre-et-Loire), décédé des suites de ses blessures le 5 septembre 1944 à l’hôpital de Loches (Indre-et-Loire) ; médecin – chirurgien ; résistant AS maquis de Scévolles.

Jean Roy était le fils d’Édouard, Marie, Amédée Roy âgé de 43 ans à sa naissance, maître d’hôtel et de Clémentine, Alexandrine, Rachelle Augu âgée de 40 ans, maîtresse d’hôtel. Il fut très jeune, orphelin de père, celui-ci étant décédé le 17 février 1888. Il entreprit des études de médecine. En 1903 il s’engagea volontairement dans l’armée à la mairie de Tours (Indre-et-Loire) pour 3 ans et fut incorporé comme soldat au 66ème régiment d’Infanterie de Tours. Il reçut en septembre 1904 une dispense pour reprendre ses études de médecine et fut nommé en août 1907 médecin auxiliaire de réserve auprès de la 9ème SIM (section des infirmiers militaires, attachée à la IXème région militaire de Tours). Il effectua ses études de médecine à Paris de 1906 à 1912, à la faculté de Médecine de Paris. A la suite de son succès au concours de médecine de l’année 1909, il fut nommé en 1910 interne en médecine des Hôpitaux et hospices civils de Paris. Il soutint en 1914 sa thèse de doctorat en obstétrique sur « les collections suppurées de la paroi utérine » et fut diplômé de la Faculté de Paris. Entre temps, il était revenu en Touraine et avait épousé le 30 janvier 1912 à Château-Renault, Germaine, Marie, Henriette Jouanneau, âgée de 19 ans, fille d’un médecin de Château-Renault, Henry Jouanneau. Au début 1914, le couple était installé à Tours, 77, rue Bernard Palissy. Jean Roy fut mobilisé le 1er août 1914, médecin aide-major de deuxième classe au 6ème régiment du Génie, puis affecté en novembre 1914 à l’ambulance 6/9. Il fut cité à l’ordre de la 18ème Division d’Infanterie le 28 février 1915 au motif suivant : « A prodigué ses soins jour et nuit pendant trois mois avec un zèle infatigable aux nombreux blessés dont l’état nécessitait une intervention chirurgicale d’urgence ». Il reçut pour ses actes la Croix de guerre avec une étoile. De juin 1916 à novembre 1918, il alterna les postes à l’intérieur aux hôpitaux militaires de Saint-Maixent et Parthenay (Deux-Sèvres) et aux Armées, à l’hôpital d’Amiens (Somme). Affecté en 1919 au service médical de la place de Tours, il fut nommé en juin 1919 médecin major, puis démobilisé en août 1919. Malgré une légère invalidité, reliquat d’une pleurésie, il se maintint dans les cadres de réserve, effectuant entre 1922 et 1934 des stages réguliers d’instruction qui lui valurent d’être nommé médecin-major de première classe de réserve en janvier 1928 et d’être fait chevalier de la Légion d’Honneur par décret du 20 juillet 1932, en récompense de 28 ans de service. Domicilié à Tours, il y exerçait au début des années 40 la fonction de chirurgien chef de la Maternité de la ville. Il était également chirurgien consultant de la SNCF. Pendant l’occupation allemande, la famille Roy s’engagea dans la Résistance. L’un de ses fils Gérard né en 1923 parvint à passer en Espagne puis après un internement à Miranda à rejoindre les forces françaises d’Afrique du Nord. Un second fils Jean rejoignit en 1944 les maquis AS à la limite de l’Indre-et-Loire et de la Vienne qui constituèrent à la mi-août 1944 le maquis de Scévolles (commune de Guesnes, Vienne). Jean Roy voulut également rejoindre l’Afrique du Nord mais fut dénoncé par le passeur avec lequel il avait pris contact. Jugé le 6 juin 1944 il fut condamné à trois ans de prison, mais fut grâce à l’aide du médecin allemand de la prison envoyé en convalescence pour deux mois. Libéré, Jean Roy choisit de quitter Tours et de se cacher dans un village du Loir-et-Cher, Vallières-les-Grandes, près de Montrichard. A la mi-août, son fils Jean prit contact avec lui pour lui demander de venir créer en forêt de Scévolles un hôpital pour les blessés du maquis. Grâce à ses relations, Jean Roy organisa une expédition devant permettre d’apporter en forêt de Scévolles les hommes et le matériel nécessaire à une antenne chirurgicale. Selon le rapport rédigé le 25 septembre 1944 par le commandant César, commandant du groupe nord des FFI de la Vienne : « Le 20 août 1944, vers 15 heures 30 une ambulance appartenant aux sections sanitaires automobiles de la Croix Rouge Française, quittait Tours » conduite par une infirmière Nicole de Maraimbois, chef de la section sanitaire de Tours, accompagnée d’un médecin-auxiliaire Claude Lajoinie et du plus jeune fils de Jean Roy, Claude âgé de 16 ans. Après être passée prendre le docteur Roy à Vallières-les-Grandes, le véhicule se dirigea vers la Vienne. Vers 18 heures il fut intercepté par des troupes allemandes en embuscade dans le secteur Manthelan – Le Liège. « La voiture stoppa aussitôt mais reçut néanmoins deux rafales de mitrailleuse bien que les emblèmes de la Croix-Rouge fussent très apparents » (rapport César, in Souvenir français du Loudunais op. cit.). Jean Roy fut blessé à la tête et son fils également blessé un peu plus tard en refusant de l’abandonner, alors que les Allemands pressaient les trois autres occupants de les suivre au village proche pour un contrôle. Après vérification des papiers et fouille du véhicule, celui-ci dut reprendre la direction de Tours, les soldats allemands s’opposant au transport des blessés, qu’ils affirmèrent décédés aux deux autres occupants. Les deux blessés furent allongés sur la route les mains derrière la tête et restèrent ainsi sans soins plus de 24 heures. Ils purent finalement être transportés à l’hôpital de Loches, à quelques kilomètres et opérés par le docteur Martinet. Jean Roy décéda cependant le mardi 5 septembre à 8 heures 30 à la suite d’une embolie consécutive à ses blessures à la tête.
Il obtint la mention mort pour la France et fut homologué commandant FFI. Son nom est inscrit sur la stèle de Guesnes (Vienne) à la gloire des morts du maquis de Scévolles. Il est également inscrit à Paris sur la plaque commémorative 1939 – 1945 des internes de L’Hôtel-Dieu IVème arr. et sur la plaque commémorative 1939 – 1945 de la Faculté de Médecine Paris Descartes VIème arr. Il figure enfin à Tours sur la plaque commémorative de la SNCF.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article212220, notice ROY Jean, Edouard, Marie par Michel Thébault, version mise en ligne le 19 février 2019, dernière modification le 12 mars 2020.

Par Michel Thébault

SOURCES : Arch. Dép. Indre-et-Loire (état civil, registre matricule) — SHD Caen AVCC Cote AC 21 P 145678 — Laurent Cardonnet, Thése de doctorat de médecine Paris Descartes 2010 Contribution à l’étude des étudiants en médecine et des médecins morts pour la France pendant la seconde guerre mondiale p. 90 – 91 — Site VRID (Vienne, Résistance, Internement, Déportation), article Jacques Albert et Jacques Pirondeau,Le maquis de Scévolles, 2015 — Site Souvenir Français du Loudunais, documents biographiques concernant Jean Roy rassemblés par Jacques Albert et Jacques Pirondeau — Mémoire des Hommes — Mémorial GenWeb.

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