LAGUESSE Gisèle, Henriette [née JUNG]

Par Daniel Grason

Née le 29 janvier 1915 à Poitiers (Vienne), morte le 19 mars 1943 à Auschwitz (Pologne) ; sténographe-dactylographe ; militante communiste, membre du Comité mondial des femmes contre la guerre et le fascisme ; résistante.

Fille de Henri, Delphin Jung, employé des chemins de fer et de Germaine, Marie, Madeleine Vergelin, sans profession, Gisèle Jung vécut à Levallois-Perret (Seine, Hauts-de-Seine) où elle alla à l’école communale. Elle suivit des cours à une école commerciale de la rue de Naples à Paris (VIIIe arr.), elle obtint le diplôme de secrétaire. Selon Charlotte Delbo son père était ingénieur des chemins de fer à la gare Saint-Lazare. Elle épousa le 18 juin 1938 Paul, Édouard, Marcel Laguesse en mairie du XXe arrondissement à Paris.
Paul Laguesse était un militant communiste chevronné, il adhéra au parti communiste en 1920 dès sa création. En 1936, le couple vivait 66 boulevard Davout à Paris (XXe arr.). Elle travaillait pour la maison Stevens une entreprise de courtages industriels, et était rémunérée à la commission. Communiste, elle milita au Comité Mondial des Femmes contre la Guerre et le Fascisme.
En janvier 1942 le couple déménagea dans un pavillon au 9 rue Jauzier-Koesler à Saint-Maur-des-Fossés (Seine, Val-de-Marne). À la suite de filatures des Renseignements généraux, les policiers remarquèrent que Paul Laguesse étaient en relation avec Claude Gaulué.
Le couple fut arrêté le 1er mars 1942 pour propagande communiste clandestine en infraction au décret du 26 décembre 1939 par des inspecteurs des Brigades spéciales. Pierre Villon, secrétaire national du Front national qui était dans le pavillon réussissait à s’échapper en sautant du premier étage dans le jardin.
Lors de la perquisition domiciliaire, les policiers saisissaient des tracts et projets de tracts du Parti clandestin, des cartes provisoires de textile établies à leur nom, non timbrées du cachet de la mairie, ainsi que des feuilles d’alimentation portant le cachet de la mairie de Verneuil.
Le 21 mars 1942 Paul Laguesse était livré aux allemands. Incarcéré à la prison du Cherche-Midi administré par eux, un lieu où la torture était la règle. Gisèle Laguesse fut emprisonnée le 23 mars dans le quartier allemand de la prison de la Santé, et ce jusqu’au 24 août. Transférée au fort de Romainville, elle était le 24 janvier 1943 dans le convoi de 230 femmes à destination d’Auschwitz (Polo gne). Les déportées arrivèrent le 27 janvier dans le camp de Birkenau en chantant La Marseillaise, elle porta le matricule n° 31667.
Les Autorités allemandes dans une note en date du 12 avril 1943, informait la Préfecture de police de Paris que Gisèle Laguesse était morte le 19 mars 1943 à 7 heures 25 de septicémie. Les Autorités françaises étaient chargées d’informer la famille.
Dans l’ouvrage Le convoi du 24 janvier, Charlotte Delbo témoigna du calvaire de Gisèle Laguesse. « Le matin de sa mort, Gisèle s’est traînée jusqu’au lit de Louise [Magadur], elle voulait lui dire encore quelque chose, mais Louise était si mal qu’elle ne s’est pas réveillée et c’est près du lit de Louise que Gisèle est morte. Quand Louise s’est enfin réveillée, Gisèle était sur le tas des cadavres à emporter au crématoire. Tout son visage était déjà mangé par les rats. »
La famille Laguesse était une famille de résistants. Paul le mari de Gisèle a été fusillé au Mont-Valérien le 21 septembre 1942, Lucien son frère, déporté à Dora, mourut à Ellrich le 8 janvier 1945, à 61 ans. Germaine, sœur de Paul et de Lucien déportée a été déportée à Ravensbrück puis Mauthausen, elle a été libérée par la Croix-Rouge le 22 avril 1945. Elle mourut en 1975 à l’âge de 79 ans.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article212291, notice LAGUESSE Gisèle, Henriette [née JUNG] par Daniel Grason, version mise en ligne le 21 février 2019, dernière modification le 25 février 2019.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo. GB 028, 77 W 1730-97509, 77 W 5364-310721. – Bureau Résistance (pas de dossier). – Charlotte Delbo, Le convoi du 24 janvier, Éd. de Minuit, 1995. – Livre-Mémorial, FMD, Éd. Tirésias, 2004.

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