CUSSONNET Louis

Par Patrick Mortal

Né en 1894 ; tourneur ; secrétaire général du syndicat (CGT) du personnel civil de la Manufacture nationale d’armes de Saint-Étienne (Loire) de 1944 à 1947 ; militant communiste.

Tourneur de précision à la Manufacture d’armes de Saint-Étienne (Loire) à partir de 1915, Louis Cussonnet avait été signalé comme pacifiste selon un rapport de police daté du 26 mai 1918, qui l’accusait « d’outrages à commandant de la force publique ».
Il avait déjà été arrêté deux fois lorsqu’il fut arrêté le 27 octobre 1939 avec un groupe de dirigeants communistes (dont Marius Patinaud* et Albert Masson*) et condamné à plusieurs années de prison pour tentative de reconstitution du Parti communiste qui avait été dissous le 26 septembre. Il rejoignit la Résistance et prit, dès la libération de Saint-Étienne, la tête du syndicat CGT du personnel civil de la Manufacture avec l’appui de Benoît Frachon* et le soutien d’Alexandre Varennes* qui dirigeait le syndicat clandestin pendant l’Occupation. Bénéficiant du comité de production mis en place en 1944, il s’attacha à partir du mois de novembre 1944 à faire en sorte que l’activité de production de guerre fût remise en route jusqu’au 8 mai 1945. À partir de cette date, il suivit les consignes du ministre Charles Tillon* pour que cette activité soit reconvertie en production civile.
Son action était calquée sur les méthodes de l’URSS pour laquelle il ne cachait pas son admiration (le syndicat reçut en grande pompe une délégation russe en janvier 1945) : discipline, chasse aux « bobardiers », à la « cinquième colonne », appels à la dénonciation, récompenses aux meilleurs travailleurs... Il fallut l’intervention du tribunal pour que l’élection des membres du Comité mixte à la production fût régulière, quitte à laisser une chance à quelques candidats de la CFTC. Le syndicat travailla alors en étroite collaboration avec les directeurs de l’établissement qui assistait à certaines réunions syndicales, puis Galdemar, alors proche de Charles Tillon, tandis que les délégués étaient invités à « étouffer dans l’œuf tout mouvement ou toute pétition qui pourrait être dirigés contre ceux qui nous aident et qu’on voudrait remplacer ».
La méthode permit le redémarrage de l’entreprise et dans une certaine mesure la sauvegarde de l’emploi, malgré le licenciement des femmes dont les maris travaillaient. Le syndicat se reconstruisit véritablement, en rassemblant dans une même organisation - le « syndicat unique » - toutes les catégories de salariés.
La grève de novembre 1947 marqua le moment fort de la brève carrière de secrétaire général de Louis Cussonnet. La grève fut décidée tardivement à la MAS, le 26 novembre 1947, et non sans difficultés car la CGT s’opposa alors à Marcel Gonin*, de la CFTC, et à son père, de Force ouvrière. Non sans contestation, Louis Cussonnet annonça le principe de la grève. Le mouvement fut toutefois majoritaire, puisqu’un vote à bulletins secrets organisé en ville par les deux courants opposés à l’arrêt du travail rassembla moins de 2 000 ouvriers sur les 5 000 alors à l’effectif, et que les assemblées générales étaient nombreuses. Les capacités d’organisation de Cussonnet et de son syndicat non seulement permirent une occupation active de l’usine et contribuèrent aussi fortement à la mobilisation de tout le bassin stéphanois qui culmina le 29 novembre dans une manifestation massive, marquée par des affrontements et le refus de jeunes soldats de participer à la répression. La reprise du travail du 11 décembre, sans véritable résultat, fut suivie de la révocation de quatorze responsables CGT, dont Louis Cussonnet, accusé d’avoir utilisé les camions de l’établissement pour les besoins de la grève malgré l’interdiction de la direction.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article21237, notice CUSSONNET Louis par Patrick Mortal, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 25 octobre 2008.

Par Patrick Mortal

SOURCES : Arch. Dép. Loire, 10 M 231, 1 M 524 et 525. — L’Espoir, 27 novembre 1947. — La Dépêche, 1er décembre 1947. — Cahier de procès-verbaux du syndicat CGT de la MAS (1944-1947), in Arch. du syndicat, Arch. CFDT MAS non répertoriées. — Pierre Héritier, Roger Bonnevialle, Jacques Ion, Christian Saint-Sernin, 150 ans de luttes ouvrières dans le bassin stéphanois, Saint-Étienne, Le Champ du Possible, 1979. — Michel Olagnier, « 1947, les jeunes dans la bataille pour la vie », Cahiers d’histoire sociale, n° 42, décembre 1997. — Patrick Mortal, Des armes et des hommes, les travailleurs des arsenaux de terre en France (1800-fin du XXe siècle), thèse, Université Lille 3 Charles de Gaulle, septembre 2004.

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