CUTTÉ Jean, Pierre, Auguste

Par Éric Belouet, Nathalie Viet-Depaule

Né le 15 mai 1920 à Paris (XVIIe arr.) ; ajusteur, employé de bureau, puis cadre à la RATP ; militant jociste, permanent de la JOC (1942) et de la Mission de Paris (1944) ; responsable des jocistes à Berlin dans le cadre du STO.

Cliché fourni par Claude Miquel. (petit-neveu de Jean Cutté)

Fils d’un soudeur autogène et d’une tapissière, Jean Cutté était titulaire du brevet élémentaire lorsqu’il entra au Métropolitain (réseau de surface). Embauché comme apprenti, il suivit les cours de l’école technique de la TCRP de 1936 à 1939 d’où il sortit major de sa promotion avec un CAP d’ajusteur. Il avait adhéré en 1938 à la JOC, section de La Fourche, habitant alors avec sa sœur aînée et ses parents, rue des Dames (XVIIe arr.). En septembre 1942, il devint permanent du mouvement jusqu’à sa réquisition en tant qu’ouvrier rappelé du Métropolitain, en décembre 1942, pour l’Allemagne. Arrivé le 4 décembre à Berlin, il joua pendant un an un rôle clé dans ce secteur. Il était responsable des jocistes et formait le comité directeur de l’Action catholique berlinoise avec l’abbé Hadrien Bousquet, aumônier clandestin, et Pierre Pinault, chargé des scouts. Il organisa de multiples rencontres et déploya une intense activité apostolique auprès de jeunes Français, ce qui lui valut d’être interrogé par la Gestapo et menacé de sanctions graves. Ayant droit à une permission, il revint en France en décembre 1943 et fit le choix de ne pas retourner en Allemagne. Il entra dans la clandestinité et, s’adressant à l’abbé Henri Godin* qu’il connaissait lorsqu’il était jociste, il fut recruté comme permanent de la Mission de Paris. Il était rétribué pour faire de l’apostolat à plein temps, aidant les pères René Besnard* et André Depierre* et contribuant à fédérer des laïcs autour d’eux. Il assista à la session de démarrage de la Mission de Paris.
En 1945, Jean Cutté reprit son métier d’ajusteur à la Compagnie du chemin de fer métropolitain de Paris (CMP), aux ateliers Championnet et adhéra à la CGT. Il n’y resta que deux ans car, songeant à être prêtre, il décida de faire des études au séminaire des vocations tardives de 1947 à 1950 puis au grand séminaire d’Issy-les-Moulineaux (Seine, Hauts-de-Seine) dans la perspective de devenir prêtre-ouvrier. Il fit progressivement l’amer constat du décalage qui existait entre ce qu’il avait vécu à la Mission de Paris et les principes d’un enseignement traditionnel. Il fit partie d’un petit noyau qui dénonçait la sclérose et les pesanteurs de l’Église. Connaissant aussi les difficultés auxquelles les prêtres-ouvriers étaient confrontés, il préféra ne pas accéder à la prêtrise et quitta le séminaire.
Jean Cutté put faire valoir sa qualification et le fait d’avoir été clandestin pour retrouver une place aux ateliers Championnet en 1954. Il reprit une carte à la CGT et fut membre de la délégation CGT de la RATP au congrès de la jeunesse à Varsovie en 1955. À son retour, bien qu’il fît un compte rendu objectif, il fut en butte aux critiques de camarades communistes. Il continua à se syndiquer jusqu’en 1960, mais déçu par le sectarisme de la CGT, il préféra s’intéresser à sa carrière professionnelle. Il passa des concours administratifs internes, devint employé de bureau, agent de maîtrise puis cadre en 1970. Affecté à partir de cette date au service social, il apprécia pendant dix ans de se consacrer aux différentes activités sociales de la RATP. Il prit sa retraite en 1980.
Membre de l’Amicale d’anciens de Berlin, président pendant vingt ans d’une modeste copropriété, membre de l’APAVEC ou Association des personnes âgées vivant en collectivité, dont l’objectif essentiel est de faire entendre la voix des résidents, Jean Cutté écrivit à plusieurs reprises dans le bulletin Rencontre, diffusé par les amis des abbés Godin et Depierre. Il s’était marié le 22 octobre 1955 à Paris (XVIIe arr.) avec Alix Duquenoy, une commissaire scoute, qui était assistante sociale et qui le seconda dans ses activités professionnelles et associatives.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article21241, notice CUTTÉ Jean, Pierre, Auguste par Éric Belouet, Nathalie Viet-Depaule, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 5 juin 2020.

Par Éric Belouet, Nathalie Viet-Depaule

Cliché fourni par Claude Miquel. (petit-neveu de Jean Cutté)

SOURCES : Arch. JOC (SG) : fichier des anciens permanents. — Charles Molette, En haine de l’Évangile, Fayard, 1993, p. 178, 180 et 209. — « Au 34 rue Marcadet », La Mission de Paris. Cinq prêtres-ouvriers insoumis témoignent, Karthala, 2002. — Wolfgang Knauft, Face à la Gestapo. Travailleurs chrétiens et prêtres du STO Berlin 1943-1945, Le Cherche Midi, 2007, p. 140-141, 154-156. — Notes d’André Caudron. — Entretien avec Jean Cutté le 27 février 2008 et lettre datée du 3 mars 2008. — État civil de Paris (XVIIe arr.), 1997, 2007.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
fiches auteur-e-s
Version imprimable