ROZENFARB Léon, Wolf [orthographié également ROSENFARB, pseudonyme dans la Résistance : Paris]

Par Jean-Sébastien Chorin

Né le 20 avril 1920 à Kielce (Pologne), naturalisé Français, mort à l’hôpital de l’Antiquaille (Lyon, Rhône) le 16 juin 1944 ; maroquinier ; Franc-tireur et partisans de la Main d’œuvre immigrée (FTP-MOI) du bataillon Carmagnole.

Léon, Wolf Rozenfarb était le fils de Moszek et de Ryfka Lubliner. Il avait un frère, Szlama, né le 23 mars 1922 à Wolbrom (Pologne). Juifs polonais, les Rozenfarb s’exilèrent en France et s’installèrent à Paris où ils demeurèrent 72 rue Pixérécourt (XXe arr.). Ils furent naturalisés Français par décret du 28 février 1940. Moszek, Léon et Szlama Rozenfarb exercèrent la profession de maroquinier.
Pendant la guerre, les Rozenfarb se réfugièrent à Lyon (Rhône). Mozeck Rozenfarb demeura 37 rue Seignemartin (VIIIe arr.) et ses fils, Léon et Szlama, 23 rue des Macchabées (Ve arr.).
Léon Rozenfarb s’engagea dans les Francs-tireurs et partisans de la Main d’œuvre immigrée (FTP-MOI) du bataillon Carmagnole, sans doute vers janvier 1944 étant donné son numéro matricule (94.112). Il prit le pseudonyme de Paris.
Dans les communiqués militaires de l’inter-région HI4, on trouve mention du matricule 112 le 16 janvier 1944. Sous le commandement d’Ignaz Krakus (Roman), Léon Rozenfarb participa avec sept camarades à l’attaque d’un disjoncteur à haute tension alimentant plusieurs usines à Villeurbanne. Résultat de l’action : « destruction complète, arrêt dans plusieurs entreprises ».
Le 23 mars 1944, inculpé d’usage de fausse carte d’identité, son frère, Szlama Rozenfarb, fut incarcéré à la maison d’arrêt de Lyon (prison Saint-Paul). Le 1er avril il fut condamné par le tribunal correctionnel de Lyon à huit jours de prison et fut libéré le jour même.
Dans la nuit du 31 mai au 1er juin 1944, Léon Rozenfarb fut blessé de deux balles de pistolet par un ami qui lui expliquait le fonctionnement de son arme. Il fut transporté à la clinique Jeanne d’Arc, cours Albert-Thomas (Lyon, VIIIe arr.) par Julien Selonczyk et Pierre Katz. Le personnel de la clinique prévint immédiatement la police. Le commissaire de permanence de nuit se rendit d’abord sur les lieux avec quelques hommes, puis à la Maison des étudiants, où il tenta d’interpeller Julien Selonczyk et Pierre Katz. Ces derniers lui tirèrent dessus, l’atteignant grièvement de trois balles. Les policiers répliquèrent. Ils tuèrent Pierre Katz et ils blessèrent et arrêtèrent Julien Selonczyk. Après ces événements, Léon Rozenfarb fit l’objet d’une procédure judiciaire. Le procureur de la République de Lyon écrivit au procureur général : « Comme suite à mon rapport du 2 juin 1944 concernant la tentative de meurtre commise à Lyon sur la personne de M. C…, commissaire de police, j’ai l’honneur de vous rendre compte que j’ai requis l’ouverture d’une information du chef de participation à une organisation subversive, usage de fausse carte d’identité, dans le but de favoriser le terrorisme contre le nommé Rosenfarb Léon, vingt-quatre ans, qui, blessé, avait été admis le 31 mai 1944 à la clinique Jeanne d’Arc. Rosenfarb a été trouvé porteur d’une fausse carte d’identité au nom de Thibault. Il paraît appartenir à une organisation terroriste. » Un quatrième résistant FTP-MOI, Nuta Szynkman, incarcéré à la maison d’arrêt de Lyon le 1er juin (fut-il arrêté avec Julien Selonczyk ? Avait-il également aidé au transport de Léon Rozenfarb à la clinique ?), fut identifié comme un complice de Léon Rozenfarb : « Comme suite à mon rapport du 9 juin courant, j’ai l’honneur de vous rendre compte qu’à la date du 22 juin j’ai requis supplétivement l’ouverture d’une information contre le nommé Szynkman Nuta, vingt et un ans, arrêté, inculpé de participation à une organisation terroriste, détention d’armes et explosifs, destruction d’immeubles par explosifs, vols qualifiés, usage de fausses cartes d’identité, infractions commises dans un but terroriste, l’inculpation visant également le nommé Rosenfarb Léon objet de mon rapport du 9 juin. Ces deux individus appartiennent à une organisation terroriste. […] Un dépôt d’armes et d’explosifs ainsi que plusieurs fausses cartes d’identité ont été trouvées en la possession de Szynkman et Rosenfarb qui, d’autre part, ont participé à un attentat par explosif contre le garage R…, à un vol à main armée, etc. »
Le 16 juin 1944, à 13h30, Léon Rozenfarb décéda à l’hôpital de l’Antiquaille (Lyon, Ve arr.). D’après plusieurs sources, il fut exécuté par les Allemands le 15 juin mais il semble plus vraisemblable qu’il ait été transféré à l’Antiquaille en tant que prisonnier et qu’il y ait succombé à ses blessures du 31 mai. Le 21 juin 1944, il fut inhumé au cimetière de Loyasse (Lyon, Ve arr.).
Le 19 août 1944, son père, Moszek Rozenfarb, fut exécuté en tant que Juif en représailles d’une action des FTP-MOI.
Le 16 octobre 1947, les corps de Léon et Moszek Rozenfarb furent exhumés pour être enterrés au cimetière de Bagneux le 20 octobre.
Léon Rozenfarb fut homologué sergent FFI le 19 septembre 1950. Il fut reconnu interné résistant et Mort pour la France, décédé des suites de blessures. Il fut décoré de la médaille de la Résistance. Son nom apparaît sur la plaque située dans l’école Édouard Herriot, 157 rue Bataille (Lyon, VIIIe arr.) et sur la plaque commémorative « La ville de Vénissieux en hommage aux combattants F.T.P-M.O.I du bataillon Carmagnole-Liberté, aux Juifs, aux immigrés, aux Français tombés pour la France et pour nos libertés ».

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article212433, notice ROZENFARB Léon, Wolf [orthographié également ROSENFARB, pseudonyme dans la Résistance : Paris] par Jean-Sébastien Chorin, version mise en ligne le 25 février 2019, dernière modification le 26 février 2019.

Par Jean-Sébastien Chorin

SOURCES : Arch. Dép. Rhône, 3808W1055, 3678W19, 3678W21.— Arch. Mun. Lyon, 1899W015, acte de décès 759 (Ve arr.).— SHD, Vincennes, inventaire de la sous-série 16P.— CHRD, Lyon, Ar. 1167.— Journal officiel de la République française, lois et décrets, 10 mars 1940.— Roger Schkolnyk, Carmagnole-Liberté, qui a fait quoi et qui était qui ?, 1994.— Amicale FTP-MOI Carmagnole-Liberté, Camarades juifs des unités FTP-MOI "Carmagnole" à Lyon, "Liberté, 5ème Bataillon" à Grenoble, tombés dans les combats de la Résistance, s.d.— Virginie Sansico, La Justice du pire, les cours martiales sous Vichy, 2002.— Mémoire des Hommes.— Mémorial Genweb.— Site Internet Geneanet.

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