CYTRYN Marcel

Par Lynda Khayat

Né le 7 juin 1926 à Paris (Xe arr.), déporté le 21 septembre 1942 à Auschwitz, où il trouva la mort ; collégien ; militant des Jeunesses communistes clandestines ; résistant.

Fils unique d’immigrés juifs polonais originaires de la ville de J_drzejów, installés en France en 1923, mariés en février 1926, dont le père était maroquinier et la mère mécanicienne en maroquinerie, demeurant 18 cité Dupont (XIe arr.), Marcel Cytryn, de nationalité française par déclaration à sa naissance, fut élève à l’école primaire de l’avenue de la République (XIe arr.), où il obtint le certificat d’études primaires.
Il suivit très jeune l’engagement politique de son père, Benjamin Cytryn, membre de la sous-section juive de la MOE du PCF, devenu tricoteur dans un atelier de confection, cité Popincourt (XIe arr.), militant du syndicat unitaire du textile de la région parisienne et collaborateur au journal en langue yiddish, Arbeiter Stimme (Voix ouvrière), publié par la Commission intersyndicale juive de la CGTU. Partant en colonie de vacances avec Les Amis des enfants d’ouvriers, association fondée en janvier 1935 et affiliée à la sous-section juive de la MOI du PCF, il y reçut une éducation communiste. Dès l’âge de huit ans, Marcel Cytryn assistait avec ses parents à des rassemblements politiques. Ainsi, le 27 mai 1934, il prit part au cimetière du Père-Lachaise à la manifestation du Mur des Fédérés, entonnant avec la foule l’Internationale et la Carmagnole, scandant « Les Soviets partout », « Libérez Thaelman ». En février 1936, le jeune Marcel devint membre du Cercle sportif israélite plus connu sous le nom de YASK (Club sportif ouvrier juif), affilié à la FSGT et dont le siège se situait alors rue Basfroi (XIe arr.).
Après le déclenchement de la guerre, dans Paris occupé, lui et ses parents demeurant 11 rue du Général-Blaise (XIe arr.) se firent recenser comme Juifs, en octobre 1940, au commissariat de leur quartier. Militant des Jeunesses communistes clandestines, Marcel Cytryn participait plusieurs fois par semaine, à partir de mai 1941, à des lancers de tracts sur les marchés et à la sortie des cinémas, accompagné de deux autres jeunes positionnés en protection et collait des papillons dans le XIe arr. Muni de listes de souscription, avec Victor Zigelman*, un ancien camarade de classe, il collectait de l’argent auprès des familles juives de son quartier pour l’organisation clandestine Solidarité, liée à la sous-section juive de la MOI du PCF, qui venait en aide aux familles des communistes internés. Le 20 août 1941, son père fut arrêté par la police française au cours de la rafle opérée contre les Juifs dans le XIe arr.. Interné le jour même au camp de Drancy, dirigé sur Compiègne le 29 avril 1942, Benjamin Cytryn fut déporté le 5 juin de la même année à Auschwitz, où il mourut en octobre.
Marcel Cytryn, qui préparait le brevet élémentaire à l’école Turgot, refusait de porter l’étoile jaune. Au matin du 17 juin 1942, il fut interpellé sur le marché boulevard de Charonne par deux gardiens de la paix de l’équipe spéciale du commissariat Sainte-Marguerite. S’opposant à son arrestation, il tenta alors de se débarrasser de tracts intitulés « l’Université ne trahit pas » et de papillons sur lesquels on pouvait lire « Comme les Belges ont fait, mettons l’insigne jaune. Pour embêter Hitler, solidarisons-nous avec les Juifs ». Il fut conduit au commissariat, où on alerta les services de la 3e section des renseignements généraux saisis de l’affaire. Au cours de la perquisition, qui eut lieu à son domicile, les policiers découvrirent trois feuilles de cahier sur lesquelles Marcel Cytryn et ses camarades avaient écrit un texte intitulé « Tous unis, chassons l’envahisseur », qui aurait été destiné à être expédié par la poste à des intellectuels français et un brouillon de tract dénonçant l’antisémitisme. Au cours de son interrogatoire, il ne livra aucune information permettant d’identifier ses camarades et refusa de signer le procès-verbal. Marcel Cytryn fut inculpé d’infraction au décret-loi du 26 septembre 1939 pour fabrication, détention et distribution de tracts communistes. Les services de police considérant que les tracts, pour lesquels il fut incriminé, contenaient également un caractère anti-allemand, décidèrent de le consigner au camp de Drancy à la disposition des autorités occupantes. Un mois plus tard, le 16 juillet 1942, il fut condamné par le tribunal militaire allemand de la Seine à deux ans et un mois de prison pour rédaction et diffusion de tracts communistes et incarcéré à la prison du Cherche-Midi. Transféré, semble-t-il, à Dijon, il fut interné ensuite, le 29 août de la même année, au camp de Drancy avant d’être conduit à celui de Pithiviers, pour être déporté à Auschwitz le 21 septembre 1942, où il fut assassiné peu après son arrivée.
Sa mère, quant à elle, au cours d’un contrôle, trouvée démunie d’une carte d’identité d’étranger revêtue de la mention « juive », fut arrêtée par la police française et écrouée le 26 février 1943 à la prison de la Petite Roquette, en infraction aux articles 3 et 7 du décret-loi du 2 mai 1938 et à la loi du 30 mai 1941. Le 1er avril, elle fut condamnée à un mois de prison par jugement de la XIIe Chambre du tribunal correctionnel de la Seine. Ayant purgé sa peine, Liba Cytryn fut conduite le lendemain au dépôt de la Préfecture de police et mise à la disposition de la 3e section des renseignements généraux. « Suspecte au point de vue politique, dangereuse pour l’ordre intérieur », ancienne membre de la sous-section juive de la MOI du PCF, considérée comme susceptible de se livrer à la propagande clandestine en faveur de ce parti dissous, elle fut transférée au camp de Drancy le 2 avril 1943 et déportée le 23 juin à Auschwitz, où elle mourut en décembre de la même année.
En septembre 1946, un acte de disparition fut établi au nom de Marcel Cytryn par le service de l’état civil du ministère des Anciens combattants et victimes de guerre, le considérant comme déporté politique. Son décès fut transcrit sur les registres de la mairie du XIe arr., en février 1947. On fit figurer en marge de son acte de décès, en octobre 1989, la mention « Mort en déportation ».

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article21257, notice CYTRYN Marcel par Lynda Khayat, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 11 avril 2017.

Par Lynda Khayat

SOURCES : Arch. Nat. Natural., BB__ 12374 X 26 Cytryn Marcel ; F9, art. 5609, fichier familial de la PPo. de la Seine ; F9, art. 5638, fichier indiv. de la PPo. de la Seine ; F9, art. 5686, fichier du camp de Drancy ; F 9, art. fichier des camps de Pithiviers et Beaune-la-Rolande. — Arch. PPo. Gª C6 dos. Cytryn Marcel ; BA 2440 Occupation allemande, rapports mensuels d’arrestations, répression des juifs communistes (rapports du 20 juin 1942 et du 10 avril 1943).

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément