DABOUZI François, Jean, Pierre

Par André Balent

Né le 27 mars 1907 à Reynès (Pyrénées-Orientales), mort le 19 juillet 1987 à Perpignan (Pyrénées-Orientales) ; bûcheron, contrebandier et aubergiste à Las Illas (Pyrénées-Orientales) ; militant communiste ; résistant, passeur, agent de multiples réseaux ; maire de Las Illas.

François Dabouzi, à Las Illas après 1945
François Dabouzi, à Las Illas après 1945
archives André Balent

Fils de François, Jérôme, Laurent Dabouzi - âgé de vingt-six ans en 1907 agriculteur de Reynès, commune du Bas Vallespir - et de Thérèse Marie Claire Erre - âgée de vingt-quatre ans en 1907 -, François Dabouzi se maria à Céret (Pyrénées-Orientales) le 27 octobre 1932 avec Marie, Marguerite, Dolorès Pineda. Ils eurent deux enfants, Francine et Joseph.
En 1936, François Dabouzi s’installa avec sa femme Marguerite dans un village des moyennes montagnes du Vallespir - Las Illas, commune fusionnée depuis 1972 avec celle de Maureillas - frontalier avec l’Espagne. François Dabouzi y exerçait des activités multiples : travaux forestiers et contrebande, alors que son épouse Marguerite tenait une auberge très connue, l’« Hostal des Trabucaires ». L’année de l’installation de Dabouzi à Las Illas, stratégique commune frontalière, est celle du début de la Guerre civile espagnole. Est-ce une simple coïncidence ?
En effet, de la contrebande, aux passages transfrontaliers de fugitifs ou de clandestins, il n’y a qu’un pas. Comme Dabouzi était par ailleurs membre du PC, au moins depuis le milieu des années 1930, il fut mis à contribution par son parti (et l’appareil clandestin de l’IC) afin de convoyer du courrier et les volontaires des BI, pendant la Guerre civile espagnole. Lors de la Retirada, en février 1939, trois présidents fugitifs transitèrent par Las Illas : Manuel Azaña, président de la République espagnole, Lluís Companys, président de la Generalitat, José Aguirre, président d’Euskadi.
Suspect, il fut inscrit sur la liste S avec la mention « contrebandier et communiste notoire ».
Mais, discret, il reprit du service, pendant la Seconde Guerre mondiale, cette fois pour le compte de la résistance non communiste, devenant l’agent de passage de nombreux réseaux. Il assurait le passage d’« Évadés de France », candidats à l’engagement dans les FFL ou dans l’armée d’Afrique du Nord. De la fin de 1942 jusqu’en août 1944, il acheminait du courrier depuis Las Illas jusqu’à Barcelone, siège d’une antenne des autorités d’Alger, le « consulat bis » officieux, toléré par les autorités franquistes et qui doublait celui de Vichy.
Passeur efficace et discret, il « travailla » pour un grand nombre de réseaux : « Brutus » ; « Gallia/Kassanga », lié aux mouvements Combat et Libération ; OSS (services spéciaux étatsuniens) ; « Bourgogne » ; la branche « Vallespir » du réseau « SR » (service de renseignements de l’Armée d’armistice passés à la Résistance sous l’égide du colonel Paul Paillole) et celle connue sous le nom de « Travaux ruraux ».
Sa femme Marguerite participa, elle aussi, à une action clandestine qui attira des soupçons.
Lorsque les Allemands occupèrent la zone libre (novembre 1942), ils allèrent jusqu’à s’installer dans son auberge afin de surveiller la frontière. Alors qu’il convoyait des « Évadés de France », il fut arrêté le 18 septembre 1943. Détenu à la citadelle de Perpignan, il fut transféré à Compiègne. Il s’échappa du train qui l’emmenait en déportation en Allemagne. Blessé, il se rendit d’abord à Toulouse (Haute-Garonne), puis il revint à Las Illas et fut opéré par le docteur Georges Baillat, chirurgien de Perpignan, résistant, membre de l’un des réseaux auxquels appartenait Dabouzi. Il s’enfuit en Espagne comme « Évadé de France » en février 1944. Mais à Barcelone, les responsables de la France Libre (le « consulat bis ») lui demandèrent de reprendre ses missions de franchissement illégal de la frontière. Revenu à proximité de son domicile — allant même parfois occuper une chambre de son domicile, l’auberge, fréquenté par des douaniers allemands — il poursuivit sa tâche jusqu’à la Libération. Un médecin originaire de Gérone et réfugié de la Retirada, Laureà Dalmau, vécut à Las Illas entre 1940 et 1944. Il fut au courant de l’action clandestine de Dabouzi et de toutes ses péripéties. Il recueillit aussi les confidences de sa femme qui lui expliqua son retour à Las Illas et l’opération chirurgicale délicate qu’il subit clandestinement à Perpignan. Son récit, écrit en 1949 ne fut publié qu’en 2013, longtemps après sa mort (1969). Voir aussi Barcelo Mathias.
Son action remarquable inspira un des chapitres du livre du colonel Rémy, Histoires catalanes. Il donna lieu également à épisode - intitulé François - du téléfilm (La ligne de démarcation) réalisé sur les lieux (Las Illas, l’auberge « L’Hostal des Trabucaires ») à partir de février 1973 par Jacques Ertaud.
Dans la Résistance, il devint l’ami de personnes très différentes, issues d’autres origines politiques et sociales, comme Jean Neyrolles, beau-fils du plus important industriel de Saint-Laurent-de-Cerdans (Pyrénées-Orientales) avec qui il édifia en 1968 - avec un autre résistant et « passeur » émérite, le douanier communiste, conflentais et cerdan, André Parent alias Claude - une chapelle (Nostra senyora del Perdó) sur son domaine de Can Demont à Coustouges (Pyrénées-Orientales) : dans cet édifice, une plaque évoque les activités communes pendant la Résistance de François Dabouzi, André Parent et Jean Neyrolles.
À la Libération (19 août 1945), il occupa vraisemblablement des responsabilités au conseil municipal, mais la disparition du registre des délibérations (de 1944 à 1954) de la commune de Las Illas, ne permet pas de donner une réponse définitive à cette interrogation de même qu’à la composition des conseils municipaux qui ont suivi. Il fut élu maire de la commune, le 29 avril 1945, mais ne fut pas réélu à ce poste le 19 octobre 1947. Il demeurait cependant conseiller municipal et, en 1952, il devint à nouveau maire après la démission d’Antoine Auriol, élu en 1947. À la suite des élections des 26 avril et 3 mai 1953, il ne figurait plus parmi les élus. Le 15 mars 1965, ce fut sa femme Marguerite qui devint maire, mais elle démissionna après avoir exercé son mandat pendant trois mois.
Retraité, François Dabouzi vendit son célèbre « Hostal dels Trabucaires ». Il fut enterré civilement à Las Illas, le 20 juillet 1987. Dans une courte notice, Le Travailleur Catalan, (hebdomadaire du PCF), lui rendait hommage mais ne faisait pas allusion à son affiliation au PCF. Il adhérait à la FNRDIP, section du Vallespir. On lui refusa la carte de CVR (Combattant volontaire de la Résistance) en prétextant qu’il s’était fait rémunérer certains passages clandestins vers l’Espagne entre 1942 et 1944.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article21265, notice DABOUZI François, Jean, Pierre par André Balent, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 21 septembre 2019.

Par André Balent

François Dabouzi, à Las Illas après 1945
François Dabouzi, à Las Illas après 1945
archives André Balent

SOURCES : Arch. Com. Maureillas, Las Illas, Riunoguès, registre des délibérations de l’ancienne commune, fusionnée en 1972, de Las Illas. — Arch. Com. Reynès, état civil. — Daniel Arasa, La guerra secreta al Pirineu (1939-1944), Barcelone, Llibres de l’Índex, 1994, p. 204. — Pierre Cantaloube, Maureillas Las Illas Riunoguès et le Roussillon, II, Las Illas-Riunoguès et la fusion des trois communes, Saint-Estève, Les Presses Littéraires, 2001, p. 61-62, 237, 241-242. — Laureà Dalmau, De les Illes per Morellàs. Narració anecdòtica, Gérone, Curbet edicions, 2013, 444 p. — Jacques Ertaud, La ligne de démarcation, téléfilm, « François », épisode consacré à François Dabouzi, Paris, ORTF, 1973. — Émilienne Eychenne, Les portes de la liberté. Le franchissement clandestin de la frontière espagnole dans les Pyrénées-Orientales de 1939 à 1945, Toulouse, Privat, 1985, p. 87. — Raymond Gual, Jean Larrieu, Vichy, l’occupation nazie et la Résistance catalane, II a, 1996, Els alemanys... fa pas massa temps, Prades, Terra Nostra, 1996, p. 197, 199, 200, 233, 234 ; II b, De la Résistance à la Libération, Prades, Terra Nostra, 1998, p. 455, 622. — Jean Larrieu, Vichy, l’occupation nazie et la Résistance catalane, I, Chronologie des années noires, Prades, Terra Nostra, 1994, p. 113. — Colonel Rémy, Histoires catalanes, (col. La ligne de démarcation), Perrin, Paris, 1972, XII + 340 p. ; Avec et sans l’uniforme, col. La ligne de démarcation, Perrin, 1976, 241 p. — Ferran Sánchez Agustí, Espías, contrabando, maquis y evasión. La II Guerra mundial en los Pirineos, Lérida, Éditorial Milenio, 2003. — Georges Sentis, Les communistes et la résistance dans les Pyrénées-Orientales. Biographies, Lille, Marxisme Régions, 1994, p. 155. — L’Indépendant, quotidien, Perpignan. — Le Travailleur Catalan, Perpignan, 24 juillet 1987. — Nombreux témoignages oraux.

ICONOGRAPHIE : Raymond Gual, Jean Larrieu, Vichy, l’occupation..., op. cit., p. 233.

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