DADOT Pierre [DADOT Fernand, Pierre, Marie]

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

Né le 20 mai 1892 à Bully (Loire), mort le 10 avril 1959 à Rueil-Malmaison (Seine-et-Oise, Hauts-de-Seine) ; grand invalide de guerre ; ouvrier fraiseur à l’Arsenal de Puteaux (Seine, Hauts-de-Seine) ; syndicaliste, membre de la commission exécutive de la CGTU (1927-1933, 1935, secrétaire de la Fédération des travailleurs de l’État ; élu député communiste de la troisième circonscription de Versailles (Seine-et-Oise, Yvelines) en mai 1936.

Pierre Dadot dans les années 1930
Pierre Dadot dans les années 1930
Assemblée nationale, Notices et portraits, 1936

Issu d’une famille de petits paysans (père cultivateur et contonnier), reçu au certificat d’études à onze ans, Pierre Dadot débuta dans la vie professionnelle comme apprenti pâtissier à Lyon (Rhône) en 1906. Il effectua son service militaire aux Chasseurs d’Afrique en 1913. Immédiatement mêlé aux combats de la Première Guerre mondiale, il fut grièvement blessé lors de la bataille de la Marne (septembre 1914). Dadot subit l’amputation du pied droit et d’une partie de la jambe. L’armée lui décerna la Croix de guerre avec palmes et la Légion d’honneur. Cette blessure lui donna vraisemblablement priorité pour entrer en qualité d’apprenti fraiseur à l’Arsenal de Puteaux le 2 mars 1916. Il suivit les cours de tournage à l’école de rééducation.

Partisan de la reprise des relations internationales, « par haine de la guerre », il adhéra au à la CGT en 1916 et au Parti socialiste en 1917 pour y défendre les thèses pacifistes et soutint la minorité de la CGT animée par la Fédération de la Métallurgie. De 1917 à mai 1920, en passant par le mouvement de 1919, il dirigea de nombreuses grèves à l’Arsenal de Puteaux. Favorable à l’adhésion du Parti socialiste à la IIIe Internationale, Dadot rejoignit le Parti communiste après le congrès de Tours (décembre 1920) mais il n’assista pas à ce congrès comme l’indique par erreur sa fiche de police (Arch. Jean Maitron). Il militait à la section communiste de Courbevoie, commune de son domicile (4, impasse Dupuis). Il entra à la commission des conflits et à celle de contrôle de la Fédération de la Seine le 10 septembre 1922. Il était depuis le 12 mars 1922 trésorier adjoint de la Fédération unitaire des personnels civils des Établissements de la guerre.

L’année 1924 modifia profondément la nature de son militantisme. Le congrès communiste national, réuni à Lyon du 20 au 24 janvier 1924, l’élut à sa commission des conflits, témoignant ainsi de l’autorité morale et de la confiance politique dont il jouissait dans le parti. Trois mois plus tard, il prenait rang sur la liste communiste du quatrième secteur de la Seine pour les élections législatives du 11 mai 1924. Il se plaça en dix-neuvième et dernière position des candidats communistes, avec 105 230 voix sur 406 547 inscrits, 342 584 votants et 334 617 suffrages exprimés (neuf élus : Vaillant-Couturier, Doriot, Baroux, Clamamus, Laporte, Ternaux, Adam, Bourlois, Muller). L’année 1924 fut aussi pour Dadot marquée par la réorganisation sur la base des cellules d’entreprise : il quitta le secrétariat de la section de Courbevoie pour créer et diriger la cellule 95 de l’Arsenal de Puteaux. Il restait cependant l’animateur de la liste communiste aux élections municipales de Courbevoie (élections générales de mai 1925, élections partielles d’avril 1927, élections générales de mai 1929) et le candidat aux élections cantonales (élection du conseil général de juin 1925 et mai 1929). La Région communiste parisienne le désigna comme secrétaire adjoint en juin 1927.

Sur son passage à la commission de contrôle du Parti communiste, Dadot écrit dans une autobiographie de 1933 : « J’ai eu à prendre position contre les collusions proposées par Souvarine* avant qu’il ne fût battu et chassé du parti et de l’Ice qu’ayant été d’accord avec la tendance de Suzanne Giraud*, Treint*, avant le congrès de Lille, j’ai combattu Treint lorsqu’il a attaqué le Parti dans sa direction. Sans avoir combattu systématiquement Suzanne Girault par la suite, [je] n’ai jamais appartenu à une fraction quelconque. »

La police arrêta Pierre Dadot le 9 avril 1927 dans le cadre d’une enquête sur le « réseau Crémet* ». Inculpé d’espionnage au profit de l’Union soviétique, il fut incarcéré à la prison de la Santé. Le juge d’instruction lui reprochait d’avoir, comme secrétaire général des syndicats CGTU des établissements militaires, mis en rapport Pierre Provost* avec Singre, chef d’équipe au parc d’artillerie de Versailles et secrétaire du syndicat local. Le 25 juillet, la 11e Chambre correctionnelle condamna trois membres de son syndicat (Ménétrier trois ans de prison, Provost deux ans, Sergent seize mois) mais relaxa Dadot. Cet épisode judiciaire n’avait pas, bien au contraire, compromis son influence dans la CGTU. Le congrès fédéral, réuni en juin pendant l’emprisonnement de Dadot, l’avait élu secrétaire permanent de la Fédération unitaire des personnels civils des Établissements militaires. Le congrès national de Bordeaux (19-24 septembre 1927) le désigna à la commission exécutive. Il y siégea jusqu’en 1933 et, après une interruption, à nouveau en 1935 (quelques mois avant la fusion).

Pierre Dadot s’installa à Rueil-Malmaison (Seine-et-Oise, Hauts-de-Seine) en 1930 (15, allée des Moulins). Il se présenta pour la première fois aux suffrages des électeurs de Seine-et-Oise en octobre 1931, pour le siège de conseiller général du canton de Marly-le-Roi. C’était la préparation à la campagne qu’il allait soutenir l’année suivante comme porte-drapeau du Parti communiste dans la 3e circonscription de Versailles (Saint-Germain-en-Laye et Marly-le-Roi). Il mena une lutte vigoureuse contre son concurrent socialiste SFIO René Dumon*, tout en combattant le républicain national Adam, en qui il voyait le « porte-parole du Comité des Forges et de la Haute Banque ». Sur 24 406 inscrits et 21 198 votants le 1er mai 1932, il recueillit 2 380 suffrages, le socialiste Dumon 2 462 et le socialiste communiste Louis Lefort 647. Ce dernier se serait désisté en sa faveur mais la véritable bataille pour le siège opposait Adam et le radical socialiste Chatenet qui fut élu : le candidat communiste ne conserva que 1 930 voix. À Rueil, Dadot s’opposa avec efficacité à la municipalité conservatrice et contribua à l’entrée au conseil municipal de onze élus du Front populaire (dont lui-même) en mai 1935. À nouveau candidat aux élections législatives des 26 avril et 3 mai 1936 dans la 3e circonscription de Versailles, il obtint au premier tour 4 983 suffrages, contres 2 946 au socialiste Métayer (26 437 inscrits, 23 778 votants). Il conquit le siège au second tour avec 11 107 voix contre 10 735 au républicain Adam (23 970 voix). Au Palais-Bourbon il fit partie de deux commissions : Marine marchande et Pensions civiles et militaires. Ses interventions portèrent essentiellement sur les problèmes de la Fonction publique qu’il connaissait bien comme syndicaliste ; il présenta des rapports sur les pensions et les retraites des ouvriers de l’État (rajustement des pensions, amnistie, revalorisation des retraites, responsabilité ouvrière dans les accidents du travail). En même temps il participa activement à l’action des sections communistes dans sa circonscription, notamment en 1938 quand l’atmosphère sociale s’alourdit sérieusement.

Secrétaire administratif de la Fédération CGT (unifiée) des travailleurs de l’État en 1936, Pierre Dadot aurait quitté le bureau en 1937. Cependant certaines sources le présentent comme secrétaire de la Fédération de 1936 à 1939. La majorité l’exclut le 3 octobre 1939 avec les autres dirigeants communistes. Membre du Groupe ouvrier et paysan français de la Chambre, qui avait succédé au groupe communiste, il fut interrogé par le capitaine de Moissac, le 6 octobre 1939, dans le cadre de l’instruction sur la « lettre du 1er octobre au président Herriot ». Il approuva l’initiative de Bonte et Ramette. La police l’arrêta le 8 octobre et le Parlement vota sa déchéance le 20 janvier 1940. Mis en liberté provisoire de février à avril 1940, puis condamné à quatre ans de prison avec sursis et 4 000 francs d’amende pour reconstitution de ligue dissoute et propagande communiste le 3 avril lors du procès des députés communistes, il séjourna au camp de l’île d’Yeu puis au sanatorium d’Aincourt (Seine-et-Oise) à partir d’octobre, avant d’être libéré en février 1941 comme grand infirme de guerre. Il semble être resté quelque temps inactif avant de passer en zone libre où il participa au recrutement des FTP dans la Drôme. Il fit partie d’un Comité cantonal de Libération, dans ce département, en septembre 1944. Son nom apparut au bas de l’appel du PCF à l’insurrection parisienne en août 1944.

Il s’employa à redonner vie à la municipalité de Rueil, tout en reprenant le poste de secrétaire général de la Fédération CGT des travailleurs de l’État de 1945 à avril 1948. La Fédération l’élut au poste honorifique de président en mai 1948. Ses obsèques eurent lieu à Rueil-Malmaison en avril 1959.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article21278, notice DADOT Pierre [DADOT Fernand, Pierre, Marie] par Jean Maitron, Claude Pennetier, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 5 mai 2010.

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

Pierre Dadot dans les années 1930
Pierre Dadot dans les années 1930
Assemblée nationale, Notices et portraits, 1936

SOURCES : RGASPI, 495 270 699 : autobiographie du 17 octobre 1933 ; 495 270 1932, lettre du 4 mai 1935 au secrétariat du parti, à propos d’un conflit qui l’oppose à Venault, de Châteauroux. — Arch. Nat., F7/13638, F7/13735, juillet 1935 ; 2W25 333 : dossier relatif à la valisation du temps durant lequel M. Dadot, député, fut exclu de l’atelier de Puteaux. — Arch. PPo., 300, février 1935. — Arch. Ass. Nat., résultats électoraux. — Arch. Dép. Seine-et-Oise, élections cantonales non classées, 2 M 30-34, 2 M 35-38. — Arch. Jean Maitron, fiche de police de Pierre Dadot. — L’Humanité, 29 avril 1924. — Renaissance de Seine-et-Oise, 18 avril 1959. — La Vie ouvrière, 22 avril 1959. — J. Jolly, Dictionnaire des parlementaires, op. cit. — La voix du peuple au parlement, p. 153. — S. Courtois, thèse, op. cit. — G. Bourgeois, mémoire de maîtrise, op. cit. et thèse de IIIe cycle. — D. Stéphany, Le personnel de la CGT de 1936 à 1939, op. cit. — Le procès des 44, p. 44. — Renseignements recueillis par R. Balland sur les activités de Dadot en Seine-et-Oise. — État civil de Bully.

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