DAGAIN Léon [DAGAIN François, Annet, Léon]

Par Gilles Morin

Né le 11 juillet 1896 à Saint-Loup-de-la-Salle (Saône-et-Loire), mort le 3 janvier 1958 à Paris (XVe arr.) ; employé des PTT ; résistant ; militant socialiste SFIO de la Nièvre, secrétaire de la fédération socialiste (1939-1956) ; conseiller municipal de Nevers, député (1945-1958).

Léon Dagain dans les années 1940
Léon Dagain dans les années 1940
Assemblée nationale, Notices et portraits, 1946

Fils d’un facteur des postes, ayant obtenu son baccalauréat à Beaume, Léon Dagain entra dans l’administration des PTT, ou il fut successivement, surnuméraire en décembre 1914, commis, rédacteur avant 1939, puis promu en 1945 à Orléans (Loiret) inspecteur des PTT, avec effet rétroactif à dater du 1er octobre 1943, enfin nommé inspecteur principal par la suite.

Ancien combattant de 1914-1918, mobilisé en 1915 dans l’infanterie, blessé et titulaire de la Croix de guerre, Léon Dagain était syndicaliste, franc-maçon et un actif militant de la fédération socialiste SFIO de la Nièvre à laquelle il avait adhéré en octobre 1917. Il fut probablement très tôt militant syndical, étant délégué du personnel aux commissions régionales d’avancement, de 1919 à 1939. Initié à la loge Les Zélés du Grand-Orient à Montchanin en 1921, il s’était affilié à la loge « Progrès Égalité 223 » à Chalon-sur-Saône et la police le signale comme affilié au « Parvis de Saint-André d’Écosse ». Candidat SFIO au conseil général en octobre 1934 dans le canton de Tannay, il fut élu, le 12 mai 1935, conseiller municipal de Nevers sur une liste du Front populaire. Il s’occupa plus particulièrement des œuvres scolaires et post-scolaires, organisant puis dirigeant un patronage laïque municipal groupant 1 500 enfants à la veille de la guerre. Délégué à la propagande de la fédération socialiste en 1935 (Lhospied étant secrétaire), il fut désigné comme secrétaire politique de la fédération en 1939. Éditorialiste du Progrès, on le retrouve comme vice-président départemental du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes en avril 1936. Il représenta l’ARAC à une manifestation du comité local du Front Populaire à Nevers en janvier 1938. Au congrès socialiste de Nantes, en mai 1939, il intervint dans le débat sur la laïcité.

Affecté spécial au titre des PTT à l’automne 1939, Léon Dagain fut révoqué du conseil municipal le 10 mars 1941. Sous l’Occupation allemande, il dirigea la résistance des employés des PTT au niveau départemental, fut membre du groupe Vengeance en 1942 et rejoignit le maquis FFI d’Ouroux (Nièvre) le 6 juin 1944. Il avait été désigné comme secrétaire fédéral du CAS puis du PS clandestin en 1942. Démobilisé comme lieutenant en novembre 1944, il retrouva son administration.

Membre du Comité départemental de Libération en octobre 1944 au titre de la SFIO, il était affilié à « Ceux de la Libération ». Rétabli comme conseiller municipal de Nevers en octobre 1944, il fut réélu à cette fonction durant toutes les élections municipales de la IVe République.

Léon Dagain, chargé de reconstruire à cette date la section de Nevers dissoute parce qu’elle comptait toujours Jean Locquin* dans ses rangs, se vit confirmé comme secrétaire fédéral SFIO de la Nièvre à l’automne 1944. Il occupait encore cette fonction en 1956 ; il était par ailleurs directeur gérant de l’hebdomadaire Socialiste nivernais. Délégué au congrès national d’août 1945, il intervint contre le scrutin prévu aux législatives, se prononçant pour le scrutin d’arrondissement.

Réélu conseiller municipal de Nevers en 1945 et 1947, Dagain était présenté dans les notices de police de la Libération comme étant du type « du vieux militant socialiste anti-communiste » et comme « bon orateur de réunion publique capable de dominer ses contradicteurs ». Il était aussi selon la même source critique dans l’ensemble « doué d’une certaine finesse en matière politique, malheureusement gâchée par une ambition personnelle qui lui fait sacrifier les intérêts de son parti aux siens propres ». Contrairement à la ligne officielle de la SFIO, il fit campagne pour le scrutin d’arrondissement.

En octobre 1945, à la tête de la liste socialiste, et avec 30 479 voix, il fut élu député à la première Constituante. La liste obtint un résultat moyen et Dagain fut très critiqué pour cela par la suite. Au congrès fédéral du 3 septembre 1946, trois candidats à la députation, tous trois résistants incontestables, s’affrontèrent pour la tête de liste. Outre Dagain, il y avait Bondoux*, ancien député de l’arrondissement de Château-Chinon, et Nessler*, homme de lettres, ancien des FFL, compagnon de la Libération. Léon Dagain l’emporta et la liste fut complétée « d’une manière irrationnelle tout le monde se désintéressant des autres places », selon le préfet. Il fut néanmoins réélu. En 1951, la liste SFIO perdit 9 000 voix, mais Dagain conserva néanmoins son siège. Il avait fait une campagne de Troisième force, dénonçant à la fois les « néo-gaullistes » et les communistes, qualifiés sans ambiguïtés de « Staliniens », renvoyés dos à dos car « partisans les uns et les autres de la dictature soit d’un homme, soit d’un parti unique ».

Au Parlement, Dagain était spécialisé dans les questions financières, fut nommé par la commission des finances dont il était secrétaire dans une sous-commission chargée du contrôle et de la gestion des entreprises nationalisées et fut rapporteur du budget des PTT dès 1946. À la tribune, il intervint en outre souvent en faveur des anciens combattants et des grandes victimes de la guerre et pour des mesures visant à lutter contre la désertification des campagnes.

Candidat sans succès au conseil général, en 1951, Dagain se retira au 2e tour en appelant à voter « laïc », ce qui favorisa le candidat communiste. Favorable à la Communauté européenne de défense (CED), il entraîna derrière lui sa fédération. Celle-ci ne le suivait pourtant pas aveuglément. Il était critiqué pour sa politique jugée « personnelle ». Lors d’une réunion publique, les responsables de la section de Nevers lui reprochaient, en octobre 1954, de se montrer très critique envers Pierre Mendès France - il stigmatisait dans ses éditoriaux ses positions sur la CED et le soutien que lui apportaient parfois les communistes. Plus tard, il dénonça l’opposition du député de l’Eure à Guy Mollet. En 1956, sa liste obtenait 22 615 voix en moyenne, Dagain en ayant personnellement 23 891. Secrétaire de la commission des Finances de l’Assemblée nationale, il était en outre rapporteur du budget des PTT. Dagain demeura député jusqu’à sa mort, mais fut victime des premiers signes de la maladie qui devait l’emporter dès la campagne électorale de la fin 1955.

Léon Dagain se montra un militant discipliné. Sous la pression de la fédération semble-t-il, il mit un frein à son anticommunisme en 1956. On le vit même inaugurer la maison du peuple de Fourchambault, aux côtés du responsable de la CGT et du secrétaire fédéral du PCF en octobre 1956. Mais, après l’intervention soviétique en Hongrie, il retrouva son discours anticommuniste, dénonçant « la guerre menée par ce parti contre nos soldats en Algérie » (Le Progrès social, 2 février 1957), puis à l’occasion de la chute du gouvernement Guy Mollet, il fustigea la collusion des communistes avec les poujadistes et la droite. « Les communistes volant au secours des trusts pour soutenir l’agression russe en Algérie ne nous surprend pas », écrivait-il ainsi dans Le Progrès social de mai 1957.

Il décéda en cours de mandat le 3 janvier 1958, à l’hôpital Boucicaut à Paris. Eugène Thomas, ministre des PTT avec lequel il avait beaucoup travaillé, prononça son hommage à ses obsèques.

Titulaire de la Médaille du Combattant et de la Croix de guerre 1914-1918 et 1939-1945, chevalier de la Légion d’honneur, marié, Dagain était père d’une fille.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article21283, notice DAGAIN Léon [DAGAIN François, Annet, Léon] par Gilles Morin, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 7 juin 2010.

Par Gilles Morin

Léon Dagain dans les années 1940
Léon Dagain dans les années 1940
Assemblée nationale, Notices et portraits, 1946
Léon Dagain dans les années 1950
Léon Dagain dans les années 1950
Assemblée nationale, Notices et portraits, 1956

SOURCES : Arch. Nat., F7/15744, n° 4579 ; F/1a/3240 ; F/1cII/132/A ; CAC, 20010216/92/2790 ; CAC, 20010216/119/3160. — Arch. OURS dossiers Nièvre et dossier biographique. — Rapports des congrès de la SFIO, 1944-1967. — André Combes, La Franc-maçonnerie sous l’Occupation, Éd. du Rocher, 2001, p. 206. — Profession de foi, législatives de 1956. — Renseignements recueillis dans la Nièvre. — Le Monde, 4 janvier 1958. — Le Populaire Dimanche, 12 janvier 1958. — Le Vétéran socialiste, n° 16, mars 1958. — DPF, 1940-1958, t. 3, op. cit. — Notice DBMOF, par Justinien Raymond.

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