DAGE Maurice, Pierre

Par Vincent Flauraud, Jacques Girault

Né le 19 juillet 1903 à Paris (XXe arr.), mort le 21 septembre 1994 à Aurillac (Cantal) ; instituteur, puis professeur d’enseignement général ; militant syndicaliste ; militant communiste ; conseiller municipal d’Aurillac (1965-1971) ; président du comité du Cantal du Secours populaire français (1945-1971).

Ses parents, originaires du Cantal, anciens domestiques de ferme, venus dans la capitale pour y tenir un petit café-charbons (quartier Charonne), regagnèrent le Cantal en 1912 et s’installèrent à Vic-sur-Cère. Son père, socialiste, était jardinier et sa mère, « radicale de droite » tenait un café. De 1915 à 1918, Maurice Dage fut berger, puis pâtre, l’été. Garçon de restaurant, commis assureur de 1919 à 1920, il s’installa seul et suivit l’enseignement du cours complémentaire de Vic-sur-Cère dans l’intervalle de ses embauches. Admis à l’École normale d’instituteurs d’Aurillac en 1920, après avoir refusé de faire la préparation militaire, qu’il trouvait d’esprit « trop bourgeois », il effectua son service pendant dix-huit mois, de 1923 à 1925, en Rhénanie.

Maurice Dage enseigna successivement à Cros-de-Ronesque (1925-1926), à Saint-Jacques-des-Blats (1926-1929), à Dienne dans des postes à classe unique bien que marié avec une institutrice, père de deux enfants. Il obtint un poste double à Condat-en-Feniers (1931-1935), puis à Saint-Cirgues-de-Jordanne, près d’Aurillac, de 1935 à 1940.

il adhéra en 1925 au Syndicat national des instituteurs (CGT) et participa aux activités du Groupe de jeunes qui se constitua en 1927, sous la devise : « À travail égal, salaire égal. Pour tout ce qui nous en rapproche, contre tout ce qui nous en écarte ». Le groupe éclata et il fut de ceux qui constituèrent le syndicat, adhérant à la Fédération unitaire de l’enseignement dont il fut le secrétaire pédagogique. Après la réunification syndicale de 1935, il fit partie du conseil syndical de la section départementale du Syndicat national des instituteurs et de sa commission pédagogique. En 1939, il était le seul « minoritaire » du conseil.

Dès 1930, Dage, adepte de l’École moderne (Célestin Freinet) en dépit de l’hostilité de l’administration, fut le premier dans le département à pratiquer l’imprimerie à l’école. Il en devint le responsable du groupe cantalien. Il fut en outre secrétaire de mairie (1926-1929, 1936-1939).

Maurice Dage avait été membre après la guerre du Parti socialiste SFIO, proche de Jean Zyromski. En 1925, il adhéra au Parti communiste et en devint l’un des militants les plus en vue, membre du bureau régional, fondateur des premiers syndicats d’ouvriers agricoles. Il participa en 1936 à la création de l’hebdomadaire Le Cantal ouvrier et paysan et en fut l’administrateur jusqu’à son interdiction à la veille de la guerre.

Le 12 février 1938, son article dans Le Cantal ouvrier et paysan, intitulé « Notre vrai visage. Des alliances », fut jugé par le secrétariat du Parti communiste comme une « provocation grossière », « déformant la politique du Parti ». Il indiquait notamment « quand la classe ouvrière doit y gagner, peu importe la qualité de l’allié. Lénine avait raison lorsqu’il disait que, dans l’intérêt du prolétariat, il s’entendrait avec le diable s’il le fallait ». Il évoquait l’alliance avec Trotsky contre Kérinski et faisait un parallèle avec la situation française, « Nous-même avons fait alliance avec les socialistes et les radicaux-socialistes pour faire échec au fascisme ». Le secrétariat indiquait que « le front unique et le front populaire » n’étaient pas des « manœuvres de notre Parti » pour duper les socialistes et les radicaux, comme le présentaient les trotskistes. Une discussion s’ensuivit au bureau régional avec un envoyé de la direction. Dage, constatant qu’il n’avait pas « la confiance du Parti », s’estima choqué par « l’allusion au trotskisme ». Il n’y avait « rien de calculé de ma part ». Il proclamait son « dévouement » et son « attachement au Parti ». La direction du Parti proposa de le retirer du bureau régional tout en lui laissant l’administration du journal. En outre, selon le rapport sur le trotskisme transmis au bureau politique du Parti communiste, le 28 juillet 1938, il avait indiqué qu’il était « en bons termes avec deux instituteurs trotskistes », justification nouvelle de la sanction décidée en avril 1938.

Membre du comité d’aide aux républicains espagnols, gréviste le 30 novembre 1938, Maurice Dage fut écarté du conseil syndical, le 26 octobre 1939, par sanction contre les communistes qui n’avaient pas désavoué le Pacte germano-soviétique.

Mobilisé en septembre 1939, démobilisé en juillet 1940, il fut déplacé d’office dans la Drôme, à Manthes. Il créa en 1942 un comité d’aide aux prisonniers de guerre, pour faire pièce à la Légion de son village. Parallèlement, animateur du Front national dans le nord de la Drôme, il fut chargé d’y organiser l’Armée secrète dans plusieurs communes. Il s’occupa de débaucher les jeunes assujettis au STO, participa au ravitaillement du maquis, au rassemblement des armes. Participant à la reconstitution du SNI dans la clandestinité, à partir d’août 1944, secrétaire du Comité local de Libération de sa commune, il prit part à plusieurs actions armées dans la vallée du Rhône. Plus tard, co-fondateur de la section du Cantal des Combattants volontaires de la Résistance, il en assura longtemps la présidence.

Maurice Dage revint alors dans le Cantal, détaché au Comité départemental de Libération à Aurillac, puis nommé en 1945 professeur au cours complémentaire de la ville (futur collège d’enseignement général), où il enseigna le français et la géographie jusqu’à sa retraite en 1959.

Dès 1945, il redevint membre du conseil syndical et représenta le SNI à l’Union départementale CGT. Après la scission syndicale, partisan de la CGT, il milita dans le SNI et resta membre du conseil syndical jusqu’à sa retraite. Il intervint notamment lors du congrès national du SNI, le 19 juillet 1947, pour présenter la situation dans son département. Membre de la FEN-CGT, il fut le secrétaire adjoint aux affaires sociales et à l’éducation ouvrière de l’UD. Il la représenta au conseil d’administration de la Sécurité sociale (vice-président de la Caisse primaire, président de l’URSSAF pendant plusieurs années, administrateur de la Caisse régionale de Clermont-Ferrand jusqu’en 1967).

Directeur du Cantal ouvrier et paysan, Maurice Dage y publia de très nombreux articles, rappelant les principes communistes, s’enflammant pour la défense de la laïcité à l’école, croisant le fer avec ses opposants politiques, commentant l’actualité. Membre du bureau régional du PCF de mars 1945 jusqu’au début des années 1950, responsable fédéral à l’organisation, il anima de multiples réunions publiques.

Candidat au Conseil de la République en 1946, conseiller municipal d’Aurillac de 1965 à 1971, il s’investit dans la relance de l’animation culturelle de la ville, apportant par exemple son aide au Foyer universitaire, pour organiser des représentations théâtrales dans cette cité dont le théâtre avait été fermé peu après la Libération.

En 1945, Maurice Dage participa à la fondation du comité cantalien du Secours populaire français, qu’il présida jusqu’en 1971, devenant dès lors président d’honneur. Il fonda en 1946 l’association des Vieux travailleurs à Vic-sur-Cère. Sa retraite venue, il anima l’organisation locale des Vieux travailleurs CGT. Il assura la présidence de l’Association d’aide aux personnes âgées d’Aurillac-nord. Il était aussi le président du comité du Cantal de l’Association nationale des anciens combattants de la Résistance.

Fervent soutien du félibrige, Maurice Dage publia, dans les années 1960, dans la revue occitane La Cobreta, des souvenirs tenus de sa grand-mère, signés Maurice Dezo.

Son épouse militait à l’Union des femmes françaises.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article21285, notice DAGE Maurice, Pierre par Vincent Flauraud, Jacques Girault, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 11 août 2021.

Par Vincent Flauraud, Jacques Girault

SOURCES : RGASPI, Moscou, 517 1 1815, 1884, 1891. — Presse syndicale. — Presse nationale et locale. — Renseignements fournis par l’intéressé.

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