MONTEIL Jean

Par Michel Patinaud

Né le 14 septembre 1904 à Domps (Haute-Vienne), mort le 29 novembre 1984 à Limoges  ; artisan forgeron  ; maire communiste de la commune de Domps (1947-1959).

Forgeron, Jean Monteil se maria en 1928. Le couple eut deux enfants. Veuf très jeune, élevant seul ses enfants . Il fut fait prisonnier en 1940, et travailla en Allemagne, près de Dusseldorf, dans une ferme où il était très bien traité. Sa situation familiale le fit libérer au titre de « la relève », fin 1942. Son retour fut une fête dans le village, « que Jan dau faure qué tourna » chantait-on. C’est en effet ainsi qu’on l’appelait : « Jean du faure », c’est-à-dire Jean le forgeron.

Il n’eut aucune activité politique ni mandat avant 1947. Membre du PCF. maire de la commune de Domps, dans les contreforts de la Montagne Limousine de 1947 à 1959, il fut battu aux élections de 1959, il ne se représenta jamais.
La carrière municipale de Jean Monteil présente bien des originalités. Il n’avait pas le profil habituel des élus communistes des alentours, n’étant ni un notable (médecin ou instituteur), ni un agriculteur (il élevait pourtant « 5 ou 6 vaches »), mais un artisan. Il ne fut pas non plus résistant, bien que connaissant parfaitement les hommes et l’activité des maquis, que recevaient régulièrement ses voisins et amis Legouteil. C’est d’ailleurs à Domps – au village du Grand Bouchet - que se trouvait l’hôpital du maquis durant les combats de l’été 1944.
Acquis aux idées communistes, Jean Monteil était cependant plus intéressé par le bien public. C’est sa personnalité très ouverte qui incita ses amis à le pousser vers une candidature à la mairie. Les vrais animateurs de la vie politique locale étaient René Legouteil et Jean Lamy, ainsi que son secrétaire de mairie, futur conseiller général, André Leycure. Un profil assez différent de son voisin de Sainte-Anne, Pierre Bezaud, avec lequel il était très ami.
Et surtout, sa commune – réputée « la plus à droite du canton », fut le théâtre de « l’affaire Guingouin » en 1953, affaire judiciaire mais aussi politique, dont les protagonistes – hormis « lo grand » - étaient tous de Domps. Jean Monteil dut gérer les bouleversements et conflits de toute sorte qui influencèrent profondément et durablement les rapports de voisinage. Dans un commune de tout temps « modérée » politiquement, le PCF avait bénéficié de la bonne image de la Résistance, et de la personnalité très consensuelle de Jean Monteil. Mais « L’affaire » contribua largement au retour de Domps à sa « vraie » couleur en 1959, avec la défaite de la liste communiste sortante. Jean Monteil en fut très contrarié, en raison des efforts faits dans sa fonction de maire, mais aussi parce qu’il servit d’une certaine façon de bouc émissaire.
Il parlait peu de son activité en famille, hormis pour se plaindre des dérangements continuels, les administrés se souciant peu de l’heure ou du jour. Il ne se mêlait pas non plus aux joutes politiques locales qui avaient lieu dans les cafés du bourg : celui tenu par le maire de la période Vichy - que les gens appelaient Marcel 1er - ou le bistrot « rouge » du coin, chez Legouteil.
La vie de Jean Monteil, c’était en premier lieu son travail, très prenant, qu’il continua même après sa retraite, avec son fils Gabriel. Sa fille dit « on venait à la forge de très loin, même de Villemonteix » (commune d’Eymoutiers, située seulement à 5 km !). La période municipale n’avait été qu’une courte parenthèse dans sa vie.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article212852, notice MONTEIL Jean par Michel Patinaud, version mise en ligne le 5 mars 2019, dernière modification le 5 mars 2019.

Par Michel Patinaud

SOURCES : Entretiens avec Simone Boisdelétang, sa fille, et Marie-Jeanne Malavaud, amie de la famille. — « Pistes méthodologiques pour l’histoire politique locale : deux communes jumelles, Domps et Sainte-Anne », Michel Patinaud, dans Revue d’Histoire Immédiate, n°4, 1993,

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