JUIN Yves

Par Hugo Melchior, Jean-Paul Salles

Né le 18 novembre 1949 à Naizin (Morbihan)  ; militant du MRJC (Mouvement rural de la jeunesse chrétienne), LC/LCR/NPA, d’Ensemble à Rennes (Ille-et-Vilaine)  ; maître auxiliaire en Lettres de 1977 à 1980, puis journaliste municipal de la ville de Rennes à partir de 1981 jusqu’en 2010, militant du SGEN-CFDT puis de la CGT.

Le père d’Yves Juin fut d’abord petit commerçant, patron d’un petit café puis chef de culture dans une grande ferme. Il fut également pendant longtemps président du club de foot du village. Sa mère, sans profession, a aidé son père, puis après avoir été correspondante des Mutuelles du Mans Assurances (MMA), sans diplôme, elle fit des remplacements dans des cliniques privées. Sa famille, d’origine rurale, était donc de condition modeste et de tradition catholique. Ils allaient à la messe régulièrement et lui-même y est allé jusqu’à ses 18 ans. Un de ses oncles était prêtre. Tout d’abord élève à l’école primaire catholique de son village natal, il fit ses études secondaires comme interne, boursier, au Lycée Jeanne d’Arc-Saint Ivy à Pontivy (Morbihan), un établissement fréquenté plutôt par les enfants de la bourgeoisie locale. Il se politisa au contact de curés de gauche et il fit partie du Mouvement rural de la jeunesse chrétienne (MRJC). Il commença alors à prendre ses distances avec son père et certains de ses oncles, la plupart hommes de droite, alors que sa mère était plutôt une catholique de gauche, ancienne résistante. Il prit sa défense au moment notamment des élections municipales, ses parents se présentant sur deux listes concurrentes. Ce furent ses premiers pas en politique. il fut proche d’un de ses oncles, petit patron influencé par le christianisme social, était un gaulliste de gauche.
Il ne rencontra dans son entourage proche aucun communiste, même s’il y avait quelques ouvriers dans son village et une cellule du PCF. Le seul journal qui entrait à la maison était La Vie catholique. Sa mère était une lectrice, il fréquentait avec elle la bibliothèque, passionné très tôt par les livres sur la Résistance, les camps de concentration. Il adorait également chanter. Membre de la chorale de son école, il participa, en Espagne, à un congrès international de chorales catholiques. Il a deux sœurs, l’une née en 1963, directrice du Samu de Rennes, l’autre infirmière à Redon.
Au lycée, Yves Juin se passionna pour la philosophie grâce à son professeur, un « Frère » qui le premier lui a parlé de Marx. Il le présenta au concours général de philosophie. Il était également intéressé par l’histoire et le français, et par la théologie. Ainsi, la Théologie de la Libération n’avait pas de secret pour lui. Il avait lu la Bible et le Coran, mais aussi Diderot et Voltaire. Grand sportif, il fut joueur de foot, puis entraîneur. Il fit également partie d’un groupe de théâtre amateur. Pendant les vacances la famille partait en vacances en Espagne notamment, avec une caravane pliante. Ses parents lui ont transmis le goût des voyages, qu’il a lui-même transmis à sa fille. Il fut aussi colon puis moniteur de colonie de vacances, puis travailla comme facteur ou ramasseur d’œufs pendant les vacances. L’été de ses 17 ans, il partit en Allemagne en auto-stop pour rejoindre des copains, et ensuite il fit le tour de l’Europe, toujours en auto-stop. Élève de Terminale, il a vécu le début des événements de Mai 68 à Pontivy. Très informé des événements parisiens grâce à l’écoute d’Europe n°1, lui et ses camarades refusèrent de rentrer en cours, firent un seating dans la cour, fumant ostensiblement alors que c’était interdit ! Ils tinrent leur première Assemblée générale et un comité de grève fut élu, dont il fit partie. Puis il participa à sa toute première manifestation de rue en direction du lycée public. Perçu comme un meneur par la direction – en effet il était le seul élève à avoir quelques contacts avec des étudiants de Rennes -, il fut même victime d’un acte d’intimidation à l’initiative d’un prêtre-professeur. Ce dernier tenta de le renverser avec sa voiture ! Dès le lendemain de la manifestation, la direction du Lycée Jeanne d’Arc-Saint Ivy renvoya tous les élèves chez eux. Les cours étant suspendus, Yves Juin a pu réviser le bac chez lui tranquillement au mois de mai.
Installé à Rennes pour ses études à l’université à la rentrée de 1968, il aborda ce monde nouveau avec beaucoup d’envie. Désireux de devenir journaliste, il s’inscrivit en Lettres. L’ambiance était à la contestation des cours, les assemblées générales se succédaient. Passionné notamment par la littérature comparée, suivant les cours plutôt avec assiduité, il obtint sa Licence puis sa Maîtrise et passa le concours de l’École supérieure de Journalisme (ESJ) de Lille. N’ayant pas tous les codes, il échoua. En effet, à la lecture du Monde, il préférait celle des journaux gauchistes, Politique Hebdo, Rouge et surtout Tout, le journal de l’organisation animée par Roland Castro, Vive la Révolution (VLR). Toutes les questions sociétales, le féminisme, la défense des homosexuels, étaient mises au premier plan et cela le ravissait. Par contre il n’était pas du tout séduit par le maoïsme. Il milita donc au MLAC, au Secours rouge, se mobilisa aussi pour soutenir la lutte des vietnamiens contre l’intervention américaine, dans le cadre du Front Solidarité Indochine (le FSI). Il contribua à organiser une fête antimilitariste sur le campus de Villejean, désireux de faire de l’université un lieu de débats, un lieu de vie ouvert sur le quartier. C’est au cours de ces années qu’il se rapprocha de la Ligue communiste, marqué notamment par la manifestation organisée à Paris en mai 1971 pour commémorer le centenaire de la Commune, ce qui ne l’empêchait pas de vibrer lors de festivals de pop et de rock. Il dit de lui-même qu’il était « très gauche américaine, très hippie ». Également fan de poésie, passionné par Rimbaud et Verlaine, par Mallarmé aussi, il dit être venu au trotskysme par le livre de Trotsky sur « Littérature et Révolution » (republié en collection 10/18 en 1964). Il participa également à la mobilisation musclée contre la Confédération française du travail (CFT), un syndicat-maison qui tentait de tenir en coupe réglée les salariés de l’usine Citroën de Rennes. Il devint vite membre de la Direction de Ville de la LCR. Après avoir fait son service militaire en 1973, il tenta à deux reprises le concours du CAPES de Lettres, sans succès. Il a donc été Maître auxiliaire dans cette discipline de 1977 à 1980, militant au SGEN-CFDT. À ce moment-là, grâce à l’arrivée de la gauche au pouvoir une opportunité lui permit de devenir journaliste municipal, avec le statut de fonctionnaire territorial. Ses articles, portant sur les conseils municipaux ou sur les campagnes menées par la municipalité, paraissaient dans Le Rennais (aujourd’hui Les Rennais). Il était aussi le correspondant local de Rouge. Au cours de ces années, de 1980 à 2010, il milita à la CGT.
Malgré la surcharge due à ses divers engagements, il parvint à tenir sur la durée. Refusant de sacrifier sa vie privée, il se réservait notamment le mois d’août, consacré aux amis, aux marches, au vélo, aux festivals. Toujours sportif, après le foot, il pratiqua le volley-ball. Par ailleurs, le militantisme lui apporta beaucoup. Il apprit à parler en public, à argumenter, à convaincre. Ainsi il fut candidat aux élections cantonales, législatives, régionales à deux reprises comme tête de liste en Ille-et-Vilaine, pour la LCR puis le NPA. Il aimait le débat, se défendant de tout sectarisme. Il affirme n’avoir jamais été léniniste, plutôt libertaire. Quand il a été refusé au Comité central de la LCR au profit d’un autre militant, il a été déçu sur le moment mais n’en a pas fait un drame. Les responsabilités qu’il avait à la CGT lui suffisaient amplement. Dans le syndicat, on l’appelait « le communiste ». Il a complété sa formation politique en lisant et en écoutant Daniel Bensaïd. Son engagement politique intense lui a fait perdre des amis, mais il a bien apprécié ses relations avec ses camarades du PSU et aussi du groupe Révolution ! Les relations amoureuses et les flirts étaient nombreux dans ce milieu militant à cette époque de libération sexuelle. Cela débouchait parfois sur des drames. Mais au total, la LCR lui apparaissait à Rennes comme « une bande de copains ». Il n’était pas rare qu’ils vivent ensemble, en colocation. Ils faisaient de grandes fêtes et parfois partaient en vacances ensemble. Ayant d’importantes responsabilités syndicales, il a refusé toute promotion individuelle pour mieux se consacrer à la défense de ses camarades. Ainsi il n’a pas passé le concours pour devenir fonctionnaire de catégorie A et a refusé de devenir Directeur-Adjoint des Tombées de la Nuit en 1983-84 (Festival rennais d’Arts de la rue créé en 1981). Enfin, il s’en est tenu non pas à une « ascèse militante » mais a toujours limité sa consommation de cigarettes ou d’alcool car « il ne faut pas faiblir, il faut être en forme » pour militer avec efficacité. Ayant quitté le NPA pour rejoindre Ensemble en 2012, il fut candidat aux élections municipales de Rennes en 2014 sur la liste Changer la Ville. Menée par un militant d’Europe-Écologie les Verts, associant en outre le Parti de Gauche et Ensemble, elle obtint 15 % des suffrages exprimés.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article212885, notice JUIN Yves par Hugo Melchior, Jean-Paul Salles, version mise en ligne le 6 mars 2019, dernière modification le 27 mars 2019.

Par Hugo Melchior, Jean-Paul Salles

ŒUVRE : Articles dans Le Rennais puis Les Rennais, dans Rouge.

SOURCES : Entrevue d’Yves Juin réalisée par Hugo Melchior au domicile d’Yves Juin le 7 juillet 2014. — Antoine Artous, Didier Epsztajn, Patrick Silberstein, dir., La France des années 1968, Paris, Éditions Syllepse, 2008. — Jean-Paul Salles, « De la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) au Nouveau parti anticapitaliste (NPA). L’impossible mutation ? », in Pascal Delwit, dir., Les partis politiques en France, Bruxelles, Éditions de l’Université Libre de Bruxelles, 2014.

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