DAHLEM Franz

Par Gilbert Badia

Né le 14 janvier 1892 à Rohrbach (Lorraine annexée), mort le 17 décembre 1981 à Berlin-Est (RDA) ; militant socialiste puis communiste en Allemagne (1911-1933), militant communiste en France (1933-1941) et Espagne (1936-1938), dirigeant communiste en RDA (1945-1953), disgrâcié à la fin de sa carrière.

Timbre postal à l’effigie de Dahlem
Timbre postal à l’effigie de Dahlem
Fourni par Jean-Michel Engel.

Fils de cheminot, frère de Robert Dahlem*, Franz Dahlem travailla en 1911 à Sarrebrück dans une entreprise d’exportation. Il adhéra la même année au syndicat et deux ans plus tard, à Cologne, au Parti social-démocrate, SPD (Sozialdemocratische Partei Deutschlands). Mobilisé de 1914 à 1918, il entra au Parti social-démocrate indépendant, USPD (Unabhängige Sozialdemocratische Partei Deutschlands) en 1917. À la fin de la guerre, il revint à Cologne où il fut rédacteur du journal de l’USPD, Sozialistische Republik et conseiller municipal de la ville.

En 1920, avec la majorité de l’USPD, il se prononça pour la fusion avec le Parti communiste, KPD (Kommunistische Partei Deutschlands). À la direction du nouveau parti, il représenta la région rhénane. Son opposition à l’« action de mars » en 1921, qu’il critiqua ouvertement, lui coûta son poste de rédacteur en chef de la Sozialistische Republik (fin avril 1921) et ses fonctions à la direction régionale du parti. Appelé à Berlin, il travailla sous la direction de Julius Alpari dans la rédaction de la correspondance internationale (Inprekorr) que l’Internationale communiste venait de fonder. En 1924, la nouvelle direction « ultragauche » lui confia la direction politique de la région de Thuringe, pour peu de temps, car il manifesta son désaccord avec la nouvelle orientation politique.

Franz Dahlem fut le type du militant à qui son intelligence et son caractère firent gravir rapidement les échelons du parti. De 1926 à 1928, il dirigea la section du comité central chargée de l’organisation. Au IIe congrès du KPD (1927), il fut élu au comité central et l’année suivante au bureau politique. Trois ans plus tard, il fut en outre responsable national de l’Opposition syndicale rouge (RGO). Il était arrivé au sommet de la direction du KPD, quand il reçut un sévère avertissement dû à ses liens avec le groupe de Heinz Neumann.

En 1921, il avait été élu au Landtag de Prusse, en 1928 il le fut au Reichstag où il siégea jusqu’à la chute du régime de Weimar.
En mai 1933, il émigra en France où il constitua avec Wilhelm Pieck et Wilhelm Florin la direction du KPD à l’étranger (Auslandsleitung). Sa connaissance du français - une partie de sa famille vivait en France et lui-même avait été délégué par l’Internationale auprès du Parti communiste français, en 1922 -, facilita les contacts avec celui-ci. Pendant son émigration, Franz Dahlem rencontra Maurice Thorez à plusieurs reprises. Politiquement d’abord favorable à Schubert et Florin, il se rapprocha, en se ralliant aux thèses qui prévalaient au Komintern, d’Ulbricht et de Pieck et signa les appels en faveur du Front populaire.

En 1936, il alla en Espagne et fut chargé, avec Luigi Longo et André Marty*, de la direction politique des Brigades internationales. En 1938, Franz Dahlem regagna la France où il succéda à Walter Ulbricht comme responsable du secrétariat du parti et prit une part déterminante à la préparation de la conférence dite de Berne (Draveil, 30 janvier-ler février 1939) qui confirma dans le principe la ligne politique fixée par le VIIe congrès de l’Internationale : création d’une République démocratique allemande sur la base d’un rassemblement de type Front populaire fondé sur l’unité politique de la classe ouvrière.

Lorsqu’éclata la guerre, Franz Dahlem décida que les communistes allemands émigrés en France répondraient aux convocations des autorités françaises. Lui-même fut interné à Colombes, puis au camp du Vernet. En septembre 1941, le gouvernement de Vichy le livra aux autorités allemandes. Après huit mois dans les cellules de la Gestapo à Berlin, Franz Dahlem fut expédié au camp de concentration de Mauthausen. Il fit partie de la Direction internationale illégale. L’armée rouge le libéra le 7 mai 1945.

Rentré en zone soviétique d’occupation en 1945, il participa à la fusion du KPD et du SPD et occupa dans le nouveau parti des fonctions aussi importantes que celles d’Ulbricht, dont il n’approuva pas toutes les initiatives. De 1945 à 1952, il fit partie de la direction du KPD puis du Parti socialiste unifié ; SED (Sozialistische Enheitpartei Deutschland). L’Humanité du 9 janvier 1951 fit état d’une lettre de soutien aux communistes français à l’occasion de leur procès contre David Roussset ; il y mettait en cause l’attitude de Rousset au camp de Neuengamme. Il fut victime, en 1952, de la vague d’accusations qui frappa un certain nombre de militants émigrés dans les pays occidentaux (Merker entre autres). En mai 1953, Walter Ulbricht le fit écarter de la direction du SED. On reprocha à Dahlem, qui refusait de faire son autocritique, en particulier son attitude en 1939, au moment de la déclaration de guerre. Ce fut la déstalinisation qui le sauva.

En 1955, Franz Dahlem était un simple chef de section au secrétariat d’état pour l’Enseignement supérieur. L’année suivante, il devint l’adjoint du ministre de l’Enseignement supérieur et technique. Réhabilité en 1956, réélu au Comité central en 1957, membre de la Volkskammer de 1963 à 1977, il ne retrouva cependant plus, en dépit des décorations qu’on lui décerna, ses responsabilités politiques d’antan.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article21297, notice DAHLEM Franz par Gilbert Badia, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 11 avril 2021.

Par Gilbert Badia

Timbre postal à l'effigie de Dahlem
Timbre postal à l’effigie de Dahlem
Fourni par Jean-Michel Engel.

ŒUVRE : Am Vorabend des zweiten Weltkrieges : 1938 bis August 1939. Erinnerungen, 2 tomes, 1977. — Ausgewählte Reden und Aufsätze 1919-1979. Zur Geschichte der deutschen Arbeiterbewegung, 1980. — Jugendjahre avec le sous-titre : “Vom katholischen Arbeiterjungen zum proletarischen Revolutionär”, 1982, “Dietz Verlag Berlin”.

SOURCES : Il n’existe pas, ni en RDA ni en RFA, de monographie sur Franz Dahlem. — Hermann Weber, Die Wandlung des deutschen Kommunismus. Die Stalinisierung der KPD in der Weimarer Republik, 2 vol., Francfort, 1969. — Werner Rœder, Herbert A. Strauss, Biographisches Handbuch der deutschspachigen Emigration nach 1933, Munich, New York, Londres, Paris, 1980 — Benz et Graml, op. cit. — Jacques Droz, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier international : Allemagne. — Sylvain Schirmann, "Franz Dahlem : le choix de la révolution en Allemagne", Almémos, n° 25-26, mars 2021.

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