CHARTIER Raymond

Par Guy Decamps et Madeleine Peytavin

Né le 24 décembre 1921 à Goven (Ille-et-Vilaine) ; manutentionnaire, puis chef de manutention principal ; résistant ; militant CGT ; élu au comité mixte d’établissement et au comité mixte professionnel régional.

Né dans une famille ouvrière de trois enfants, Raymond Chartier se syndiqua à la CGT à l’âge de quinze ans alors qu’il travaillait comme chauffeur de clous (en réalité chauffeur de rivets) dans les ateliers Pruche à Bruz (Ille-et-Vilaine), où on fabriquait des wagons pour les chemins de fer. Il participa aux grèves de 1936.
Dès les débuts de l’Occupation, Chartier commença à distribuer des tracts en Bretagne. Il était entré en résistance sous le pseudonyme de Robert en 1941. En 1942, il vivait dans les bois du Morbihan, avec pour activité principale le harcèlement des Allemands en faisant dérailler les trains de matériel militaire. Il participa à l’intervention de Brienne-en-Vilaine (près de Rennes) qui provoqua la mort de trois cents permissionnaires allemands. Il participa aussi à l’action entreprise à Vitré le 1er mai 1944, action consistant à tenter de libérer quarante-huit condamnés à mort qui devaient être transférés. Il rejoignit ensuite le maquis de Saint-Marcel.
Démobilisé, au chômage, il alla voir Chipot, un chef de gare qui avait participé à la Résistance à Rennes. Il n’y avait plus d’emploi disponible ! Il retrouva des petits boulots, travaillant entre autres dans une pharmacie. En 1947, sous la pression de ses futurs beaux-parents, il s’adressa à Rouen (Seine-Inférieure, Seine-Maritime) où la SNCF recherchait de la main-d’œuvre : il fut convoqué à Petit-Quevilly pour un emploi situé au lieu-dit le « Plateau des Anglais ». Les embauches se faisaient par paquets de douze, les hommes étaient acheminés directement de Rouen-Rive droite à Petit-Quevilly.
Dans un entretien, Raymond Chartier insistait sur ce travail tout à fait particulier au Petit-Quevilly : « On se regardait tous, on détaillait les valises. Mais qu’est-ce-que c’est ça ! Ça sentait l’œuf pourri, c’était la bordelaise (produit chimique) qui sentait comme ça. On nous a acheminés sur le Plateau des Anglais. Mais où on va coucher ? Il n’y avait rien. Alors le lendemain, il y avait la moitié des gars qui refaisait les valises et retournait en Bretagne. » Les conditions de travail, de ravitaillement et de logement (un lit dans un wagon sans chauffage) étaient terribles. Raymond Chartier resta car il n’y avait rien à faire en Bretagne. Pour maintenir la main-d’œuvre au Petit-Quevilly, la SNCF paya le restaurant durant deux ans, rue de Caen, tandis qu’un ancien réfractaire au STO lui proposa de l’héberger.
Raymond Chartier resta vingt-cinq ans au Petit-Quevilly, puis passa les cinq dernières années de son activité professionnelle à Rouen-Orléans comme chef manutention principal.
Il s’engagea dans le mouvement syndical dès 1948 et assuma des fonctions d’élu du personnel (pendant trente-et-un ans), au comité mixte collectif d’établissement, et au comité mixte professionnel régional avec un chef de file, Joseph Caugan, déplacé en 1947 de Paris à Vernon comme agent de manutention.
Au sujet de la grève de 1968, c’est d’abord le souci des rames de citernes d’essence stoppées au « plateau des Anglais » qui lui vint à l’esprit.
Toute sa vie militante semble marquée par la volonté de conserver un contact avec ses mandants.
Marié, il eut deux enfants dont l’un prit, très jeune, des engagements politiques puisqu’il fut élu conseiller municipal à Rouen à vingt-huit ans.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article2130, notice CHARTIER Raymond par Guy Decamps et Madeleine Peytavin, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 3 juillet 2019.

Par Guy Decamps et Madeleine Peytavin

SOURCE : Témoignage recueilli à la Maison du peuple de Sotteville le 25 mars 2002 par Guy Decamps. — Sources familiales.

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