DALLOZ René, Jules

Par Yves-Claude Lequin

Né le 4 septembre 1907 à Lons-le-Saunier (Jura), mort le 1er janvier 2003 à Morez (Jura) ; ouvrier diamantaire ; militant du mouvement ouvrier jurassien.

Fils de Juliette Millet, domestique, reconnu par Joseph Daloz en 1912, René Dalloz est l’un des derniers grands représentants de ce qui fut l’original mouvement ouvrier sanclaudien, caractérisé par la cœxistence en symbiose de quatre formes d’action : syndicalisme, coopération, mutuellisme et socialisme. Appartenant à sa deuxième génération, après celle des Ponard, Mandrillon, etc. René Dalloz apparaît comme l’héritier d’une double tradition familiale : « Mes parents étaient de modestes ouvriers, écrit-il, très capables dans leur emploi, républicains et libres penseurs ». De fait, René Dalloz était fils et petit-fils d’ouvriers diamantaires hautement qualifiés et son grand-père avait été choisi pour faire la démonstration de la taille du diamant aux expositions universelles de Paris de 1878 et 1889. Malgré ses propres aptitudes et sans doute à cause de la situation financière précaire de sa famille, René Dalloz dut quitter l’école à l’âge de quatorze ans pour commencer l’apprentissage de la taille du diamant auprès de son père dans l’entreprise du village Montbrillant près de Saint-Claude. Dans ce milieu fortement organisé il prit sa première carte syndicale à dix-sept ans et entra aux Jeunesses socialistes l’année suivante. En 1926, grâce à sa valeur professionnelle, il fut admis à la coopérative ouvrière de production « Le Diamant » à Saint-Claude (Jura). Après avoir effectué son service militaire, mai 1928-octobre 1929, il retrouva son métier au moment où se développait la grande crise, particulièrement précoce et grave dans l’industrie de luxe qu’était le diamant : sa famille était touchée ; la coopérative « Le Diamant » elle-même ne pouvait bientôt plus maintenir les avantages sociaux dont elle avait été l’initiatrice, les salaires diminuaient, l’apprentissage était interrompu... C’est dans ce contexte « pour se battre contre la misère, contre l’injustice sociale, se battre pour les déshérités de la vie », qu’il fut en peu de temps promu à de nombreuses responsabilités : en avril 1930, il devint secrétaire de la section socialiste nouvellement constituée à Villard-Saint-Sauveur (Jura) ; délégué peu après par la Mutuelle de cette localité, il devint administrateur de l’Union mutuelle du Haut-Jura puis, dans le courant de l’été 1930, administrateur des Assurances sociales en cours de création. Il ajouta à cela les plus hautes responsabilités syndicales : jusqu’alors militant de base, il fut en effet sollicité par Edmond Ponard pour le remplacer comme secrétaire national permanent de l’Union des syndicats ouvriers diamantaires français (CGT) et de ce fait, comme membre du Bureau international de l’alliance universelle des ouvriers diamantaires (Amsterdam). Ce fut fait le 2 avril 1932. René Dalloz avait vingt-quatre ans. Au contact de ses aînés il fit alors l’apprentissage d’un syndicalisme de négociation, d’organisation et de réalisation. Il se maria en décembre 1933 à Villard-Saint-Sauveur (Jura) avec Mouise Millet.

Au début de 1934, il entra enfin au conseil d’administration de la coopérative d’alimentation « La Fraternelle », pivot du mouvement ouvrier san-claudien, et fut désormais sans cesse réélu.

Le 6 février de cette année-là lui fut d’autant plus mémorable que le matin il fut - en compagnie de Louis Lacroix, gérant du journal Le Jura socialiste - assigné en correctionnelle pour un article qu’un patron diamantaire qualifié de « profiteur de misère » avait jugé diffamatoire. Le procès se déroula le 1er mars 1934 ; il se conclut pour René Dalloz par une amende avec sursis plus 100 F. de dommages et intérêts... et par une popularité accrue car l’accusé avait été amené à plaider la cause ouvrière au prétoire. L’année suivante lui apporta encore un lot de charges nouvelles : février 1935, administration de la caisse départementale des assurances sociales ; mai 1935, présidence de la Mutuelle de Villard-Saint-Sauveur ; le 5 mai 1935 enfin, il devenait le plus jeune membre du conseil municipal entièrement socialiste de Saint-Claude. Il le demeura jusqu’à la révocation de celui-ci, le 9 décembre 1940, par le régime de Vichy.

Après le Front populaire, dans un contexte de redressement de l’industrie diamantaire, il se préoccupa beaucoup de la formation de nouveaux ouvriers par des cours qu’il assurait bénévolement et surtout en obtenant - grâce à la fonction de conseiller départemental de l’enseignement technique qu’il occupa d’octobre 1932 à 1972 - l’ouverture en 1937 à Saint-Claude d’une école d’apprentissage au travail du diamant.

Mais la guerre puis l’Occupation entraînèrent, là comme ailleurs, la désagrégation des organisations et réalisations ouvrières : les syndicats dissous, le conseil municipal révoqué, les œuvres mutualistes, importantes dans la ville, fermées. René Dalloz reprit en 1940 du service à la coopérative « Le Diamant », désormais comme directeur technique mais dans des conditions très difficiles. Cette fonction permettait de nombreux déplacements dans la zone « libre » et facilitait les contacts. Ainsi, au début de 1941 fut-il sollicité pour une réunion clandestine à Lyon sous le couvert des Assurances sociales. Avec l’accord des principaux militants san-claudiens, il s’y rendit et y rencontra notamment « Marius Vivier-Merle, secrétaire de l’UD des syndicats du Rhône, Georges et Suzanne Buisson de la CGT, Perrier secrétaire de l’UD du Puy-de-Dôme, Chevalme, secrétaire de la fédération des métaux ». Toujours selon lui, « peu approuvaient la position prise par Belin devenu ministre du Travail. Tous ont été d’accord qu’il fallait maintenir les contacts avec la masse et défendre nos organisations ». À son retour, les responsables san-claudiens décidaient de « continuer l’action syndicale et défendre les conditions de travail » en réorganisant les syndicats sous forme autonome tout en donnant leur adhésion aux organisations vichyssoises. Ainsi, dans le cadre des Familles professionnelles de Vichy, René Dalloz accepta, en septembre 1942, sa désignation au comité provisoire d’organisation de la famille professionnelle des Métiers d’art pour, selon lui, « reprendre des contacts et freiner (leur) action d’organisation ». Peu à peu prenait forme de diverses manières la résistance à l’Occupation, à la collaboration, en particulier par la défense des conditions de vie des travailleurs. « Par deux fois en 1942, les travailleurs de Saint-Claude ont quitté les usines pour protester contre le mauvais ravitaillement devant la mairie et la sous-préfecture où j’ai dû haranguer les camarades avant qu’une délégation porte nos revendications au nouveau maire et au sous-préfet » (lettre de René Dalloz, 9 août 1975). Il était membre de la commission départementale de l’Office des comités sociaux en 1942.
Puis à partir de 1943 se constituaient les premiers maquis, particulièrement importants dans le Haut-Jura. Entre autres tâches, les militants san-claudiens qui étaient l’ossature de la résistance locale faisaient passer à ces maquis de jeunes réfractaires au STO et assuraient leur ravitaillement. René Dalloz fut chargé notamment de répartir entre eux les fonds de solidarité provenant de la CGT clandestine de l’Ain.

La Libération de la région rétablit René Dalloz dans ses anciennes responsabilités : fin août 1944, il était réinstallé conseiller municipal de Saint-Claude mais ne semble toutefois pas être représenté aux élections d’avril 1945. Fin octobre 1944, il devenait membre de la commission administrative de la CGT reconstituée. Peu après, il était à nouveau secrétaire du syndicat des ouvriers diamantaires français tout en demeurant directeur technique de la coopérative « le Diamant » car l’industrie diamantaire était en pleine crise, menacée de disparition depuis 1930 et l’organisation syndicale n’avait plus la même importance que précédemment dans la profession. En 1947, comme la majorité des militants san-claudiens, René Dalloz rejoignit Force Ouvrière. Par ailleurs, dans un mouvement ouvrier pauvre en cadres, il cumulait de nouvelles fonctions : administrateur départemental de la Sécurité Sociale - il le demeura jusqu’en décembre 1967, administrateur de l’Hôpital de Saint-Claude. Puis en 1949, pour seconder Jules Mermet, âgé, il était élu vice-président de « La Fraternelle » et finalement président en 1952.

Désormais, si l’on excepte la présidence de l’association départementale des Vieux Travailleurs FO qui lui échut dès sa création, en 1962, il cessa ses principales activités syndicales, quittant notamment à la fin de l’année 1953 le secrétariat de l’Union des syndicats des ouvriers diamantaires désormais assuré par un autre san-claudien, Gaston Vincent. Par ailleurs il fut, lors des élections cantonales de 1964, candidat du Parti socialiste (en grand déclin depuis 1953 puisqu’il avait perdu et la municipalité san-claudienne et le siège de conseiller général détenus par la SFIO pendant l’entre-deux-guerres).
En fait René Dalloz reportait l’essentiel de son activité au domaine coopératif et mutualiste : c’est par exemple à la suite de son intervention au congrès coopératif de Marseille de 1950, qu’est né le 1er janvier 1952 l’organisme « Coop-prévoyance ». Localement, il devint, en 1955, vice-président de l’Union mutuelle du Haut-Jura, puis président en 1970. En outre, pendant toute cette période, il s’efforça de perfectionner le travail dans la coopérative « Le Diamant » en organisant en 1949 un atelier de sciage des diamants, en inventant lui-même en 1951 une « tenaille mécanique », bientôt imitée par d’autres entreprises et qui devait transformer la taille du diamant. Enfin le décès de Félix Mermet survenu en décembre 1954 entraîna la nomination de René Dalloz comme président-directeur de la coopérative « Le Diamant ». À ce titre il s’employa à plusieurs réalisations nouvelles : construction des immeubles ou achat d’appartements pour les ouvriers de la coopérative ; réouverture d’une école d’apprentissage du travail diamantaire qui fonctionna effectivement de 1968 à 1973 ; à ce titre également il siégea de janvier 1968 à décembre 1973 à la Chambre de commerce et d’industrie du Jura ; cela lui valut enfin une promotion au sein même du mouvement coopératif, puisqu’en 1960, il était élu membre du conseil de l’Union régionale des Sociétés coopératives ouvrières de production du Sud-Est, puis, en juin 1962 membre du Conseil National des SCOP ; il le demeura jusqu’en novembre 1974.
En avril 1973 il quitta la présidence de la coopérative « Le Diamant » pour entrer dans une retraite toute relative puisqu’il demeura président d’une « Fraternelle » certes amoindrie ainsi que de l’Union mutuelle du Haut-Jura.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article21323, notice DALLOZ René, Jules par Yves-Claude Lequin, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 1er novembre 2015.

Par Yves-Claude Lequin

SOURCES : Arch. Com. Saint-Claude, dossiers élections municipales. — Arch. Nat. F/22/2022. — Le Journal de Dole, 11 novembre 1944. — Témoignage et lettres de René Dalloz (d’où proviennent toutes les citations) datant de 1974 et 1975. — État civil de Lons-le-Saunier.

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