CHAPOCHNIK Nathan. Pseudonyme : Francis ; Paul Fayard ; Champollion

Par Marie-Cécile Bouju et Régis Le Mer

Né le 9 novembre 1920 à Paris (4e arr.), mort le 20 avril 2009 à Lyon (4e arr.), fourreur, militaire (1944-1951), résistant.

Transmis par Régis Le Mer

Nathan Chapochnik est le fils deux immigrés de nationalité russe, Moïse Chapochnik fourreur, et de Berthe (Bassé) Goliach, couturière. Son père est arrivé en 1905 à Paris en provenance d’un petit village au sud de Kiev, pour fuir les pogroms et l’antisémitisme. Sa mère est arrivée en France deux ans plus tard avec quatre enfants : Anna, Eva, Sarah et Albert. Trois autres garçons, Jacques, Armand et Nathan sont nés à Paris et obtinrent la nationalité française en 1926. A la maison, on parlait yiddish. Son père était religieux, sans être dévot. Nathan Chapochnik a très vite appris le français dans une école publique de la rue de Moussy à Paris, près de l’hôtel de ville. Il était bon élève.
Après l’obtention de son certificat d’études primaires, Nathan Chapochnik fit deux ans d’études complémentaires. Son père mourut en 1933 et il dut arrêter les études en 1935. Comme son père, il devint fourreur, ce qui constituait l’aristocratie ouvrière des métiers du vêtement, et gagnait déjà correctement sa vie. Dès 1936, sous l’influence de ses frères, il alla chaque semaine à des conférences à l’université ouvrière et s’intéressait à ce qu’il se passait en Europe (montée des fascismes) ou au sort des juifs. A partir de 1938, il se politisa et côtoya les Jeunesses communistes du deuxième arrondissement de Paris. C’est aussi cette année-là qu’il fit la connaissance de la famille Fryd (ou Frid), Lola et sa sœur jumelle Rywka, leur frère Simon. Le 24 octobre 1939, il épousa à Paris (3e arr.) Rywka Fryd, née en Pologne en 1923. Le couple s’installa rue Saint-Sauveur à Paris.
De juin 1940 au 20 décembre 1941, Chapochnik travailla dans la Maison de fourrure Bernard et Poitou (104 rue Réaumur, Paris). Dès octobre 1940, il participa aux côtés d’Elie Anselem (époux de Lola Fryd), à des premières actions de résistance : collage d’affiches et distribution de tracts essentiellement. Quelques semaines après, Elie Anselem et son épouse quittaient Paris pour Tonneins (Lot-et-Garonne). Aucun membre de la famille de Nathan Chapochnik n’alla, comme la loi l’exigeait, se déclarer comme juif.

Le 31 décembre 1941, Nathan Chapochnik s’enfuit avec son épouse en zone Sud. Ils rejoignirent en train Semur-en-Auxois, se firent héberger par la mère d’une amie parisienne, le lendemain ils prirent un train pour Chagny et traversèrent à pied et de nuit la ligne de démarcation. Arrivés en zone sud, ils prirent à nouveau un train pour gagner Lyon, - où plusieurs membres de sa famille vivaient déjà depuis quelques mois. Il travailla alors comme fourreur à domicile. Rywka Chapochnik fut également rejointe à Lyon par son frère Simon Fryd, en 1942.
Dès janvier 1942, par l’entremise de son neveu Robert Zelty, Chapochnik entra en résistance dans les Jeunesses juives du quartier Saint Georges (Lyon 5e arr. aujourd’hui) et adhéra au Front national de lutte pour la libération et l’indépendance de la France. Schmulek pseudo « Farber » était le responsable du groupe et Charles Lederman faisait l’instruction politique (cours sur le marxisme par exemple) par petits groupes.
Il participa à des distributions de tracts et au collage d’affiches et de papillons ou souilla des affiches de propagande de Vichy avec des bouteilles d’encre ou de peinture.
En octobre 1942, Chapochnik participa aux actions de l’Union des Juifs pour la Résistance et l’Entraide (UJRE) à Lyon, organisation qui publiait des journaux et tracts en français et en yiddish.
L’UJRE avait plusieurs imprimeries clandestines, dont quatre à Lyon. Nathan et Rywka Chapochnik installèrent une de ces imprimeries chez eux, avenue Thiers à Villeurbanne (au numéro 80 selon les souvenirs de Nathan Chapochnik), pendant quelques semaines, avant que l’UJRE ne trouva un local plus discret et plus approprié. Nathan Chapochnik vivait alors au rez-de-chaussée et sa mère, au fonds de la cour, à la même adresse. Ils imprimaient des journaux clandestins et des tracts du groupe Solidarité, l’une des composantes de l’UJRE. Tout se faisait de manière très artisanale à la ronéo. Sa femme, ainsi que Roman Krakus maniaient la ronéo. D’autres se chargeaient de les récupérer. Il y avait la boutique de fourrure côté rue, la ronéo dans l’arrière-boutique.

Sa famille ignorant tout de ses engagements dans la Résistance, Nathan Chapochnik interdisait à quiconque de lui rendre visite. Ils recevaient par contre, à leur domicile, les responsables de zone sud de leur organisation et les agents de liaison.

Le 20 septembre 1942, il participa à une opération de propagande massive avec le collage d’affichettes pour l’anniversaire de la bataille de Valmy (1792), appelant à la résistance contre Vichy et les Allemands.
Le 1er novembre 1942, il entra dans les Francs-tireurs et partisans – Main d’œuvre immigrée (FTP-MOI) et donc dans la lutte armée, par l’intermédiaire de Norbert Kugler pseudo « Albert ». Ce dernier le forma aux règles de sécurité, aux précautions à prendre, la manière de se rendre compte si on était suivi, etc.
Il fit partie du détachement Carmagnole à Lyon, avec son beau-frère Simon Fryd que le couple hébergeait. Ses camarades les plus proches étaient aussi Simon Zaltzerman et Norbert Kugler. Ceux-ci formaient le premier groupe de résistance armée pour les régions de Lyon et Grenoble et impulsa de nombreuses actions contre les troupes d’occupation. On peut citer en particulier :
A Lyon, le 11 novembre 1942, Il attaqua à la grenade (qui n’éclata pas) avec son groupe – Kugler, Zaltzerman - un convoi allemand quai de Saône : date à laquelle les Allemands réinvestirent la zone sud, ce fut la première opération militaire de toute la zone jusqu’à présent « dite » libre ; le soir du 4 janvier 1943, il participa à un coup contre les Allemands cantonnés au groupe scolaire Jacquard à la Croix-rousse ; Le 10 février, il détruisit deux voitures allemandes ; le 18 février, il s’attaqua à un dépôt pharmaceutique 18 rue Neyret où se trouvait un poste allemand ; le 25 mars, il attaqua un garage Peugeot à l’angle des rues Vauban et Vendôme ; le 11 avril 1943, il attaqua l’hôtel Masséna cours Lafayette à Lyon ; le 21 mai 1943, il s’attaqua à des officiers allemands au restaurant Morel.
En mars 1943, le couple déménagea rue Cuvier à Lyon et entra complétement dans la clandestinité. A la suite d’une opération qui tourna mal et vit l’arrestation de Simon Fryd, fin mai 1943, Nathan Chapochnik se réfugia à Grenoble. Par la suite, il forma le maquis « Le Chant du Départ » à Dié dans la Drôme.
En septembre 1943, il rejoignit Nice où il devint responsable militaire des FTP-MOI (détachement Korcek) pour les Alpes-Maritimes. Quelques jours après son arrivée, les Italiens quittaient la place. Il profita, avec ses hommes, de la confusion pour récupérer les armes que les Italiens avaient abandonnés. Si bien, que les FTP-MOI de la région ne manquèrent jamais d’armes jusqu’à la libération.
Chapotchnik s’occupa aussi du transport du papier pour la propagande, dans la région de Nice et de Marseille. Il organisa des parachutages et divers transports d’armes. Il prit la tête aussi de la résistance armée et dirigeait le sabotage des voies ferrées et du matériel militaire des troupes d’occupation. A Nice, il participa à des coups de main : comme des petits engins explosifs placés sous les fauteuils du cinéma Malausséna juste avant une séance réservée aux soldats allemands ou des bombes placées à l’usine Air Liquide. Il développa également des contacts avec l’Armée secrète de la région, échangeant quelques informations, mais les divergences diverses empêchèrent une réelle entraide.
En juin 1944, lors d’une opération à Cros-de-Cagnes, il fut blessé en amorçant une bombe destinée au déraillement. Il interrompit temporairement ses activités commandos, se concentrant sur l’instruction militaire de groupes de combat dans la région de Marseille, en particulier de combattants arméniens.
Fin juillet 1944, il rejoignit dans le Var, près de Brignoles, un petit maquis.
Après la libération du Var, il est envoyé à Marseille. Il fut alors l’adjoint du commandant du régiment « La Marseillaise ».

Il obtint le grade de Capitaine dans les Forces Françaises de l’Intérieur à la Libération. Il fut décoré de la médaille de la résistance (JO du 12/9/45).

A la fin de l’été 1944, Chapochnik s’engagea dans la 1ère Armée et participa à la campagne d’Alsace. Il entra alors dans l’armée régulière et suivit, au cours de l’année 1945, des formations à l’Ecole des cadres de Plombière et l’Ecole de Rouffach. Il fut démobilisé le 29 avril 1946 et intégra l’armée d’active. Il fut formé à l’école militaire de Saint-Maixent en 1947. Il rejoignit l’Indochine, dans le corps expéditionnaire, à Saigon en décembre 1947 et devint lieutenant d’active en 1949. Il fut marqué par ce qui se passait en Indochine et s’interrogeait sur le bien-fondé de ce conflit. Il dit, dans sa lettre de démission de l’armée en août 1951 : « Ce séjour m’a ouvert les yeux et a changé ma façon de penser. En tant que patriote et ancien FTPF, je ne puis plus approuver en toute conscience la continuation de la guerre en Indochine. » Il rentra en métropole en mars 1950 et fut affecté au 99e régiment d’infanterie de Sathonay (Rhône). Sa lettre de démission transmise le 16 août 1951, fut acceptée le jour de son départ pour l’Algérie le 1er octobre 1951. Il passa dix jours à Alger avant de revenir en métropole.

Après avoir divorcé en 1947 de Rywka Fryd, Nathan Chapochnik épousa Antoinette Galo, également résistante, le 5 avril 1950 à Nice.

Nathan Chapochnik resta sa vie durant très engagé, œuvra pour la mémoire et s’impliqua dans les actions pédagogiques du Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation de Lyon. Il fut président de l’Association nationale des anciens combattants de la Résistance, comité départemental du Rhône.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article213801, notice CHAPOCHNIK Nathan. Pseudonyme : Francis ; Paul Fayard ; Champollion par Marie-Cécile Bouju et Régis Le Mer, version mise en ligne le 22 mars 2019, dernière modification le 8 août 2019.

Par Marie-Cécile Bouju et Régis Le Mer

Transmis par Régis Le Mer
Transmis par Régis Le Mer.

SOURCE : SHD GR 16 P 119690 ; - Arch. Paris acte de mariage (1939) 3M279 ; -
Arch. Nat. dossier de naturalisation BB 11 9369 (dossier 11515X26, 23/08/1926) ; - Régis Le Mer. Imprimeurs clandestins à Lyon et aux alentours (1940-1944). Le Coteau : Mémoire active, p. 129-130.
IMAGES ET SON : Témoignage de Francis Chapochnik, enregistrée le 11 juin 1997, Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation de Lyon, 82 mn.

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