HUBERT Julien, Damascène

Par Gauthier Langlois

Né le 13 brumaire an 13 (4 novembre 1804) à Fresne-l’Archevêque (Eure) ; instituteur révoqué puis géomètre ; se présentant comme un démocrate socialiste victime du coup d’état du 2 décembre 1851, il chercha à compromettre les proscrits réfugiés à Bruxelles, Londres et Jersey où il fut démasqué comme mouchard en 1853.

C’était le fils de Jean Basile, charron âgé de 36 ans, et Marie Catherine Metais.

En 1851 il résidait à Heuqueuville (Eure), était âgé de 48 ans, marié, père de 3 enfants et exerçait la profession de géomètre. Il fut arrêté à la suite du coup d’état du 2 décembre. La commission mixte de l’Eure décida son internement, motivé par le commentaire suivant : « Cet individu, ancien instituteur interdit par arrêt de la cour d’appel de Rouen du 10 février 1850, a en outre été frappé de quatre autres condamnations. Il a toujours été un des chefs les plus actifs et les plus dangereux du parti socialiste de l’arrondissement des Andelys. Redouté dans le pays à cause de sa violence, il a sur les démagogues exaltés une grande influence et c’est un des hommes les plus exaltés de l’arrondissement ».

Il avait obtenu, le 22 décembre 1851, un passeport pour la Belgique où il s’était présenté aux réfugiés comme un proscrit. En avril 1852, grâce à un passeport d’expulsé délivré par le préfet du Nord, il vint prendre place parmi les proscrits de Londres. Après sa grâce, le 2 février 1853, il s’installa à Jersey et vécut de la solidarité des proscrits. Au cours du mois de septembre 1853 il effectua un voyage en France dont le but suscita des soupçons parmi les proscrits. Il laissa par ailleurs voir à la couturière Mélanie Simon une importante somme d’argent. Celle-ci l’interpréta comme la preuve de son statut de mouchard et le dénonça à Félix Jarrassé. Julien s’offrit alors de se justifier devant un jury de réfugiés français de la société la Fraternité dont il était membre : le député Félix Mathé, l’avocat Gustave Ratier, le cordonnier Arsène Hayes, les conducteurs de travaux Adolphe Rondeau et Étienne Henry. Ceux-ci menèrent une enquête dont les actes et les conclusions furent publiées dans une brochure intitulée A la France. L’agent provocateur Hubert. D’après cette brochure et un récit de Victor Hugo il fut convaincu d’avoir tenté d’entraîner plusieurs proscrits en France dont Jego, Arsène Hayes, Bertrand Gigoux, Félix Jarrassé, Sylvain Fameau et Adolphe Rondeau, pour les compromettre dans un projet d’insurrection. De plus on trouva dans le double-fond de sa malle une lettre datée du 25 février 1853 adressée au Ministre de la police, dans lequel il rendait compte de sa mission à Londres, de son projet de discréditer les proscrits par des publications, et réclamait son dû pour ce travail.

À la suite de quoi, le 21 octobre 1853, presque tous les proscrits républicains résidents à Jersey se réunirent en assemblée générale devant laquelle il comparut. Selon Victor Hugo, Pierre Leroux, après avoir assisté au premier choc de Hubert et des proscrits, s’en était allé et n’était pas revenu, et, de toute la famille très nombreuse, — qu’on appelle ici « la tribu Leroux », — il n’y avait là qu’un seul membre, Charles Leroux. Étaient également absents la plupart de ceux qu’on appelle parmi nous « les exaltés », et entre autres l’auteur du manifeste dit du comité révolutionnaire, Seigneuret. La présidence fut attribuée à Joseph Cahaigne, assisté comme secrétaires de Félix Jarrassé, de la société La Fraternité, et Charles Heurtebise de la société La Fraternelle. Les proscrits, après avoir entendu l’accusé, prirent la résolution suivante : « Les soussignés, tous proscrits, déclarent que le sieur Hubert (Julien Damassène) est convaincu d’appartenir à la police de M. Bonaparte ». La résolution, était signée des noms suivants (nous y avons restitué certains prénoms) :

Joseph Cahaigne. — Charles Heurtebise (Sarthe). — Félix Jarrassé. — Théobald Cauvet. — Bertrand Gigoux (Hautes-Pyrénées). — Gustave Ratier (Morbihan). — E. Gobert (Moselle). — Constant Bourillon. — Arsène Hayes (Deux-Sèvres). — Hippolyte Bisson. — Charles Ribeyrolles. — Mathieu Roumilhac. — Auguste Lemeille. — Augustin Le Floch. — Adolphe Rondeau. — Louis Marétheux. — Eugène Alavoine. — Louis Lacouture. — Étienne Henry.— Antoine Fombertaux. — François Vallière. — Charles Hunot. — Félix Bony.— Victor Frond. — Léopold Avias.— Léon Martin. — Charles Aubin.— Julien Hosp.Charles Ginestet, docteur en médecine. — François Bourachot. — Alfred Fillon. — Félix Mathé. — Félix Delamarre. — Jean-Paul Lefèvre. — Jean Bergounioux, vétérinaire.— Jean Gornet dit Gornet aîné.— Jacques Barbier, docteur en médecine — Victor Hugo. — Claude Durand. — Eugène Beauvais. — François-Victor Hugo. — Adrien Ranc.— Charles Hugo. — Philibert Denis. — Paul Guay.

Adhérèrent par la suite à cette résolution :

Claude Victor Vincent. — François Zychon. — Jean-Claude Colfavru. — Benjamin Colin. — Louis Gutel. — Édouard Bonnet-Duverdier. — Claude Durand. — Hippolyte Seigneuret. — E. Jean Coquard. — Philippe Thomas. — Fulbert Martin . — Edmond Le Guével. — Théophile Guérin. — Léon Goupy. — Jean-Marie Ribaut. — Alphonse Bianchi. — Caillaud (Jean-Marie Caillaud). — Louis Nétré. — Jean-Baptiste Amiel (de l’Ariège). — François Gaffney. — Édouard Collet père. — François Taféry (Deux-Sèvres). — Joseph Lejeune (Sarthe). — Édouard Rouch.

La brochure, destinée à être diffusée auprès des démocrates de France, se terminait par un discours politique contre le gouvernement de Bonaparte et ses méthodes, adopté à l’unanimité par l’assemblée des proscrits républicains résidant à Jersey, le 11 novembre 1853.

Quant à Julien Hubert, beaucoup de proscrits souhaitaient le condamner à mort et il n’avait dû son salut qu’à l’intervention de Victor Hugo et à son incarcération pour dettes par les autorités de Jersey.

Julien Hubert était-il déjà un mouchard avant le coup d’état ou un véritable opposant retourné contre une promesse de grâce et l’espoir d’échapper à la misère qu’il avait connue à Londres ? La réponse, nous l’empruntons à la conclusion du récit de Victor Hugo : « En remuant mes papiers, j’y ai trouvé une lettre de Hubert. Il y a dans cette lettre une phrase triste : « La faim est mauvaise conseillère. » Hubert a eu faim. »

Nous ignorons ce que Hubert devint par la suite. Tout ce que nous savons c’est que suite à la loi de réparation nationale du 30 juillet 1881 en faveur des victimes du 2 décembre 1851, une demande tardive de pension fut faite en son nom.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article213839, notice HUBERT Julien, Damascène par Gauthier Langlois, version mise en ligne le 26 mars 2019, dernière modification le 26 juillet 2020.

Par Gauthier Langlois

SOURCES : Archives de l’Eure, acte de naissance. — A la France. L’agent provocateur Hubert, Jersey : imp. universelle, [1853]. — Victor Hugo, « 1853-L’espion Hubert », Oeuvres inédites de Victor Hugo. Choses vues, 1888, p. 291-330. — Jean-Claude Farcy, Rosine Fry, « Hubert - Julien Dasmacène », Poursuivis à la suite du coup d’État de décembre 1851, Centre Georges Chevrier - (Université de Bourgogne/CNRS), [En ligne], mis en ligne le 27 août 2013.

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