DANIEL Lucienne, Juliette, Marie [épouse DONINI]

Par Éric Belouet

Née le 10 juin 1938 à Escoublac, devenue La Baule-Escoublac en 1962 (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique) ; ouvrière stoppeuse, comptable puis adjointe administrative ; militante jociste de Loire-Atlantique, permanente (1962-1966) et secrétaire générale (1965-1966) de la JOCF ; membre de l’ACO (1966-1974) ; militante de l’ASF et de la CSF de Haute-Savoie ; adhérente du PSU (1971-1974) ; syndicaliste CFDT ; conseillère municipale et maire adjointe (1977-1983) de Meythet (Haute-Savoie).

Son père, Michel Daniel (1907-1973), ouvrier menuisier à Saint-Nazaire, puis à La Baule à partir de fin 1960, prit part à la Seconde Guerre mondiale et fut prisonnier de guerre en Allemagne de 1940 à 1945. Non croyant et anticlérical, il était sympathisant communiste. Sa mère, Adrienne née Caudart (1907-1991), issue d’une famille d’agriculteurs du Morbihan, restait au foyer (tout en effectuant de nombreuses heures de ménage dans les périodes estivales) après avoir été employée de maison ; elle était croyante non pratiquante. Lucienne Daniel était l’aînée de quatre filles. Elle fréquenta l’école libre d’Escoublac (1945-1952), obtint le certificat d’études primaires, puis suivit pendant trois ans des cours d’enseignement ménager à l’école des Sœurs du Sacré-Cœur, à Pornichet, dont elle sortit avec une attestation d’un cycle d’études dans cette école (non reconnu par l’Éducation nationale car obtenu dans un institut religieux, ce qui n’était alors pas rare en Bretagne). À partir de 1950, elle travailla chaque été : caddie au golf de Pouliguen, employée à l’épicerie-bar de son quartier, garde d’enfants... Son dernier emploi saisonnier avait consisté à garder la fille d’une famille fortunée de Carpentras (Vaucluse) passant la belle saison à La Baule. La grand-mère de l’enfant lui proposa de poursuivre ce travail dans le château familial de Carpentras, ce qu’elle fit de septembre 1955 à février 1956. Ce contact direct avec la grande bourgeoisie renforça sa prise de conscience de la condition ouvrière. De retour à La Baule, elle chercha du travail pendant deux mois, puis, en dernier recours, fut embauchée comme apprentie stoppeuse (reconstitution de vêtements) dans une petite entreprise familiale de couture et y devint ouvrière au bout de deux ans. Fin 1960, elle quitta l’entreprise à la demande de sa patronne qui estimait que son salaire constituait une trop lourde charge ; elle continua à exercer la même profession, mais cette fois en indépendante.

Après avoir été membre pendant un an (1953) des Guides de France, mouvement dans lequel elle ne se sentait pas très à l’aise parmi les autres jeunes filles, pour la plupart issues de milieux aisés, Lucienne Daniel découvrit la JOCF en 1954-1955 par l’intermédiaire de l’aumônier fédéral de Saint-Nazaire venu prendre la parole dans l’école ménagère qu’elle fréquentait. Dans un premier temps, elle eut des contacts avec le mouvement mais n’y adhéra pas. Ce ne fut qu’au retour de Carpentras qu’elle commença à y militer, au sein de la section de La Baule qui venait de voir le jour. L’année suivante, elle participa à la préparation de Rome 57, le rassemblement international de la JOC auquel prirent part, du 23 au 27 août, 32 000 jocistes venus de 86 pays. Lucienne Daniel fit partie de la délégation française et fut très fortement marquée par ce rassemblement. Son engagement jociste prit alors une nouvelle dimension. Au retour de Rome, elle intégra l’équipe de la fédération jociste de la Presqu’île, regroupant les sections de La Baule, La Baule-les-Pins, Escoublac, Pornichet, Le Pouliguen, Le Croisic et Guérande, avec la responsabilité des « jeunes » (17-21 ans), puis devint présidente fédérale en 1958. Dans le cadre de cette responsabilité, qu’elle assuma pendant quatre ans, outre sa participation aux activités traditionnelles du mouvement (enquête-campagne annuelle, semaine internationale, mois d’action intensive, journées d’études et sessions de formation, vente du journal, etc.), elle contribua à la création à La Baule, durant l’été, de permanences destinées aux travailleuses saisonnières, lesquelles avaient des conditions de travail déplorables et souffraient souvent de la solitude liée à leur situation de travailleuses déplacées. Cette expérience, que la JOCF développa ensuite dans de nombreuses stations balnéaires, fut la première du genre en France. En 1958, la permanence s’organisa sur la plage de La Baule, au club Notre-Dame, puis, dès l’année suivante, au sein d’un local paroissial ; d’autres permanences virent le jour la même année dans les villes voisines. Annoncées à grand renfort d’affichettes, ces permanences permettaient aux travailleuses saisonnières - la plupart employées de maison et, à un degré moindre, employées d’hôtel - de se retrouver le dimanche après-midi pour se distraire, rompre avec leur solitude et partager leur expérience avec des jeunes filles confrontées à des situations similaires.

En 1961, Marcelle Trégou*, présidente nationale de la JOCF, sollicita Lucienne Daniel pour devenir permanente. Elle accepta et prit ses nouvelles fonctions en janvier 1962 au sein du secteur Ouest avec la responsabilité de trois départements : la Manche, le Maine-et-Loire et la Vendée. Au cours de cette période (1962-1965), parmi les permanentes qui composaient l’équipe du secteur Ouest, se trouvaient également Évelyne Beaumal*, Marie-Madeleine Besson*, Jeannette Chataigné*, Jeanine Dumont*, Bernadette Huger*, Jeannette Lévêque*, Cécile Maurice*, Herveline Roch*, Marie-Luce Seyard*. Parallèlement à cette responsabilité géographique, Lucienne Daniel était rattachée à la branche nationale « jeunes » et, forte de l’expérience acquise à La Baule, se vit aussi confier la responsabilité nationale du service « travailleuses déplacées ». Elle cessa cette activité au bout de quelques mois pour devenir responsable de la publication jociste Vivre, dont le rôle consistait essentiellement à soutenir l’enquête-campagne annuelle de la JOCF. En 1965, son mandat de permanente arrivant à son terme, on lui proposa de le renouveler pour trois ans mais, déjà fiancée, elle ne souhaitait pas s’engager pour une si longue durée. Elle ne resta donc qu’une année supplémentaire et elle devint alors secrétaire générale en remplacement de Madeleine Deltonne*. Comme convenu, elle quitta la JOCF fin juin 1966 et fut elle-même remplacée au poste de secrétaire générale par Jeanne Lévêque*.

Lucienne Daniel se maria à La Baule le 8 juillet 1966 avec Louis Donini*, ancien permanent de la JOC (1958-1963), ouvrier chez Dassault à Annecy (Haute-Savoie) où le couple s’installa ; deux enfants allaient naître de cette union (Pascal en 1968 et Florent en 1971).

Après son mariage, Lucienne Donini s’inscrivit au cours Pigier, obtint un CAP d’aide-comptable et travailla comme comptable chez un notaire d’Annecy de juin 1967 jusqu’à la naissance de son premier enfant. Entre-temps, le couple avait emménagé fin 1967 dans un logement HLM de Meythet, cité-dortoir de la banlieue d’Annecy. Souhaitant s’investir dans son quartier où les aménagements sociaux faisaient cruellement défaut, Lucienne Donini créa alors la première section de l’Association syndicale des familles (ASF) de Haute-Savoie. Ce fut pour elle le début d’un engagement intense qui déboucha, dans le cadre d’une loi sur les mètres carrés sociaux, sur la construction de locaux qui accueillirent notamment une salle pour donner des cours d’alphabétisation aux femmes immigrées ainsi qu’une halte-garderie gérée par l’ASF qui, grâce à des subventions de la mairie et de la CAF, démarra son activité à mi-temps en 1971 et à plein temps trois ans plus tard. Elle présida l’association de gestion de cette halte-garderie jusqu’en 1978 (son mari lui succéda à la présidence). Toujours dans le cadre de l’ASF, elle mena diverses actions collectives sur le quartier (création d’aires de jeux, meilleure répartition du coût du chauffage...).

En 1971, confrontée à la baisse des revenus familiaux due aux problèmes de santé de son mari, Lucienne Donini reprit un emploi d’adjointe administrative à la Direction départementale de l’agriculture et de la forêt (DDA), d’abord à temps partiel (60 %), puis alternant temps plein (1976-1977, 1983-1998) et temps partiel (1977-1983) au gré de l’intensité de ses tâches extraprofessionnelles. Elle conserva cet emploi jusqu’à son départ à la retraite en juin 1998. À la DDA, elle milita à la CFDT à partir de 1974 et fut secrétaire de section de 1983 à 1998.

Sur le plan politique, Lucienne Donini, séduite par le projet autogestionnaire porté par Michel Rocard*, adhéra au PSU à partir de 1971. Déçue par le ralliement de Rocard et des ses troupes au PS au lendemain des Assises du socialisme (1974), elle ne poursuivit pas cet engagement et n’adhéra plus à un parti politique par la suite. Elle joua néanmoins un rôle politique à Meythet puisque, à l’occasion des élections municipales de 1977, elle céda aux sollicitations de la gauche pour figurer sur une liste unitaire, avec dix socialistes, dix communistes et deux autres représentants de la société civile. Élue conseillère municipale, elle devint maire adjointe en charge des affaires sociales, assumant en outre la présidence du bureau d’aide sociale qu’elle ouvrit très largement à tous les acteurs de la vie sociale disposés à y participer. Très active dans le cadre de son mandat, elle fut à l’origine de nombreuses avancées sociales dans la commune : création de trois crèches, dont une à domicile, et mise en place d’un statut pour les assistantes maternelles ; instauration de quotients au restaurant scolaire et pour toutes activités sociales de la commune ; création d’un restaurant municipal pour les seniors ; mise en place d’un service de portage de repas à destination des personnes dépendantes ; mutualisation des chômeurs avec la Mutuelle des travailleurs ; animation d’une colonie de vacances pour les enfants de la commune à Royan avec la collaboration de la Fédération des œuvres laïques (FOL) ; etc. Aux élections municipales suivantes (1983), elle accepta encore de figurer sur la liste de la gauche comme représentante de la société civile mais choisit, pour des raisons familiales, de retirer sa candidature entre les deux tours.

Peu de temps avant son départ à la retraite, Lucienne Donini reprit un engagement associatif au sein de l’Association des aides familiales populaires (AAFP) de Haute-Savoie, branche de la Confédération syndicale des familles (CSF). Elle fut membre du conseil d’administration de la Fédération nationale des associations d’aides familiales populaires (FNAAFP/CSF) de 1998 à 2002. De 1997 à 2004, elle fut la présidente de cette grosse association de 200 salariés répartis essentiellement entre Thonon-les-Bains, Annecy et son agglomération. Elle faisait toujours partie de son conseil d’administration en 2008.

Les époux Donini avaient été membres de l’ACO de 1966 à 1983.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article21399, notice DANIEL Lucienne, Juliette, Marie [épouse DONINI] par Éric Belouet, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 2 mars 2010.

Par Éric Belouet

SOURCES : Arch. JOCF (Arch. Dép. Hauts-de-Seine), 45J-4C1 (dossier de permanente). — Témoignage de l’intéressée, 17 et 18 mars 2008.

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