COUCHOURON Jean, Pierre dit Louis

Par Daniel Grason, Gérard Larue

Né le 29 mars 1924 à Saint-Rivoal arrondissement de Châteaulin (Finistère), mort le 7 avril 1945 à Ellrich (Allemagne) ; ajusteur, tourneur ; réfractaire au STO ; résistant FTP ; déporté.

Jean Couchouron
Jean Couchouron

Fils d’Yves et de Marianne née Kerlevez, Jean Couchouron était titulaire du CEP et du CAP, logeait chez ses parents 20 rue Gambetta à Épinay-sur-Seine (Seine, Seine-Saint-Denis). Il exerçait sa profession d’ajusteur-tourneur chez Bugatti 120 rue de la Gare à Saint-Denis (Seine, Seine-Saint-Denis).
Appelé pour le Service du travail obligatoire (STO), il partit vivre à Saint-Michel dans le Finistère jusqu’en octobre 1943. En octobre 1943 il revint en région parisienne, travailla chez un marbrier, puis à la société du Gaz comprimé à Saint-Ouen (Seine, Seine-Saint-Denis).
Sans carte d’alimentation, Marcel Wager, un de ses camarades d’Épinay-sur-Seine lui donna des titres d’alimentation, et le présenta à Achille Noullez des FTP et à « Lucien » (Thouvenin). Celui-ci lui remit des titres d’alimentation, puis lui donna rendez-vous le 3 janvier 1944 à 20 heures 30 à la gare d’Ermont-Eaubonne. Son copain Marcel Wager lui annonça qu’il était désormais membre des FTP et qu’il porterait le matricule 3989, et qu’il serait appointé 2500 francs par mois. Jean Couchouron dissimula le fait que son frère était gardien de la paix dans le IVe arrondissement de Paris.
Des revolvers furent remis à chaque combattant. Sur le chemin vers le lieu de l’action, il demanda à Thouvenin quel type de train allait passer sur la ligne : voyageurs ? ou marchandises ? Il lui répondit qu’il s’agissait d’un train dont les marchandises étaient destinées aux allemands. Selon ses déclarations ultérieures, des gardes-voies « quatorze ou seize » furent maîtrisées et attachés deux par deux. Il rendit comme convenu son arme le lendemain au café le « Bouquet Fleuri » rue de Paris à Épinay-sur-Seine. Les membres du groupe s’y retrouvaient fréquemment.
Le 7 ou 8 janvier 1944, il retrouvait à la Bastille Marcel Wager, « Lucien » « André » « Marius » et d’autres FTP inconnus. Tous prirent le train en direction de Brévannes, ils arrivèrent à la gare de Sucy-Bonneuil vers 20 heures. Ils marchèrent environ un kilomètre, avec « René », Jean Couchouron fut chargé de faire le guet. Les FTP désarmèrent un garde-voie qui fut saucissonné ainsi que quatre ou cinq autres gardes-voies. L’opération de déboulonnage terminé, cinq combattants furent hébergés par un militant ou sympathisant communiste qui habitait un pavillon. Il était seul avec ses deux fillettes qui dormaient, son épouse, infirmière était de garde de nuit à l’hôpital de Brévannes. L’homme qui les accueillait n’ignorait rien de l’action à laquelle ils s’étaient livrés.
Interpellé le 17 mars 1944 par des policiers des Brigades spéciales, interrogé il déclara savoir que Thouvenin avait été abattu, d’autres appréhendés : « Marius », « Simon », « René », « Bob », « Tom », « Jackie » ainsi que Maxime. Depuis le 10 janvier Jean Couchouron était coupé de l’organisation, il chercha à reprendre contact par l’intermédiaire d’Achille Noullez. Celui-ci avait le contact avec le Parti, en février Couchouron rencontra « Théo » commissaire aux Effectifs, puis « André » Serrano.
Il fit part aux policiers des dérives de certains combattants, 96 000 francs furent récupérés après le braquage d’un responsable du PPF, « André » s’éclipsa avec 50 000 francs. Jean Couchouron avec d’autres FTP fut chargé de récupérer l’argent, sans succès.
Le 14 mars 1944 n’ayant touché que 1 000 francs depuis janvier, il informa le responsable qu’il quittait l’organisation. Il se laissa convaincre de participer à une opération de récupération d’argent. L’opération tourna mal, « Jojo », « Villeneuve » et Couchouron prirent la fuite jusqu’à la station de métro Porte de la Villette.
Ils montèrent dans un wagon suivit par des policiers, l’un ordonna à « Jojo » de descendre de la rame, il tira touchant le policier. Couchouron était sous une banquette, ordre lui a été donné de se lever ce qu’il fit, un homme en civil lui ordonna de lever les mains, il s’exécuta le policier lui tira le blessant.
Fouillé les policiers saisirent un pistolet à barillet, un automatique, un agenda de 1944 avec des notes relatant son activité. Étaient notés des rendez-vous, une filature de l’amie de Serano, le nom et l’adresse René qui habitait rue de Vanves à Paris (XIVe arr.), le plan d’Épinay-sur-Seine avec l’adresse de B…, des titres de rationnement… etc.
Lors de son interrogatoire Jean Couchouron a été frappé à plusieurs reprises. Ce qui avait été saisi sur lui et à son domicile l’accablait, il répondit aux questions des policiers.
Il a été livré par la police française à la Sipo-SD IV A 2 au 11 rue des Saussaies à Paris (VIIIe arr.) où il fut torturé. Sa mère qui ne connaissait pas le rôle des services de répression français et allemands écrivit le 5 mai 1944 « À la Préfecture de police 11, rue des Saussaies. »
« Je vous prie de m’excuser si je vous importune avec cette lettre, mais j’ai tous les soucis que peut avoir une mère à qui on enlève son fils et qui ignore où il se trouve et si elle peut lui envoyer des colis. »
« Je vous serais très reconnaissante de bien vouloir me donner des renseignements sur mon fils Couchouron Jean. »
« J’espère ne vous avoir pas imploré en vain et vous remercie à l’avance. »
Jean Couchouron fut incarcéré à Fresnes, il était le 15 août 1944 dans le convoi qui partit de la gare de Pantin avec dix-neuf autres résistants du groupe. Cinq cents quarante-six femmes étaient déportées à Ravensbrück et 1654 hommes à Buchenwald, les femmes arrivèrent à destination le 21 août et les hommes le 20 août.
Cinq jours furent nécessaires pour aller à Buchenwald, Jean Couchouron a été envoyé au camp de Dora, il ne survécut pas aux épreuves de la déportation, Jean Couchouron matricule 77794 mourut à Ellrich le 7 avril 1945 à l’âge de vingt-et-un ans. Seize femmes et hommes sur trente-cinq impliqués dans la même affaire moururent en déportation.
Le 28 novembre 1944 le père de Jean Couchouron, Yves cinquante ans, journalier témoigna devant la commission d’épuration de la police. Il déclara : « Mon fils Jean Couchouron a été arrêté le 15 mars 1944 à la porte de La Villette après une course poursuite mouvementée par des agents de la Police municipale. Des coups de feu ont été échangés et mon fils a été blessé d’une balle au ventre. Il [y] avait avec lui un camarade nommé Jacques Blandin. Sur les lieux mêmes de l’arrestation ce dernier a été violemment frappé, mon fils a été frappé moins fort parce qu’il était tombé à terre à cause de sa blessure. »
« Il a été admis à l’Hôtel Dieu peu après. J’ai su par son camarade que mon fils avait été frappé. Peu après sa guérison il a été emmené à Fresnes et je n’ai plus jamais eu de ses nouvelles. »
« Le jour même de son arrestation, deux Inspecteurs sont venus à mon domicile pour m’y arrêter mais ne m’ont pas trouvé. Une surveillance a été organisée qui a duré quatre jours. Le lendemain du premier jour j’ai été arrêté et conduit au service où je suis resté dix jours, et c’est pendant ma présence au service que j’ai eu l’occasion de parler avec le camarade de mon fils [Jacques Blandin]. » Il reconnut sur photographies les Inspecteurs qui arrêtèrent son fils.
Jean Couchouron a été homologué membre des Forces françaises libres (FFL), et Déporté, interné résistant (DIR).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article214176, notice COUCHOURON Jean, Pierre dit Louis par Daniel Grason, Gérard Larue, version mise en ligne le 3 avril 2019, dernière modification le 1er juin 2019.

Par Daniel Grason, Gérard Larue

Jean Couchouron
Jean Couchouron

SOURCES : Arch. PPo. BS2 carton 39, GB 131, KB 102, 77 W 819-267680, 77W 3111-291698. – Bureau Résistance GR 16 P 145467. – Livre-Mémorial, FMD Éd. Tirésias, 2004.

PHOTOGRAPHIE : Arch. PPo. GB 175

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