DAPÈRE Julien

Par André Balent

Né le 26 février 1911 à Perpignan (Pyrénées-Orientales), mort le 24 septembre 2003 à Céret (Pyrénées-Orientales) ; ouvrier peintre ; responsable clandestin du Parti communiste dans les Pyrénées-Orientales (1940-1942) ; syndicaliste ; résistant, FTP de la Savoie et du Rhône ; déporté en Allemagne.

Julien Dapère adhéra au Parti communiste à Perpignan en 1935. Fils d’ouvriers natifs de Perpignan (Laurent Dapère, pareur, et Anne Broc), ouvrier peintre lui-même, Julien Dapère grandit à Saint-Mathieu, quartier de Perpignan riche de traditions ouvrières. Il subit l’influence d’un vieil ouvrier communiste Jean Batllo.

En 1939 il suivit une école du Parti à Béziers (Hérault). Toutefois, jusqu’en 1940, il resta un militant de base. Il devait s’illustrer en tant qu’organisateur du Parti communiste pendant les années de clandestinité. Mobilisé en septembre 1939, il gagna le centre mobilisateur de Romans (Drôme). Il partit à la guerre avec l’idée de se battre. C’est du moins ce qu’il raconta dans le témoignage recueilli par Étienne Frenay (Le Travailleur Catalan, 26 mai 1972) : « Quand je suis arrivé à l’armée, un type de Prades, S..., m’arrive en courant et me dit ; "Oh ! Dapère est-ce qu’il faut se battre contre l’Allemagne ?" et je lui ai répondu : "Je pense bien qu’il faut se battre contre l’Allemagne." »
Démobilisé, Julien Dapère milita dans les rangs du Parti communiste clandestin. Dans les Pyrénées-Orientales, les dirigeants les plus en vue étaient étroitement surveillés quand ils n’étaient pas purement et simplement internés. C’était donc aux militants de base de prendre le relais. Dans un premier temps, peu nombreux étaient ceux qui militèrent dans le PC clandestin car beaucoup d’adhérents d’avant septembre 1939 étaient troublés par la signature du Pacte germano-soviétique.

En octobre 1940, le Parti communiste clandestin colla des affiches et distribua des tracts à Perpignan. Les tracts demandaient notamment la venue de « Thorez au pouvoir » ; les affiches réclamaient « l’union de la nation française pour la liberté et l’indépendance » et affirmaient que « La voie du salut n’est ni à Londres ni à Berlin [...] » (Copies de ces documents annexées au rapport du commissaire central de Perpignan, 26 novembre 1940). À la suite de cette action, des militants de Perpignan furent suspectés et interrogés, notamment Michel Athiel et Garcias* qui était alors responsable, avec Jean Poch*, du Parti communiste clandestin. Par mesure de sécurité, il fut remplacé, en mars 1941, par Julien Dapère. Celui-ci que l’on surnomma bientôt "le Polo" assuma jusqu’en juillet 1942 la responsabilité politique du Parti communiste clandestin dans les Pyrénées-Orientales.

Dès l’automne 1940, Julien Dapère s’était procuré une ronéo qui lui permit, avec Basso et Rigole d’éditer du matériel de propagande (et sans doute les tracts et affiches d’octobre 1940 dont nous avons parlé plus haut et qui permirent à la police d’effectuer son premier coup de filet). À la fin de 1940, il imprima le premier numéro du Travailleur Catalan clandestin. Il imprima même le bulletin des « Amis de l’URSS » dont on lui avait fait parvenir le stencil.

Dès 1941 la Fédération des Pyrénées-Orientales du Parti communiste était reconstituée grâce à Pierre Garcias* et Julien Dapère. Au début de 1942 le Parti revivait dans treize communes.

Entre-temps, le Parti communiste avait manifesté le 11 novembre 1941 à Perpignan. Julien Dapère confectionna une couronne à laquelle il adjoignit une inscription fabriquée avec des vignettes métalliques : « Vive la France, À bas Hitler ». Daniel Cabanier et Treich la déposèrent au monument aux morts à la faveur de la cohue.

Le 1er mai 1942 Julien Dapère sortit momentanément de la clandestinité pour conduire une délégation syndicale à la préfecture des Pyrénées-Orientales afin que les travailleurs pussent se procurer des « tickets de force ». À la suite de cette action il se fit réprimander par Anatole Guyot, instructeur du Parti.

Suivant les instructions du P.C., Julien Dapère essaya de recruter un responsable militaire pour l’organisation spéciale (OS). Il désigna d’abord Treich, ouvrier du Bâtiment à Perpignan, puis Santenach, petit commerçant. Mais l’organisation spéciale fonctionna mal avant juillet 1942. Toutefois, dès 1941, la collecte des armes avait été commencée, notamment à Millas, par Grammont.

Le 14 juillet 1942 le PC, avec les autres mouvements départementaux de résistance, participa à une manifestation assez importante, étant données les circonstances, place Arago à Perpignan. « À ce moment, estimait Julien Dapère, nous [le PC] suivions tout de même, des organisations solides, qui s’étaient implantées. Je disais : "Maintenant ça va bien." Tous les copains ont été contactés, tous étaient sur la place Arago. » Les manifestants durent affronter une charge des GMR et du SOL (Service d’Ordre légionnaire). À la suite de cette manifestation, environ 80 militants communistes furent arrêtés. Deux seulement, parmi lesquels Julien Dapère, réussirent à échapper au mandat d’arrêt. La résistance communiste était en Roussillon, à un tournant de son histoire. Le parti était implanté et de nouveaux militants étaient prêts à prendre la relève de ceux qui avaient été victimes de la répression (voir Fernand Cortale*).

À la suite de la manifestation perpignanaise du 14 juillet 1942, Julien Dapère fut contraint de passer à la clandestinité. Au début de 1943, il demeura quelque temps à Chambéry (Savoie). Il intégra les FTPF. Résidant à Lyon (Rhône), il accéda aux fonctions de Commissaire technique interrégional des FTPF puis à celles de capitaine des FFI. À la suite de son arrestation par les Allemands, il fut déporté à Mauthausen.

Au lendemain de la guerre, Julien Dapère qui, depuis 1936, avait été secrétaire de l’Union syndicale Bâtiment-Bois des Pyrénées-Orientales, poursuivit son action militante et il appartint au comité de section du parti à Perpignan. En 1945 il siégeait, en qualité de suppléant à la CA de l’UD-CGT des Pyrénées-Orientales. En 1947, il était secrétaire de l’USBB (CGT) des Pyrénées-Orientales.

En 1947, il fut admis à l’École centrale des cadres du P.C., militant dans le mouvement syndical, et voici comment le jugeait Victor Joannès responsable de l’école : « À beaucoup travaillé mais sans toujours bien comprendre. Léger complexe d’infériorité. S’exprime avec difficulté. Attaché au PC. À aider. (3 septembre 1947). »

Le 3 mars 1953, il épousa, à Perpignan, Lucienne Bourgine une Parisienne née en 1912, sténo-dactylo de profession.

Il resta fidèle à son parti au sein duquel il ne joua plus aucun rôle dirigeant. À sa retraite, il se retira à Oms (Pyrénées-Orientales) petit village des contreforts du Canigou où il vécut presque jusqu’à sa mort. En 1984, il fut l’un des signataires de l’appel départemental « Pour la démocratie, nous refusons la haine ».

Julien Dapère était officier de la Légion d’honneur.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article21427, notice DAPÈRE Julien par André Balent, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 14 juin 2014.

Par André Balent

ŒUVRE : Les communistes 1940-1941. Un "polo" régional témoigne, souvenirs recueillis et annotés par Georges Sentis, Perpignan, Institut de recherche marxiste, comité d’histoire de la résistance catalane, 1983, 35 p.

SOURCES : Arch. Dép. Pyrénées-Orientales, versement du cabinet du préfet (16 septembre 1959), liasse 50 (personnes surveillées et internées par le régime de Vichy), dossier « Athiel Michel » (tracts et affiches communistes (6 octobre 1940), rapport du commissaire spécial, 26 novembre 1940). — Arch. A. Marty, G IX (notes de V. Joannès). — L’Action syndicaliste, 15 mars 1945, 10 juin 1947. — Notice DBMOF, par André Balent. — Julien Dapère, op. cit. — Étienne Frénay, « Les communistes et le début de la résistance en Roussillon », Le Travailleur Catalan, 26 mai 1972. — Georges Sentis Les Communistes et la Résistance dans les Pyrénées-Orientales, t. 1, Dans la tourmente, février 1939-novembre 1942, Perpignan, 1983. — Raymond Gual, Jean Larrieu, Vichy, l’occupation nazie et la Résistance catalane, II b, De la résistance à la Libération, Prades, Terra Nostra, 1998, p. 429, 479, 485. — Georges Sentis, Les communistes et la résistance dans les Pyrénées-Orientales. Biographies, Lille, Marxisme / Régions, 1994, p. 83. — L’Indépendant, Perpignan, 15 février 1984. — État civil.

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