DARDEL Georges, Léon, William

Par Gilles Morin

Né le 13 avril 1919 à Valletot (Eure), mort le 1er octobre 1982 à Crans-sur-Chemignon (Valais-Suisse) ; cheminot ; militant socialiste de la Seine [Hauts-de-Seine], membre du comité directeur de la SFIO (1957-1960, 1961-1965) ; maire (1948-1969) et conseiller général de Puteaux (1953-1967) ; président du conseil général des Hauts-de-Seine (1959-1965) ; sénateur (1958-1977).

[Sénat]

Fils de René Dardel, instituteur, et de Madeleine Henocque, sans profession, Georges Dardel fit ses études dans l’Eure aux écoles primaires de Couteville et de Cuers, puis à l’école primaire supérieure d’Évreux. Cheminot de 1937 à 1946, militant CGT, il fut secrétaire du syndicat des cheminots de Suresnes-Puteaux et participa aux grèves de 1936. Il adhéra à la SFIO en 1935 et, très vite se fit remarquer comme un actif militant de la tendance Gauche Révolutionnaire. Il participa ensuite à la scission pivertiste et fut, en juillet 1938, membre du comité central des Jeunesses du PSOP.

Après la Seconde Guerre mondiale, Georges Dardel qui s’était installé à Puteaux (Hauts-de-Seine, alors Seine), retrouva ses camarades pivertistes qui regagnaient la direction de la fédération de la Seine et appuyaient alors la conquête du parti par Guy Mollet*. Signataire de la « motion de redressement » de la fédération de la Seine pour le congrès de 1946, secrétaire général de la section de Puteaux de la SFIO, il fut élu secrétaire fédéral adjoint en octobre 1946-1947. Il participa cette année-là au Congrès des peuples contre l’impérialisme organisé par la gauche de la SFIO. Membre de la commission exécutive de la fédération de la Seine en 1947, il démissionna en 1950, fut réélu à cette fonction après le congrès fédéral de septembre 1958, puis en démissionna au cours de l’exercice 1963-1964 et fut remplacé par Jacques Rabec. Il appartint au bureau de la fédération des Hauts-de-Seine. En réalité, l’importance numérique de la section de Puteaux bastion du socialisme municipal dans la fédération de la Seine, dépassant les 700 adhérents régulièrement, lui donnait une position d’arbitre essentiel dans les rapports de force interne de la fédération, et donc indirectement du Parti SFIO au plan national. Après avoir soutenu le courant pivertiste durant la guerre froide, il partagea durant plusieurs années les mandats de la section entre les partisans de Guy Mollet et les pivertistes, par fidélité personnelle à ses anciens camarades selon Charles Lancelle*. Mais, lors de la guerre d’Algérie, il rallia la majorité du parti, permettant à Claude Fuzier* de prendre la direction fédérale tenue par les minoritaires socialistes en la personne de Mireille Osmin*, limitant l’influence et la capacité d’intervention de la minorité du parti hostile à la politique de Robert Lacoste* et Guy Mollet. Ce ralliement lui permit d’entrer au comité directeur de la SFIO, où il siégea de juillet 1957 à 1960, puis de 1961, jusqu’au 1965.

Georges Dardel se situait politiquement alors à la charnière du courant molletiste et des positions de la fédération de la Seine. Il se montrait un anticommuniste intransigeant et fut signataire d’une motion pour l’interdiction de l’appartenance à la CGT en décembre 1957. Il occupa diverses fonctions symboliques dans l’appareil national du parti : il présida une séance du conseil national de mars 1958, appartint à la commission chargée d’étudier les problèmes de politique économique et sociale au conseil national des 3 et 4 mai 1958 et à la commission de résolution du conseil national du 11 avril 1960. Mais, hostile au ralliement au général de Gaulle en juin 1958, il présenta la motion minoritaire au congrès de 1959, puis fut signataire de la motion Gazier au congrès national de 1960, ce qui lui valut d’être le 4e candidat non élu au comité directeur au congrès de 1960.

Georges Dardel avait acquis cette puissance d’intervention et d’arbitrage en devenant maire et conseiller général de Puteaux et en s’investissant dans les associations représentatives des élus locaux.

Adjoint au maire Roger Deniau* en 1947, Georges Dardel lui succéda à la tête de la mairie en 1948, puis fut reconduit à la tête de la municipalité en 1953, 1959 et 1965. Il fut élu ensuite conseiller général en 1953 et 1959, dans le troisième secteur à Puteaux et présida le conseil général de la Seine de 1959 à 1965. En 1965, les socialistes ne le représentèrent pas à la présidence, car il n’avait pas appliqué aux élections municipales à Puteaux l’accord socialo-communiste. Ils lui préfèrent un élu parisien, Gaston Gévaudan*, qui fut battu par son ancien camarade Georges Suant*. Il était membre de la première commission du conseil général et de la commission de la jeunesse et des sports. Il siégea également de 1953 à 1959 à la commission du commerce et de l’industrie puis, de 1959 à 1967, à la commission des transports. Il siégea ensuite au conseil général des Hauts-de-Seine, comme représentant du canton de Puteaux, de 1967 à 1973.

Georges Dardel joua un rôle majeur dans les organismes intercommunaux et de représentation des élus locaux au niveau français et international. Il fut secrétaire de la fédération de la Seine des élus SFIO municipaux et cantonaux dans les années cinquante, secrétaire général de la Fédération nationale des élus socialistes municipaux et cantonaux de 1953 à 1967, président de la Fédération nationale des élus municipaux et cantonaux, membre du Comité directeur des villes de France (1952-1969), président de l’Union des villes et communes de France (1957-1969), membre de l’Association pour les libertés communales du département de la Seine, créée en juillet 1963, administrateur du District (1962-1965).

Européen convaincu, Georges Dardel qui fut vice-président en 1953-1954, puis président en 1956-1962 de l’Union internationale des maires, membre du comité exécutif de l’Union internationale des villes et des pouvoirs locaux mis en place une série d’initiatives très novatrices, d’autant qu’elles intégraient des Allemands, moins de dix ans seulement après la fin de la guerre. Dans sa ville, il fut à l’initiative, en 1954, d’une exposition internationale sur « l’Europe à travers la commune ». Les commerçants et les industriels de la ville étaient invités à présenter plusieurs pays européens (Autriche, Belgique, Grande-Bretagne, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, RFA et Suisse) autour de trois thèmes : la culture, l’industrie et les écoles professionnelles. Il présida la commission des affaires européennes au Conseil des communes d’Europe (1954-1969). Aux États généraux des communes d’Europe à Francfort en octobre 1956, il présenta le rapport sur l’Union européenne. Il fut encore un pionnier de la coopération et des jumelages au niveau européen. En 1955, Puteaux se jumela avec une ville allemande, Offenbach, ainsi qu’avec la ville britannique, Tower Hamlets, puis ce furent l’année suivante Esch-sur-Alzette (Luxembourg), Mödling (Autriche) et Zemun (République fédérale de Yougoslavie), en 1958 Velletri (Italie).

Le Conseil de l’Europe ayant fondé la Conférence permanente des pouvoirs locaux de l’Europe en 1957, il fut le président de celle-ci, du 25 janvier 1960 au 20 mars 1962, succédant à Jacques Chaban-Delmas.

Détenteur de tant de mandats, Dardel était en position de se faire élire parlementaire. Candidat aux élections législatives de 1956 sur la liste socialiste conduite par Albert Gazier* dans la 5e circonscription de la Seine, il fut élu sénateur de la Seine le 18 juin 1958, la fédération ayant écarté les deux sortants, Gilberte Brosollette* et Henri Barré*. Il fut réélu en 1959 puis, en 1968, dans les Hauts-de-Seine. Il eut moins de chance aux élections législatives : il fut candidat sans succès en novembre 1958 et en 1962 dans la 34e circonscription de la Seine, puis en 1967 et en 1968 dans les Hauts-de-Seine (5e puis 6e circonscription). Il fut également membre suppléant puis représentant de la France à l’Assemblée du Conseil de l’Europe.

Ses relations avec la SFIO devinrent tumultueuses à la fin des années 1960. Il se coupa tout d’abord de la fédération de la Seine en refusant le rapprochement avec les communistes dont la fédération s’était faite la championne. La partition de la région parisienne lui permit de resserrer son pouvoir sur un espace plus restreint, les Hauts-de-Seine dont il fut désigné président de la fédération FGDS lors de sa constitution en décembre 1966. Il fut réélu sénateur dans le nouveau département le 22 septembre 168.

Georges Dardel, victime d’un grave accident de la circulation, démissionna plusieurs mois plus tard, en janvier 1969, de sa mairie de Puteaux. Son 4e adjoint depuis 1965, l’avocat Charles Ceccaldi-Raynaud*, président de l’Office HLM de la ville, fut désigné à sa place. Georges Dardel fut invité à démissionner par le comité directeur de la SFIO, le 26 février 1969, puis fut réintégré au sein de la famille socialiste après la création du nouveau Parti socialiste, en novembre 1970. La condition aurait été qu’il ne se représenta pas aux municipales de 1971. En décembre 1970 encore, le Comité directeur du PS lui interdit de se présenter aux élections municipales contre son ancien adjoint devenu maire de Puteaux. Celui-ci ayant passé alliance avec la majorité gaulliste de l’époque, Dardel se présenta tout de même, passant pour la première fois alliance avec les communistes. Il fit campagne sur le thème « Dardel revient pour rendre à Puteaux la démocratie ». Pendant la campagne très violente et tendue, l’un de ses colleurs d’affiches fut abattu par des partisans de son adversaire, plusieurs autres blessés. L’affaire eut alors un retentissement national, la presse faisant rimer en titre Puteaux et Chicago, mais Ceccaldi-Raynaud emporta la mairie. Une série de procès opposa alors l’ancien et le nouveau maire de la ville et Georges Dardel mena une campagne acharnée contre le nouveau maire, parfois en liaison avec des gauchistes ou des membres du PSU.

En mars 1973, Georges Dardel fut exclu du Parti socialiste qui l’accusait d’avoir soutenu, aux élections législatives, un militant du PSU, Serge Mallet*, alors que le PS présentait, dans la même circonscription, un membre de son bureau exécutif, Pierre Feuilly. À partir de juin 1973, Georges Dardel siégea donc au Sénat comme non-inscrit et, à partir de novembre 1976, il appartint à la réunion administrative des sénateurs ne figurant sur la liste d’aucun groupe. Il ne se représenta ni aux élections cantonales de 1973, ni aux élections sénatoriales de 1977. En fin de mandat, il était membre de la commission des lois constitutionnelles, de la législation, du suffrage universel, du règlement et d’administration générale

Georges Dardel conduisit à nouveau une liste aux élections municipales de 1977 à Puteaux contre Ceccaldi-Raynaud.

Georges Dardel fut marié à quatre reprises. Le 17 juin 1939, il épousa Séverine Guyot à Paris. Il divorça le 31 mai 1951. Il se remaria le 23 septembre 1951 avec Paulette Cellié à Puteaux, puis divorça le 12 juin 1963, se remaria le 19 juillet 1963 avec Caroline Dumas à Nîmes (Gard), divorça le 17 décembre 1969, enfin se maria le 7 mars 1970 avec Chantal Rabot à Clichy-la-Garenne. Il était le père de cinq enfants.

Son frère fut secrétaire de la section du PSOP d’Évreux en 1939, puis militant SFIO de l’Eure après la Seconde Guerre mondiale.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article21444, notice DARDEL Georges, Léon, William par Gilles Morin, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 27 novembre 2008.

Par Gilles Morin

[Sénat]

ŒUVRE : L’homme dans la cité de demain. — Quelle justice ?, Puteaux = Chicago. — P... comme police respectueuse.

SOURCES : Arch. OURS, dossier biographique du Sénat. — Société générale de presse, 1965 — Le Monde, 3 février 1982 — Dioudonnat-Bragadir, Dictionnaire des 10 000 dirigeants politiques français, Sedopols, 1977. — Who’s who, 1975-1976. — État civil.

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