DARDENNE Émile, Louis, Dominique

Par André Balent

Né le 17 janvier 1901 à Rivesaltes (Pyrénées-Orientales), mort le 20 juin 1989 à Rivesaltes ; chauffeur routier et employé de chais ; militant des Jeunesses socialistes et du Parti communiste, dirigeant du PCF dans les Pyrénées-Orientales ; syndicaliste CGTU et CGT ; membre du Comité départemental de Libération.

Le père d’Émile Dardenne, Dominique, âgé de vingt-huit ans en 1901, était un militant socialiste et syndicaliste. Sa mère, Adrienne Saumell âgée de vingt-quatre ans en 1901, fréquenta l’école religieuse et demeura une catholique pratiquante.

Rivesaltes est une importante bourgade des Pyrénées-Orientales bâtie sur les rives de l’Agly au milieu de la grande plaine viticole du Roussillon. Dès le début du siècle Rivesaltes, « Rivesaltes la rouge » était devenue le principal centre du socialisme catalan. Les guesdistes s’étaient puissamment implantés dans le prolétariat rivesaltais : ouvriers agricoles, bien sûr, mais aussi ouvriers des diverses professions liées à la viticulture (tonneliers, employés de chais, etc.).

Le père d’Émile Dardenne, Dominique Dardenne était un militant socialiste et syndicaliste très actif. Sa mère, par contre, était de famille catholique ; elle avait fréquenté l’école religieuse et demeura une catholique pratiquante. Le jeune Émile Dardenne fut toutefois influencé bien davantage par son père que par sa mère. Son père recevait chez lui les principaux leaders socialistes catalans : Lucien Deslinières, Jean Payra, Geoffroy Thomas. On n’y parlait que de doctrine socialiste, d’élections, de grèves. Impressionné dès son enfance par le discours socialiste, Émile Dardenne, ne pouvait que suivre la voie tracée par son père. D’ailleurs, très jeune, il lut régulièrement, l’Humanité, à laquelle son père était abonné, et le Socialiste des Pyrénées-Orientales, hebdomadaire de la Fédération socialiste des Pyrénées-Orientales. Il lut également l’ouvrage de Compère-Morel, Petit Pierre sera socialiste.

Émile Dardenne fréquenta l’école de garçons de Rivesaltes. Après avoir obtenu le certificat d’études primaires, il entra au cours complémentaire : en 1915 alors qu’il préparait le Brevet il dut interrompre sa scolarité ; à quarante-deux ans son père, mobilisé avait rejoint le front et son fils Émile dut chercher un emploi pour subvenir aux besoins de la famille.

Écolier, Émile Dardenne était déjà militant socialiste. Avec son camarade de classe, Fernand Gély* il faisait de la propagande socialiste parmi les enfants et adolescents de son âge. Lorsque leurs condisciples entonnaient, sous la direction de leur instituteur, La Marseillaise, ils refusaient ostensiblement de chanter. Après les élections municipales de 1912 à l’issue desquelles triompha la liste du Parti socialiste, les jeunes enfants des militants du groupe de Rivesaltes fondèrent un groupe de Jeunesses socialistes, « le Coquelicot ». Émile Dardenne et Fernand Gély furent parmi les fondateurs de cette organisation, une des premières organisations de Jeunesses socialistes en terre catalane. En janvier 1919, Émile Dardenne accompagna son père à Saint-Paul-de-Fenouillet où se tenait le congrès de la Fédération socialiste des Pyrénées-Orientales. Cette réunion, très animée, où Lucien Deslinières épaulé par les socialistes rivesaltais fit triompher les thèses guesdistes sur la minorité fédérale animée par Jean Payra a considérablement marqué le jeune Émile Dardenne. Pendant la guerre de 1914-1918, il s’était embauché chez un gros négociant en vins de Rivesaltes. Hostile à la guerre, il devint vers 1916-1917 un lecteur de La Vague de Pierre Brizon.

La Révolution russe puis la mutinerie des marins de la Mer Noire marquèrent profondément Émile Dardenne dont le père était d’ailleurs un familier du père d’André Marty. En 1919, Émile Dardenne militait au sein des Jeunesses socialistes de Rivesaltes. Il participa à toute la campagne qui, localement, se développait puissamment en faveur de la libération d’André Marty et des autres mutins de la Mer Noire. Favorable, à la différence de son père, à l’Internationale communiste, il participa à diverses réunions en faveur de la Révolution russe et contre l’intervention militaire en Russie. En 1920, lors de la grande grève des cheminots, il rédigea et confectionna des affiches manuscrites de soutien.

Peu après la scission de Tours, Émile Dardenne quitta Rivesaltes pour l’Algérie (avril 1921) où, pendant deux ans, il accomplit son service militaire. Affecté dans l’aviation, il participa à l’installation de bases aériennes à Hussein Dey, Constantine, Biskra, travaillant dans les ateliers de dépannage et conduisant des camions et des automobiles.

De retour à Rivesaltes en 1923, il travailla à nouveau chez Bélanges, négociant en vins. En 1924 il suivit la campagne que menèrent dans tout le département les trois candidats communistes, Jean Cassuly*, Anselme Rosarde* et François Cabanes*, à l’occasion des élections législatives. Il adhéra aux Jeunesses communistes lors de la constitution de celles-ci à Rivesaltes, à l’issue d’une réunion animée par Gabriel Péri (1925) lors de sa constitution, la Jeunesse communiste rivesaltaise rassemblait sept à huit militants actifs. Le groupe des JC participait aux manifestations organisées par le Parti, tenait des réunions politiques, organisait des collectes et des bals. Les cours de formation théorique étaient assurés par Paul Combeau*, et, lorsqu’il était présent dans son Roussillon natal, par André Marty. Dans les années 1926-1928, la cellule de Rivesaltes des Jeunesses communistes fut animée par Émile Dardenne et son frère Adrien, Irène Calas* assurant alors la direction du Parti sur Rivesaltes.

En 1928, Émile Dardenne adhéra enfin au Parti communiste. Il militait également dans les rangs de la CGTU qui organisait alors la classe ouvrière rivesaltaise, et, en premier chef, les ouvriers agricoles. Au sein de la CGTU rivesaltaise les communistes jouaient un rôle important ; mais un groupe anarchiste, qui s’était manifesté à Rivesaltes au début des années 1920, était également présent dans les rangs des syndicats unitaires où ses militants se montraient fort actifs. En 1928, le 13 janvier, les ouvriers agricoles de Rivesaltes se mirent en grève. Ils demandaient une augmentation de 5 F par jour (leur salaire était alors de 20 F). Les grévistes comptaient sur l’appui de la puissante CGTU locale, du Parti communiste et, surtout, sur la municipalité communiste. La grève se poursuivit pendant plusieurs mois. La municipalité donna de l’argent aux ouvriers grévistes. Des travaux municipaux procurèrent à ces derniers quelques ressources supplémentaires. De son côté, la CGTU organisa la solidarité financière : des souscriptions en faveur des grévistes de Rivesaltes furent ouvertes dans l’Aude et dans l’Hérault. Vers la mi-février les patrons proposèrent un compromis : ils acceptaient 2,50 F d’augmentation pour la journée de travail. La cellule du Parti communiste se réunit et, après avoir longuement débattu du problème, accepta le compromis. Une délégation communiste composée de Raymond Brau*, Raoul Calas*, Joseph Cassuly* et Émile Dardenne se rendit auprès du comité de grève afin de le convaincre d’accepter le compromis - mais celui-ci refusa et la grève continua donc. La répression gouvernementale ne tarda guère. Deux cents gendarmes à cheval occupèrent Rivesaltes, en dépit de la protestation du maire communiste de la ville, Roujou* : ils chargèrent les ouvriers qui n’abdiquèrent pas en dépit de l’arrestation d’animateurs du comité de grève, dont le militant communiste, Joseph Cassuly. Les patrons, de leur côté, étaient intransigeants : tous, y compris les grands propriétaires, allèrent eux-mêmes tailler leurs vignes sous la protection des gendarmes. Peu à peu les ouvriers grévistes quittaient Rivesaltes et allaient s’embaucher ailleurs. La grève continuait, mais la classe ouvrière rivesaltaise venait de subir un grave échec. Vers juin 1928 une épidémie de mildiou décida définitivement du sort de cette grève, une des plus importantes qu’ait jamais menée la classe ouvrière catalane : un gros propriétaire proposa de donner 35 francs (soit 10 F de plus que ce que demandaient les ouvriers, au début de la grève, en janvier) par jour pour sulfater ; cette proposition fut bientôt suivie par l’ensemble des propriétaires de Rivesaltes, y compris les petits. Les derniers ouvriers grévistes reprirent le travail, en ordre dispersé, vaincus. C’en était fini de « Rivesaltes la rouge », le bastion du mouvement ouvrier catalan. Le syndicat CGTU des ouvriers agricoles de Rivesaltes disparut, entraînant dans sa chute ceux des ouvriers tonneliers, des charrons, etc., qui pendant toute la grève avaient été solidaires des agricoles. Dans la commune s’était instauré un rapport de forces nouveau. Les gros propriétaires, les gros négociants viticoles constituèrent un bloc anti-ouvrier qui s’organisa en vue des élections municipales du 6 mai 1929. Le Parti communiste perdit la mairie qu’il tenait depuis la scission de Tours. Émile Dardenne fut candidat lors de ces élections qui consacrèrent la déroute du mouvement ouvrier rivesaltais. Il fut également candidat au conseil d’arrondissement dans le canton de Rivesaltes (scrutin du 13 décembre 1931) ; il obtint 633 voix contre 1 797 à Jacques Frigola, radical socialiste, élu, et 607 à Louis Cantier.

Le Parti communiste subsistait, quoique très affaibli. Émile Dardenne, ainsi que quelques militants, parmi lesquels Joseph Cassuly œuvra à son renouveau. Peu après l’échec de la grande grève des agricoles, il fut élu secrétaire de cellule. Il fut un temps secrétaire du rayon de Rivesaltes et siégea au comité de la région du Midi du Parti communiste (à Béziers). En 1932 Fernand Castany* l’avait remplacé au secrétariat du rayon de Rivesaltes qui regroupait six cellules rassemblant « une quarantaine d’individus au maximum » (rapport du commissaire de police de Rivesaltes au préfet des Pyrénées-Orientales, 11 juin 1932).

Le changement de ligne du Parti communiste, consécutif au VIIe congrès de l’Internationale communiste eut pour effet de donner un souffle nouveau au rayon de Rivesaltes qui, à partir de décembre 1934 fut rattaché à la nouvelle Région catalane - voir Joseph Guisset* et Pierre Terrat*. Dardenne fut, à quelques mois d’intervalle, candidat à deux élections au conseil d’arrondissement de Perpignan dans le canton de Rivesaltes (scrutins des 7 et 14 octobre 1934 ; des 5 et 12 avril 1935). En octobre 1934, il obtint, au premier tour 1 116 voix contre 606 à Marc (radical-socialiste « autonome ») et 1 004 à Maury (radical-socialiste « de concentration ») et fut battu au second (Dardenne : 1 643 voix ; Maury : 1 923 voix). En avril 1935, il recueillit 718 voix au premier tour alors que les autres candidats rassemblaient respectivement sur leur nom : Alfred Sanac*, socialiste SFIO, 402 ; Jobé, union radicale, 760 ; Ferrer, radical indépendant, 145. Au second tour, candidat unique de la SFIO, il fut battu par François Jobé (par ailleurs conseiller municipal « anticommuniste » de Rivesaltes).

Le rapprochement avec la SFIO n’empêcha cependant pas le triomphe d’une liste réactionnaire aux élections municipales de mai 1935 : aucun candidat communiste (parmi lesquels Émile Dardenne) ne fut élu. Émile Dardenne conserva jusqu’en 1939 le secrétariat d’une des cellules communistes de Rivesaltes. Il fut élu également secrétaire de la section de Rivesaltes qui prit la succession du rayon : cette section groupait les cellules rivesaltaises et réussit à s’implanter à Baixas et à Espira-de-l’Agly. Émile Dardenne fit quelques vaines tentatives afin de créer une cellule à Vingrau, petite commune viticole des Corbières. Il joua un rôle important au sein du comité local de Front populaire de Rivesaltes, créé dans les mois qui précédèrent les élections législatives de 1936. Au premier tour il fit campagne pour le candidat du Parti communiste, André Gendre*. Au second tour, en accord avec le comité local de Front populaire de Rivesaltes, il soutint la candidature de Joseph Rous*, récemment exclu du Parti socialiste SFIO. Pendant la campagne électorale il porta la contradiction au député sortant, René-Victor Manaut, ancien sous-secrétaire d’État à la présidence du conseil sous le ministère Tardieu, lors de trente-six réunions publiques. D’ailleurs Émile Dardenne qui s’était affirmé comme un propagandiste de premier plan, depuis la fin des années 1920 et le début des années 1930 et, qui avait tenu de nombreuses réunions publiques en compagnie du vieux militant rivesaltais Joseph Cassuly, fut appelé à siéger au comité et au bureau de la Région catalane du Parti communiste : il compta parmi les membres de ces organismes jusqu’en septembre 1939, date de la dissolution du Parti communiste.

Pendant la guerre d’Espagne Émile Dardenne fut mis par son Parti à la disposition d’André Gendre* qui dans les Pyrénées-Orientales coordonnait les diverses activités du comité d’aide à l’Espagne républicaine. Il conduisit les camions dont Gendre avait la responsabilité et transporta de nombreuses marchandises en Espagne dont plusieurs tonnes de papier acheminées jusqu’à Port-Vendres (Pyrénées-Orientales) par un bateau norvégien. Il fit également franchir la frontière à des armes destinées à la République espagnole dans les camions citernes qu’André Gendre avait spécialement aménagés à cet effet. Pendant huit mois, il franchit le poste frontière du Perthus avec ses camions sans passeport, grâce à la complicité de fonctionnaires favorables à la cause de l’Espagne républicaine. Quand la préfecture des Pyrénées-Orientales se résolut enfin à lui délivrer un passeport, ce document portait la mention : « valable pour tous les pays sauf l’Espagne et l’Estonie ». Mais les policiers et les douaniers socialistes continuèrent de fermer les yeux. Émile Dardenne allait jusqu’à Paris où les convois à destination de l’Espagne chargeaient parfois des marchandises. Il acheminait celles-ci jusqu’à Barcelone et Valence. Il eut également l’occasion d’effectuer des transports destinés au ravitaillement des Brigades internationales. Il travailla comme camionneur du comité d’aide à l’Espagne républicaine jusqu’en 1938.

Il travailla chez Belanges, grand négociant en vins rivesaltais jusqu’en 1929. Puis il se fit embaucher comme conducteur de camions citerne (transport de vins) chez Bondy puis chez Dauré, négociants de Rivesaltes. Licencié pour motifs politiques, il s’embaucha ensuite comme cantonnier à l’entreprise Chevalier, spécialisée dans la réfection des voies de chemins de fer. Puis il travailla pendant quelque temps dans un mas près du Barcarès (Pyrénées-Orientales). C’est à ce moment que Raoul Calas* et Fernand Gély* lui proposèrent de travailler, sous la direction d’André Gendre, pour le comité d’aide à l’Espagne républicaine. Puis il abandonna ce « travail » pour s’embaucher comme caviste à la cave coopérative de Rivesaltes (1938). Dirigeant communiste aux plans local et départemental, Émile Dardenne milita dans les rangs de la CGT réunifiée.

Tant qu’il fut chauffeur de camions au service du comité d’aide à l’Espagne républicaine, il milita dans les rangs du syndicat local des chauffeurs routiers dont il fut le délégué au XXVIe congrès de l’UD-CGT (Perpignan, salle du Centro Español, 19 décembre 1937).

Il était également délégué par le syndicat du Tonneau de Rivesaltes dont le secrétaire, en 1937, était Bedos (Émile Dardenne qui était employé de chais à la cave coopérative de Rivesaltes milita également dans les rangs de ce syndicat). Lors de ce congrès, il vota contre le rapport moral présenté par Joseph Berta* qui fut mis en minorité. Il fut élu à la CA de l’UD-CGT des Pyrénées-Orientales. Délégué au XXVIIe congrès de l’UD-CGT des Pyrénées-Orientales, réuni au Boulou le 18 décembre 1938, il fut réélu à la CA par 157 voix.

Émile Dardenne siégea à la commission paysanne de la Région catalane du Parti communiste : il fut élu (ou réélu ?) à cette instance par le comité régional, réuni à la mairie de Millas (Pyrénées-Orientales) le 9 janvier 1938. Il avait été délégué des Pyrénées-Orientales au IXe congrès national du Parti communiste tenu les 25-29 décembre 1937 à Arles (Bouches-du-Rhône). Candidat aux élections au conseil général dans le canton de Rivesaltes (scrutin du 10 octobre 1937), il recueillit 651 voix au premier tour (Jean Jacquet* socialiste SFIO : 1 025 voix ; Rocaries, radical : 1 049 voix). Au second tour il se désista en faveur de Jean Jacquet qui fut élu.

Émile Dardenne fut mobilisé en 1938 au moment de l’affaire des Sudètes. Lors du déclenchement de la Deuxième Guerre mondiale, il fut à nouveau mobilisé et affecté au 28e régiment du génie à Montpellier (Hérault) dans une compagnie de cantonniers. Son unité gagna d’abord Bourg-en-Bresse (Ain) puis rejoignit le front, en Alsace. Au moment de l’offensive des armées allemandes, en juin 1940, elle se replia d’abord à Dijon (Côte-d’Or) puis à Reims (Marne). Renvoyé au dépôt d’Avignon (Vaucluse), le 14 juillet 1940, Émile Dardenne fut démobilisé en août de la même année.

Dans le rapport n° 3248 daté du 25 mai 1940 et destiné au général, commandant la 16e région militaire (Montpellier), le commissaire divisionnaire, chef des services de police spéciale de Perpignan, écrivait : « [...] Depuis le 2 septembre 1939, il [Émile Dardenne] n’est venu à Rivesaltes que lorsqu’il a bénéficié d’une permission. Il ne semble pas qu’au cours de ses permissions, il se soit livré à une activité suspecte quelconque. Il a cependant continué à fréquenter certains militants communistes ; il est difficile de savoir si cette fréquentation avait un but politique ou simplement des rapports d’amitié. Des renseignements recueillis, il résulte toutefois que Dardenne observe une prudente réserve et ne se livre à aucune propagande intempestive.

« À la suite d’une plainte anonyme déclarant que Dardenne et certains autres communistes s’étaient réunis clandestinement, j’ai organisé une surveillance discrète. L’enquête diligentée par mes soins, a confirmé la réalité des faits sus-énoncés, mais il ne m’a pas été permis de savoir si ce groupement de cinq communistes avait un caractère politique, cette réunion ayant eu lieu au domicile privé d’un nommé Gauze, militant communiste domicilié à Rivesaltes, rue du Four.

« Au cours de la surveillance établie les jours suivants il ne m’a pas été permis de constater la répétition de ces faits.

« Dardenne ne fait l’objet d’aucune remarque défavorable tant au point de vue conduite qu’au point de vue moralité et antécédents. C’est un exalté politique à idées communistes nettement arrêtées. Propagandiste actif avant les hostilités, orateur du parti en tant que secrétaire de la cellule de Rivesaltes, candidat malheureux aux dernières élections cantonales, Dardenne est, dans la localité, la personnalité communiste la plus marquante.

« Depuis la conclusion du Pacte germano-soviétique le susnommé ne s’est livré à aucune propagande suspecte [...]. »

Alors qu’il était sous les drapeaux, Émile Dardenne fut inculpé de « reconstitution de ligne dissoute » ; en son absence son domicile fut perquisitionné à deux reprises. On y trouva une affiche « portant atteinte à la sécurité nationale » (gouvernement général d’Algérie, département d’Oran, centre de séjour surveillé de Bossuet, procès-verbal de renseignements concernant Émile Dardenne, 16 février 1942). Dès son retour à Rivesaltes, le 7 (ou le 8 ?) août 1940, le tribunal correctionnel de Perpignan le condamna à une peine d’un an de prison avec sursis. Le 8 septembre 1940, il fut interné au château de Montgey (Tarn) en vertu d’un arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales daté 28 août 1940. Il fut ensuite interné successivement dans les « centres de séjour surveillé » de Rivel (Aude), Saint-Sulpice (Tarn), Djelfa (département d’Alger). Le 21 avril 1941 il fut transféré au camp de Bossuet (département d’Oran). À Rivel, il reprit contact avec Firmin Pélissier*, vieux militant communiste catalan qui s’était évadé d’un « centre de séjour » et vivait clandestinement à Chalabre (Aude) où il travaillait comme jardinier. Pélissier donnait des tracts à Dardenne qui les introduisait clandestinement dans le camp. Comme il avait fait appel du jugement rendu par le tribunal correctionnel de Perpignan - voir ci-dessus - auprès du tribunal de Montpellier (Hérault), il fut pendant un temps incarcéré à la prison de cette ville. La cour d’appel de Montpellier confirma le jugement rendu par le tribunal correctionnel de Perpignan : un an de prison avec sursis. Émile Dardenne fut toutefois renvoyé au « centre de séjour surveillé » de Rivel. À Djelfa, il participa à la grève pour la libération de Roger Garaudy ; une semaine plus tard, il était transféré à Bossuet (département d’Oran).

En 1941, sa femme formula auprès des autorités une demande de libération. Toutefois dans le rapport n° 8718, en date du 3 octobre 1941 qu’il adressait au préfet des Pyrénées-Orientales le commissaire principal des services de police de Perpignan émettait un avis défavorable : « [...] Sa femme et ses deux enfants demeurent à Rivesaltes et occupent une maison appartenant à Dardenne. Elle possède en outre quelques propriétés qui lui permettent de vivre. À mon avis, et dans l’intérêt national, la demande de libération formulée par Madame Dardenne ne mérite pas d’être accueillie favorablement. La libération de Dardenne serait mal accueillie à Rivesaltes et la population saine de cette ville pourrait manifester son mécontentement ». La demande de l’épouse d’Émile Dardenne fut cependant transmise aux services du gouvernement général d’Algérie qui fit rédiger par la direction du camp de Bossuet le procès-verbal que nous avons cité plus haut (16 février 1942). D’après ce document Dardenne « [...] n’a pas été surpris à la signature du Pacte germano-soviétique car il pensait que cela pouvait contribuer à la paix. Ne peut signifier son attitude envers le Parti communiste, ce parti étant dissous. S’engage au cas où il serait libéré à signer une déclaration sur l’honneur de fidélité au Maréchal et à se conformer aux ordres du gouvernement ». Le procès-verbal contenait en outre des renseignements quant à l’attitude d’Émile Dardenne pendant son incarcération à Bossuet : il y travaillait comme aide-cuisinier et était considéré comme « discipliné ». Le 5 juillet 1942, le préfet d’Oran (p 10, le secrétaire général aux affaires musulmanes et à la police générale) pouvait annoncer à son collègue des Pyrénées-Orientales, dans un télégramme, la libération d’Émile Dardenne, « en exécution d’une dépêche de M. le chef du gouvernement » datée du 28 avril 1942. Toutefois le gouvernement général d’Algérie, le 14 juin 1942, signalait au préfet des Pyrénées-Orientales que la libération n’était que conditionnelle, pour une durée de trois mois. De retour à Rivesaltes, Émile Dardenne reprit son travail à la cave coopérative viticole de la commune dont le président, Joseph Ablard, dans une lettre au préfet des Pyrénées-Orientales (20 septembre 1940), avait demandé sa libération car il avait des « connaissances approfondies » de son métier et que son absence créerait « des perturbations dans notre cave coopérative ».

Libéré conditionnellement, en tant que syndicaliste, Émile Dardenne fut peu après son retour perquisitionné à deux reprises. Après l’occupation de la zone sud par les forces armées allemandes, en novembre 1942, il fut convoqué au siège de la Gestapo à Perpignan. À la suite de cette convocation, il quitta Rivesaltes de nuit, à bicyclette et alla se cacher dans une baraque dans les Corbières près de Maury (Pyrénées-Orientales). Il revint ensuite à Rivesaltes où il se cacha dans une maison sûre.

Émile Dardenne fut contacté par l’organisation clandestine du Parti communiste et par le Front national. Peu avant la Libération il participait pleinement aux activités de ces deux organisations.

Membre du Comité départemental de Libération des Pyrénées-Orientales, il y représentait « la paysannerie ». Il participa à la nomination des municipalités provisoires des Pyrénées-Orientales et s’occupa de la répression des collaborateurs locaux. Il siégea également à la commission du comité départemental de Libération chargée d’organiser le ravitaillement.

Émile Dardenne fut également membre du Comité local de Libération de Rivesaltes. Il fut nommé adjoint au maire de cette ville dans la municipalité provisoire qui fut en fonction jusqu’aux élections d’octobre 1947. Candidat sur la liste présentée par le PCF à ce scrutin il fut battu. Candidat lors du renouvellement des conseils généraux dans le canton de Rivesaltes (scrutin de septembre 1945) il fut battu par Jean Jacquet* maire socialiste SFIO de Rivesaltes. Il se présenta aux élections cantonales de mars 1949 et fut battu à nouveau par Jacquet. De la Libération jusqu’en 1971 (scrutin de mars), Émile Dardenne fut candidat à toutes les élections municipales à Rivesaltes : à chaque fois il fut battu, ainsi que ses colistiers du PCF.

Entre 1945 et 1960 il siégea pendant quelque temps, et à plusieurs reprises au comité de la fédération communiste des Pyrénées-Orientales. De 1945 à 1958, il siégea au comité de la section communiste de Rivesaltes ; au cours de cette même période il fut un temps secrétaire de section. De 1945 à 1974, il fut secrétaire d’une des cellules communistes de Rivesaltes. Un « rapport confidentiel » de la direction générale de la sûreté nationale (Renseignements généraux) daté 15 janvier 1949 trace un portrait d’Émile Dardenne et fait état de l’influence qu’il exerçait sur la population rivesaltaise : « [...] caviste [...], M. Émile Dardenne jouit à Rivesaltes d’une grande sympathie dans tous les milieux politiques, tout d’abord par son esprit dépourvu de tout sectarisme.
« Il entretient de bonnes relations avec les représentants des divers partis, que ce soit avec ceux du Parti socialiste comme ceux du parti radical-socialiste ».
Depuis 1971, Émile Dardenne assume la lourde tâche de directeur-gérant du Travailleur catalan, l’hebdomadaire de la fédération communiste des Pyrénées-Orientales. Il représente cet organe de presse lors des divers procès qui lui sont intentés par ses adversaires politiques.

Émile Dardenne alimentait régulièrement la chronique rivesaltaise du Travailleur catalan. Chaque semaine, il écrivait un article où il traitait de politique générale et, vulgarisait la ligne du PCF, ou bien pourfendait de sa plume les représentants locaux des partis de droite.

Jusqu’à la veille de sa mort, le 21 juin 1989, il alimenta régulièrement la chronique rivesaltaise du Travailleur catalan.

Marié le 24 août 1932 avec Adeline Danoy, nièce d’un militant guesdiste, Joseph Barthès, Émile Dardenne était le père de deux filles, Adrienne et Josette.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article21445, notice DARDENNE Émile, Louis, Dominique par André Balent, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 3 février 2011.

Par André Balent

SOURCES : RGASPI, Moscou, 495 270 3925. — Arch. Dép. Pyrénnées-Orientales, versement du cabinet du préfet (16 septembre 1959), liasse 60 (personnes surveillées ou internées par le régime de Vichy) : divers rapports cités ci-dessus dans la présente notice biographique ; versement du cabinet du préfet (13 septembre 1951), liasse 64 (Parti communiste 1932-1933), rapport du préfet des Pyrénées-Orientales au ministre de l’Intérieur (21 juin 1932) et annexes ; liasse 177 (Parti communiste et SFIO, 1934) rapport du préfet des Pyrénées-Orientales au ministre de l’Intérieur (28 décembre 1934) et annexes. — Le Travailleur Catalan, août 1936-juillet 1939 ; n° des 23-29 juin 1989, nécrologie. — L’Action syndicale, janvier 1938, janvier 1939. — Le Socialiste des Pyrénées-Orientales, 10 octobre 1937, 30 décembre 1937, 23 décembre 1938. — Annuaire-Guide des Pyrénées-Orientales, Chastanier et Alméras, Nîmes, 1937. — Notice DBMOF, par André Balent. — Roger Bernis, Les Pyrénées-Orientales sous la IVe République, thèse dactylographiée de Droit, Montpellier, 1971. — Roger Bernis, Roussillon politique. Du réséda à la rose..., Le Temps de quatrième (1944-1958), Toulouse, Privat, 1984. — Michel Cadé, Le parti des campagnes rouges. Histoire du Parti communiste dans les Pyrénées-Orientales, 1920-1939, Marcevol, Le Chiendent, 1988. — Ramon Gual & Jean Larrieu, Vichy, l’occupation nazie et la résistance catalane, II a, Els Alemanys fa (pas massa) temps, Prades, Terra Nostra, 1996, 424 p. ; II b, De la Résistance à la Libération, Prades, 1998. — Interview d’Émile Dardenne, militant du PCF à Rivesaltes, 1974.

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