LAVOYE Jean [pseudonyme dans la Résistance : Jeanton]

Par Vanessa Michel

Né le 4 mai 1919 à Port-la-Nouvelle (Aude), mort le 16 août 2003 à Narbonne (Aude), ouvrier métallurgiste, électricien puis vendeur de fruits et légumes ; membre du Parti communiste (PCF) et de l’Organisation spéciale (OS), résistant au sein des Francs-tireurs et partisans (FTP).

Portrait de Jean Lavoye

Jean Laurent Coindreau est né le 4 mai 1919 à Port-la-Nouvelle (Aube), de Berthe Julie Coindreau, bijoutière et de Laurent Marc Raymond Lavoye, horloger. Il fut autorisé à porter le nom de son père Lavoye, au mariage de ses parents, le 27 septembre 1943.
Jean adhéra dès 1935 ou 1936 aux Jeunesses communistes et aurait pu être, selon un témoignage, délégué pour l’Aude des JC.
Domicilié à Narbonne, il commença en 1937 à réaliser du trafic d’armes vers l’Espagne et aurait même tenté à plusieurs reprises de rejoindre les Brigades internationales, ce que son jeune âge a empêché.
Il se maria avec Carmen Torralba, réfugiée espagnole, le 19 février 1939, et divorça le 30 novembre de la même année.
Il fit la connaissance de Jean Chaumeil lors de la préparation du congrès des Jeunesses communistes d’Issy-les-Moulineaux en avril 1939.
Incorporé le 25 octobre 1939 à Angoulême, au 502ème régiment de chars de combat, il fut réformé début mars 1940, pour des soucis de santé importants à l’oreille.
En 1940 (ou en 1941), il rencontra sa compagne Suzanne Renée Juhem. Charlotte Delbo évoqua qu’ « à l’automne 1940, Suzanne et son ami décident de leur bon gré d’aller travailler en Allemagne – on ignore sur quels emplois – et partent pour Nuremberg. Quelques mois plus tard, Jean C. [Coindreau, donc Lavoye], qui est tombé gravement malade, est renvoyé en France. » En l’état des recherches, il n’existe pas de preuves de la présence de Jean en Allemagne, bien qu’il reste possible qu’il s’y soit rendu –par exemple sur ordre du Parti.
Jean fut rapidement membre de l’Organisation spéciale (OS) en région parisienne. Jeanton, le verlan de « Ton Jean », devint son pseudonyme. Il indiqua avoir été responsable du matériel dans le secteur Paris-Est.
Sous les ordres de Jean Chaumeil, il aurait procédé à des distributions de tracts en banlieue parisienne en 1940-1941 et se serait occupé de la distribution de la presse communiste clandestine pour le secteur Paris-Est.
Jean Lavoye pratiqua deux sabotages dans l’usine Técalamit à Paray-Vieille-Poste (Essonne) qui l’employait comme ouvrier régleur.
Le 5 mai 1942, il participa sous les ordres de François Sautet au sein du « groupe de Villejuif », à une opération de récupération d’arme sur un agent de la Paix - à proximité de l’arrêt de la porte d’Ivry du bus de petite ceinture.
Deux camarades devaient détourner l’attention de l’agent, Georges Margueriteau était chargé de l’étourdir et Jean Lavoye de veiller à leur protection. L’action échoua et Margueriteau et Lavoye furent rapidement appréhendés par deux agents de patrouille à bicyclette, fouillés et contrôlés. Lavoye profita d’un moment d’inattention pour s’échapper. La brigade spéciale (BS) 2 antiterroriste de Paris fut saisie de l’enquête et interpella Margueriteau (pris sur le fait), François Sautet, puis Pierre Herz. Tous les trois furent incarcérés à la Santé à Paris et fusillés en tant qu’otages, le 11 août 1942, au Mont-Valérien.
Le 6 mai 1942, Jean fuit la région parisienne. Deux jours plus tard sa compagne, Suzanne Renée Juhem, fut longuement interrogée par la BS2, mais elle ne dira jamais rien contre Jean. Relâchée, elle fut néanmoins remise aux Allemand le 27 octobre 1942.
Incarcérée dans un centre de rassemblement des étrangers, au camp de Mignères-Gondreville, elle fut ensuite internée à Fort de Romainville, puis transférée le 22 janvier 1943 au camp de Royallieu à Compiègne. Déportée au camp de concentration d’Auschwitz, par le convoi du 24 janvier, elle y décéda en mars 1944, à l’âge de 30 ans.
Lavoye partit dans le Nord-Pas-de-Calais où il poursuivit, semble-t-il, des actions de sabotage au sein d’un groupe de FTPF, tout en étant employé comme bûcheron.
Le 5 septembre 1943, il fut d’après son témoignage accueilli dans le groupe « Libération » de Treignac, et prit le pseudonyme Andreotti.
Il serait très vite repris en charge par les FTPF et envoyé dans le Puy-de-Dôme, où il entra pourtant dans la sizaine de l’Armée secrète (AS) du Puy-Chopine début octobre 1943. Stéphane Luc-Belmont le nomma rapidement chef de la sizaine. Apparemment, Jean devait récupérer les hommes et l’armement des MUR pour le compte des FTPF, mais Belmont l’arrêtera avant…
Lavoye fut donc affecté à l’équipe spéciale de Clermont-Ferrand, rattachée au service B. (les renseignements), sous les ordres d’Henri Sintes dit Moro.
Commissaire aux effectifs de l’équipe, il participa à des récupérations d’armes, à de nombreuses actions de récupérations (notamment d’essence à proximité de la gare de Volvic-P.O., et à celle de Pontgibaud, au prélèvement de tickets de rationnement à la mairie de Chamalières…), et à au moins une tentative d’élimination.
Il assura la préparation et le montage de l’opération du Milliard de la Banque de France, du 9 février 1944 en gare de Clermont, où son groupe récupéra plus d’un milliard de francs avant leur partance pour Corbeil.
Jeanton se chargea d’emmener le gros du Trésor dans sa cache provisoire le soir de l’action, et surveilla ce dépôt avant d’accompagner Henri Sintes pour le redistribuer en divers endroits du Puy-de-Dôme. Si l’opération de récupération se déroula parfaitement, plus de cent millions disparurent dans les heures et jours suivants le coup, ce qui fut considéré comme une erreur par la direction du Parti. On peut donc supposer que la disparition d’Henri Sintes et sa compagne en septembre 1944 est le résultat d’une liquidation sanctionnant ces fautes. Jean Lavoye enrevanche ne fut pas inquiété, bien qu’il ait lui aussi été un des responsables de l’opération.
Jean écrivit qu’il fut ensuite envoyé, sur « ordre du Parti », à Paris et dans le Pas-de-Calais, pour écouler les Déméter détourné. Il fut arrêté en pleine mission, début avril 1944, dans une souricière en gare d’Arras.
D’abord incarcéré dans cette ville, il aurait été transféré devant la « Cour spéciale de Douai » le 19 mai, puis emprisonné à la prison de Douai-Coincy.
Jeanton aurait été condamné à mort par un tribunal allemand en 1944 - même si les recherches n’ont pas encore permis de retrouver ce jugement et qu’il n’existe trace que d’une condamnation de 1942.
Il fut libéré avant l’exécution de sa sentence par les Alliés, alors que la majorité des détenus de Douai avaient été déportés, le 1er septembre 1944.
Jean Lavoye fut successivement affecté FFI, section d’Arras, de septembre à décembre 1944, affecté au grade de lieutenant fictif au bataillon région Aude-Narbonne en décembre, nommé sous-lieutenant au bataillon régional de l’Aude au 173ème régiment d’infanterie alpine, en avril 1945, élève à l’école des officiers d’Aix-en-Provence (d’où il sortit lieutenant), puis démobilisé avec le grade de sous-lieutenant du 173ème RIC le 18.07.45 ».
Arrêté début avril 1944, il resta emprisonné 5 mois, sans que sa possible condamnation à mort soit exécutée, alors même que les Allemands et les polices de zone Nord comme de zone Sud étaient parfaitement informés de ses actions et de son appartenance à l’OS, aux FTP et au Parti.
Jean Lavoye épousa Cécile Bousquet à Narbonne, le 16 juin 1945. Il « travailla dans les Hautes-Pyrénées en tant que Forestier, jusqu’en 1949 puis partit au Cameroun dans une exploitation forestière où son premier fils Patrick naitra à Yaoundé ». Jean revint en France en 1953, et devint conducteur d’engins sur le barrage des Camazes (Aude). Il perdit son travail « suite à une grève longue dont il était le meneur ».
Jean Lavoye rejoignit ensuite par hasard le groupe de l’homme d’affaires et membre du Parti communiste Jean-Baptiste Doumeng, et se retrouva en région parisienne à faire des agréages de beurre et œuf. Son deuxième fils Thierry naquit à Carcassonne en 1954, et « de fil en aiguille il se retrouva à travailler dans les fruits et légumes et se mit à son compte en tant qu’approvisionneur aux halles de Paris en 1960 ».
À cette date, Jean Lavoye aurait quitté « vraisemblablement » le Parti. Il resta approvisionneur de fruits et légumes à Rungis, jusqu’à la prise de sa retraite, en 1979.
Jean Lavoye entreprit ensuite les démarches pour faire reconnaître son parcours de Résistance. Elles « seront longues et semées d’embûches – 10 ans. »
Il fut homologué FFI et DIR (pour sa période d’emprisonnement à Arras et à Douai).
Jean Lavoye décéda à Narbonne le 16 août 2003. Il demeure le seul participant du Milliard à avoir eu sa biographie dans les « Carnets de l’Humanité », suite à son décès.
Lors de ses obsèques, à Cuxac-d’Aude, le secrétaire départemental du PCF Henri Garino a rappelé que « Profondément communiste, Jean restera toute sa vie fidèle à cet engagement, toujours défenseur d’un humanisme généreux, épris de justice sociale et imprégné des valeurs de la résistance. »
Malgré la longueur de son engagement et l’importance de certaines de ses responsabilités au sein du Parti, Jean Lavoye n’a pas de dossier biographique ni de dossier à la Commission centrale de contrôle politique des archives du PCF.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article214537, notice LAVOYE Jean [pseudonyme dans la Résistance : Jeanton] par Vanessa Michel, version mise en ligne le 13 avril 2019, dernière modification le 8 janvier 2020.

Par Vanessa Michel

Portrait de Jean Lavoye

Dossier individuel du Service historique de la Défense à Vincennes GR 16 P 344840.— Archives nationales 19890062/1.— Archives départementales du Pas-de-Calais M 5082/1.— Archives départementales de l’Aude RW 1818 .— Archives de la Préfecture de police de la Seine/Paris, site du Pré-Saint-Gervais (Seine-Saint-Denis) transcrite par M. Pierre Labatte : GB 100, 77 W 387-164887 et 77 W 298-152111 .— Archives familiales.—Témoignage de son fils par courriels, les 12 et 13 avril 2019 .—Gilles Lévy et Francis Cordet, À Nous, Auvergne !, Presses de la Cité, 1974.— Stéphane Luc-Belmont, De l’ombre à la lumière, Maquisards d’Auvergne 1942 – 1945, Autoédition, 2005 .— Eugène Martres, L’Auvergne dans la tourmente 1939-1945, de Borée, 1998.—Vanessa Michel, Le Milliard de la Banque de France - Clermont-Ferrand – 9 février 1944, éditions Ôtrement, 2019 .—L’Humanité, « Carnet », vendredi 22 août 2003.— memoirevive.org

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