DAROU Marcel, Henri, Élie

Par Yves Le Maner, notice revue par Gilles Morin

Né le 3 août 1896 à Hazebrouck (Nord), mort le 29 janvier 1986 à Hazebrouck ; instituteur ; syndicaliste et militant socialiste ; maire adjoint d’Hazebrouck (1935-1941, 1945-1965), député (1945-1958) puis sénateur (1961-1974) du Nord.

Assemblée nationale, Notices et portraits, 1956

Ouvrier agricole devenu chef cantonnier des Ponts et chaussées grâce à une formation autodidacte, le père de Marcel Darou s’efforça de conduire ses quatre enfants vers des études supérieures, malgré le décès de sa femme en 1907. Après des études à l’école des Ponts et Chaussées, le jeune Marcel suivit les cours de l’École normale de Nancy (Meurthe-et-Moselle) entre 1912 et 1914 et obtint le brevet supérieur en juillet 1914. Il exerçait depuis peu comme instituteur dans sa ville natale lorsqu’il reçut son ordre de mobilisation au 31e Régiment d’infanterie dans lequel il fit toute la guerre et fut blessé deux fois. Après cinq années passées au front, il fut démobilisé en 1919 ; pour sa conduite héroïque au combat, il fut décoré de la Croix de guerre (avec trois citations), de la médaille des évadés et reçut le titre d’officier de la Légion d’honneur.

Nommé instituteur à Predelles (1919) puis à Hazebrouck (1920), Marcel Darou ne vint au militantisme qu’à l’âge adulte. Mais, dès son adhésion au Parti SFIO en 1924, il devint l’un des plus ardents propagandistes socialistes dans la région rurale de la Flandre intérieure alors dominée par une idéologie conservatrice fortement empreinte de cléricalisme. Ayant également adhéré à la CGT en 1924, il devint secrétaire de la section d’Hazebrouck du Syndicat des instituteurs et de l’Union locale des syndicats ouvriers de la CGT d’Hazebrouck. Ayant rapidement accédé à la commission administrative de la Fédération socialiste du Nord, il participa à de nombreux congrès et organisa d’innombrables réunions de propagande avec la participation des « ténors » du Parti : Salengro, Lebas, Augustin Laurent et Marcel Déat. En 1933, il défendit notamment la motion « Vie socialiste » de Renaudel à la tribune du congrès fédéral du Nord.

Bras droit de Joseph Plateel*, Marcel Darou se présenta à de nombreuses élections grâce aux revenus de la librairie tenue par sa femme qui lui permettaient de prendre des congés sans solde afin de participer aux campagnes électorales. Battu aux élections législatives de 1932 et 1936 dans la 2e circonscription d’Hazebrouck, il fut élu premier adjoint au maire d’Hazebrouck en mai 1935 sur la liste de Plateel choisi comme maire. L’interdiction d’exercice dans la commune où un enseignant détenait un mandat électif contraignit Darou à prendre un poste à Morbecque pendant trois ans où il fut nommé directeur d’école en 1935. À la rentrée de 1938, il put revenir à Hazebrouck et fut élu secrétaire général de l’Union locale CGT de cette ville en 1939.

À nouveau mobilisé le 27 août 1939, Darou participa à la campagne de France et fut fait prisonnier à Dunkerque le 4 juin 1940 ; comme lors du premier conflit mondial, son courage lui valut la Croix de guerre avec palmes et la promotion au grade de commandeur de la Légion d’honneur. Rentré de captivité le 15 août 1941, il fut destitué de son mandat municipal par les autorités allemandes pour avoir refusé de se soumettre à la réglementation du travail obligatoire et du rationnement. Il siégea au Comité de Libération en 1944-1945, fut membre de la délégation municipale et se vit confirmer par le suffrage universel son mandat municipal d’adjoint en 1945 (il le conserva jusqu’en 1965, date à laquelle il perdit la mairie).

En 1946, Darou était vice-président de la Fédération départementale et membre du Comité central national de la FNCR (Fédération nationale des Combattants républicains). Il fut surtout un membre actif de la Commission administrative de la Fédération socialiste du Nord de 1948 à 1967. Il fut, sans succès, candidat aux élections au Conseil général en 1945, 1951, 1955, 1958 (Hazbrouck-Sud), 1964 et 1970, représentant la SFIO dans des cantons difficiles. Au sein du Parti socialiste, il anima au plan national la section des Anciens combattants de la Commission nationale d’études de la SFIO en 1953.

Marcel Darou, tête de liste socialiste dans la première circonscription du Nord, fut élu député en octobre 1945 et siégea à l’Assemblée nationale jusqu’en 1958, date à laquelle son siège lui fut ravi par Paul Reynaud, lors du rétablissement du scrutin par circonscription. Membre de la commission des pensions civiles et militaires et des victimes de la guerre et de la répression et des dommages de guerre à toutes les assemblées de la IVe République, il intervint lors du débat du budget 1946 à propos de la région dunkerquoise et déposa de nombreux textes et rapports parlementaires, notamment sur le dédommagement des ouvriers et ouvrières licenciés en application de la loi du 12 mai 1942. De 1946 à 1951, il a été secrétaire de la commission des pensions et fut juré à la Haute Cour de Justice. À partir de 1951, il siégea à la commission des Finances et à celle de la comptabilité, mais continua à privilégier l’action en faveur des anciens combattants, pour lesquels il rapporta plusieurs fois le budget, et s’intéressa aux problèmes de l’armée. Il fut aussi rapporteur sur les opérations électorales au Soudan en août 1951 et intervint en février 1955 dans le débat d’interpellation sur la politique gouvernementale en Afrique du Nord qui devait conduire à la chute du gouvernement Mendès France qu’il soutenait. En 1958, il siégea comme secrétaire de la commission des finances et avait été désigné en 1956 par cette commission pour représenter l’Assemblée nationale au sein du Comité financier du conseil d’administration de la Caisse autonome d’amortissement et de la Commission supérieure des caisses d’épargne.

Le 1er juin 1958, Darou refusa la confiance au général de Gaulle et il vota le lendemain contre l’octroi des pleins pouvoirs. Il fut un des plus actifs représentants du courant Gazier dans le Nord. Cette position fut à l’origine d’une courte traversée du désert. Il fut successivement battu lors des élections législatives de 1958, puis aux élections municipales et aux sénatoriales de 1959. Lors du référendum de janvier 1961, il préconisa dans le parti le vote nul. Mais, le 20 septembre 1961, Marcel Darou devint sénateur, en remplacement de Marcel Bertrand décédé. Il fut réélu le 26 septembre 1965 mais ne se représenta pas aux élections sénatoriales de 1974. Il avait alors soixante-dix-huit ans. Au Palais du Luxembourg, Darou présida la commission des Affaires sociales et fut, pendant dix ans, rapporteur de la commission chargée des problèmes des Anciens combattants ; il déposa régulièrement de nombreux projets de loi en leur faveur. Ses principaux discours depuis la guerre portaient sur la défense des Anciens combattants, sur les camps de déportation et sur les sinistrés.

Marcel Darou milita aussi toute sa vie dans les associations laïques et fut également pendant de nombreuses années, délégué départemental de l’Éducation nationale pour le Nord. Président national honoraire de la Fédération nationale des Anciens combattants républicains (il en avait été vice-président auparavant), il décéda dans sa quatre-vingt-dixième année le 29 janvier 1986.

Hormis les distinctions citées plus haut, Marcel Darou reçut de multiples décorations françaises et étrangères, civiles et militaires, dont le titre de Grand officier de la Légion d’honneur, d’officier de l’Ordre de Léopold (distinction belge).

Marié avec Bérangère Giron le 27 décembre 1919, il était père de trois enfants.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article21468, notice DAROU Marcel, Henri, Élie par Yves Le Maner, notice revue par Gilles Morin, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 7 juin 2010.

Par Yves Le Maner, notice revue par Gilles Morin

Assemblée nationale, Notices et portraits, 1956
Sénat

SOURCES : Arch. Nat., F/7/15531, n° 18059, F/1cII/205 ; 284 ; 305 ; 313 ; 321 ; 704. — Arch. Dép. Nord, M 37/90B et M 595/35. — J.-C. Héras, mémoire de maîtrise, Lille III, 1973, op. cit. — Rapports de congrès fédéraux du Nord, 1945-1969. — Arch. OURS, dossiers Nord et dossier personnel. — Dictionnaire des parlementaires français, 1940-1958, t. 3, op. cit.

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