DARRAS Henri, François

Par Gilles Morin

Né le 13 mars 1919 à Ronchamp (Haute-Saône), mort le 2 juillet 1981 à Grenoble (Isère) ; instituteur puis professeur ; militant et élu socialiste du Pas-de-Calais ; maire de Liévin (1952-1981), conseiller général du canton nord de Liévin (1945-1981), président du conseil général (1979-1981), député (1958-1981), conseiller régional (1973-1981).

[Assemblée nationale, Notices et portraits]

Dernier né d’une famille de cinq enfants, fils d’un ouvrier mineur syndicaliste réfugié durant la Grande Guerre en Haute-Saône, Henri Darras adhéra aux Jeunesses socialistes en 1934, tout en poursuivant ses études. Élève de l’École normale d’instituteurs d’Arras, titulaire du brevet supérieur en 1938, comme deux autres de ses frères, il devint professeur de cours complémentaire. Son frère aîné fut tué lors de la Seconde Guerre mondiale, période durant laquelle son père mourut de la silicose. Il appartint à Libération-Nord et fut décoré de la Croix du combattant volontaire de la Résistance.

Henri Darras se fit connaître dès l’âge de vingt-six ans comme conseiller général SFIO de Liévin. Alors benjamin de l’Assemblée départementale, il occupa ce siège pendant trente-six ans, du 30 septembre 1945 à son décès. En octobre 1945, il remporta la victoire au premier tour avec 17 000 voix, soit 4 000 de plus que le communiste Joseph Thiébault. Il fut immédiatement désigné à la commission départementale, fut élu 2e vice-président du conseil général en septembre 1946, puis secrétaire du conseil général en 1949-1951 et en 1955-1961. Il s’occupait plus particulièrement de la commission du développement économique et du bureau des affaires scolaires. De nouveau vice-président du conseil général de 1970 à 1979, il assuma l’intérim de la présidence pendant la maladie de Bernard Chochoy*, puis lui succéda le 8 janvier 1979 à son décès. L’assemblée départementale l’envoya siéger au conseil régional en 1973-1981.

Élu comme adjoint au maire de Liévin en octobre 1947, Henri Darras fut désigné maire de la ville en 1952 et le resta jusqu’à son décès.
Henri Darras figura en position non-éligible sur les listes socialistes pour les élections législatives durant toute la IVe République (octobre 1945, juin et novembre 1946, juin 1951 et janvier 1956). Il fut encore été présenté par les socialistes aux élections sénatoriales de 1958 et 1959.

Dans le cabinet de Bernard Chochoy*, secrétaire d’État à la Reconstruction et au Logement, Henri Darras fut chargé des relations avec l’Assemblée nationale, dans les gouvernements de Guy Mollet* et Bourgès-Maunoury, de février 1956 à novembre 1957. Il acquit ici l’expérience nationale qui lui faisait défaut.

Proche de Guy Mollet*, il siégea par ailleurs à la commission exécutive de la fédération socialiste du Pas-de-Calais de 1948 à 1963. Il se présenta sans succès au comité directeur de la SFIO aux congrès de 1951 et 1958. Secrétaire général de la Fédération départementale des élus socialistes, il appartenait au bureau de l’Association des maires du Pas-de-Calais.

Le changement de mode de scrutin aux élections législatives, avec le retour à l’arrondissement, devait donner sa chance au maire de Liévin. Il fut ainsi élu député de la 12e circonscription du Pas-de-Calais de 1958 à 1981, sans interruption. Il appartint à diverses commissions durant ces vingt-trois années de députation : la commission des Affaires culturelles en 1962-1967, la commission de la production en 1968-1973, celle de la défense nationale et des forces armées à partir de 1973. Il siégea aussi à l’Assemblée parlementaire européenne de 1959 à 1967. Réélu une dernière fois au Palais-Bourbon en juin 1981, il décéda le mois suivant.

À tous ces postes électifs et partisans, Henri Darras, fils d’un mineur mort silicosé à 100 %, élu de la mine et de la circonscription la plus ouvrière de France, se fit le défenseur d’un bassin minier en voie de liquidation, mais surtout des mineurs. Il se voulait le successeur de Lamendin*, Maës*, Louart*, Basly* et tenta de s’opposer, puis de freiner la fermeture du bassin, dénonçant dès sa première intervention à l’Assemblée le recours « aveugle » au pétrole, se battant ensuite pour la rénovation du bassin. Il avait aussi mené ce combat au niveau européen, en tant que délégué à l’Assemblée parlementaire européenne de 1959 à 1967.

Henri Darras appartint à la commission nationale des conflits de la SFIO, désigné aux congrès de 1960 à 1963. Il siégea aussi à sa commission des Affaires internationales en 1959.

Administrateur de l’Office départemental d’HLM à partir des années 1970, président de la société coopérative d’HLM de Lens, il était, au moment de son décès, vice-président de l’Association des communes minières et membre du bureau du conseil régional en 1980.

Marié, il était père de quatre enfants. Il mourut d’un arrêt cardiaque alors qu’il se trouvait à un congrès d’HLM à Grenoble. Pierre Mauroy*, Premier ministre, lui rendit hommage lors de ses obsèques.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article21474, notice DARRAS Henri, François par Gilles Morin, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 29 novembre 2008.

Par Gilles Morin

[Assemblée nationale, Notices et portraits]

SOURCES : Arch. Nat., F/1cII/296, 452, 671 : F/1cIV/154 ; CAC, 19830172, art. 72 et 75. — Arch. FJJ/6EF73/2. — Arch. OURS, dossiers Pas-de-Calais ; AGM 118, 119. — Rapports des congrès de la SFIO, 1944-1967. — Bulletin intérieur de la SFIO, n° 108. — Rapports des congrès de la fédération SFIO du Pas-de-Calais, 1945-1967. — Profession de foi, élections législatives juin 1946. — J. Derville, La Fédération socialiste SFIO du Pas-de-Calais, 1944-1969, thèse d’études politiques, FNSP, 1970. — Département du Pas-de-Calais, « Hommage à Henri Darras », s.d., 27 p. — Renseignements fournis par D. Lefebvre.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément