DARRAS Henri, Michel

Par Yves Le Maner, Claude Pennetier

Né le 31 janvier 1885 à Raches (Nord), mort le 27 février 1958 à Noyelles-Godault (Pas-de-Calais) ; ouvrier mineur ; syndicaliste et militant communiste du Pas-de-Calais.

Le père d’Henri Darras avait été mineur de fond à Sansvinge-les-Mines (Saône-et-Loire), puis révoqué à la suite d’une grève en 1901, il était venu dans le Pas-de-Calais. La famille était catholique ; l’affrontement fut rude avec son père l’orsqu’il annonça son adhésion à la Libre-pensée.
Descendu au fond dès l’âge de douze ans, Henri Darras ne connut qu’un seul lieu de travail, la fosse n° 4 des mines de Dourges (Pas-de-Calais) qu’il ne quitta qu’à l’âge de la retraite. Il participa aux grèves de 1902, 1906 et 1913. Comme beaucoup, sa jeunesse fut profondément altérée par la Première Guerre mondiale. Fait prisonnier dès les premiers jours du conflit, il dut subir quatre années de dure détention dans un camp situé en Westphalie.
Cette expérience, ainsi que la grande grève des mineurs du Pas-de-Calais à laquelle il prit part à son retour de captivité en 1919 l’incitèrent à participer plus ardemment à l’action politique et syndicale alors qu’il s’était contenté avant guerre de simples prises de carte à la CGT (1909) et au Parti socialiste SFIO (1914). Au lendemain du congrès de Tours, il se plaça dans le camp communiste et, après la scission syndicale, il devint secrétaire de la section CGTU des mineurs de Dourges. À ce titre, Henri Darras fut nommé à la commission exécutive du syndicat des mineurs unitaires du Pas-de-Calais et il siégea pendant plusieurs années à la CE de la Fédération CGTU du Sous-sol. Élu délégué mineur des fosses 4 et 4 bis des mines de Dourges en 1929, il conserva ce mandat jusqu’à son départ à la retraite.
Si l’action politique d’Henri Darras correspond à la carrière « classique » d’un responsable local du Parti communiste dans l’entre-deux-guerres, elle prend une dimension toute autre dans la mesure où elle s’intègre à la légende du communisme français. En effet, en tant que secrétaire-trésorier de la section puis cellule de Noyelles-Godault où il résidait, Henri Darras fut l’un des découvreurs de Maurice Thorez, natif de la commune, et l’initia aux tâches de base du militant : organisation des réunions, diffusion des journaux, etc. Henri Darras se contenta toujours d’un rôle strictement local en raison de sa faible formation théorique ; il fut cependant appelé à remplacer Georges Marouzé, promu à la direction régionale du SRI, comme secrétaire de la cellule n° 2 et du rayon d’Hénin-Liétard (sept cellules, plus de 200 adhérents) de 1932 à 1934.
Darras connut des fortunes diverses lors des élections au cours desquelles il représenta son parti : battu aux cantonales de 1934 et 1937 pour l’accès au conseil d’arrondissement, candidat malheureux à l’occasion des sénatoriales de 1933, il fut par contre élu maire de Noyelles-Godault à l’issue d’une élection partielle le 13 mars 1932, suite à la démission d’Hennebois. Son passage à la tête de la municipalité (1932-1935) fut marqué par de multiples incidents avec la préfecture et notamment par une suspension de fonctions d’un mois en 1932, pour un motif peu banal. Henri Darras s’attira en effet les foudres préfectorales pour « ne pas avoir rempli ses devoirs de maire » lors de la journée du 1er Mai : il avait ordonné de faire peindre en rouge les ampoules tricolores du monument aux morts de la commune et de recouvrir de rouge vermillon les écussons aux couleurs nationales qui ornaient ledit monument. Henri Darras fut pendant de longues années le correspondant local de nombreuses organisations contrôlées par le PC : trésorier de la section de l’ARAC de Noyelles-Godault, secrétaire de la section du SRI, il appartint également à la commission exécutive de « l’Union régionale des municipalités ouvrières et paysannes du Nord et du Pas-de-Calais », de sa création à Lille le 25 juin 1933 à mai 1935, date à laquelle il fut battu lors du renouvellement du conseil municipal de Noyelles. S’étant refusé à dénoncer le Pacte germano-soviétique, Henri Darras fut arrêté au début de l’année 1940. Interné à Seclin (Nord), puis transféré dans le Gard, il parvint à s’évader et à rejoindre le Vercors où il combattit dans le maquis.
À son retour dans le Pas-de-Calais en 1945 il reprit ses activités politiques et syndicales et fut notamment responsable régional des « retraités » du Parti communiste, et ce jusqu’à sa mort, en 1958.
Il eut deux filles, dont Julie Darras, députée communiste du Pas-de-Calais.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article21475, notice DARRAS Henri, Michel par Yves Le Maner, Claude Pennetier, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 29 novembre 2008.

Par Yves Le Maner, Claude Pennetier

SOURCES : RGASPI, Moscou, 495 270 5494. — Arch. Dép. Pas-de-Calais, M 182 (avec photographie), M 413, M 5221 et M 5304, 1 Z 1092. — Entretien avec sa fille, Mme Le Febvre-Darras. — Georges Sentis, Une famille de mineurs communistes. Les Darras de Noyelles-Godault, Lens, 1992, 298 p.

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