DARRAS Julie, Marie [épouse DELZENNE]

Par Claude Pennetier

Née le 13 avril 1910 à Courcelles-lès-Lens (Pas-de-Calais), morte le 30 décembre 2001 à Lagny-sur-Marne (Seine-et-Marne) ; ouvrière du textile puis cabaretière ; résistante ; dirigeante de l’Union des femmes françaises (UFF) ; députée communiste du Pas-de-Calais (1947-1951).

[Assemblée nationale, Notices et portraits]

Julie Darras naquit dans le coron de Courcelles-lès-Lens, au sein d’une ancienne famille ouvrière. Son grand-père paternel avait été mineur de fond à Sansvinge-les-Mines (Saône-et-Loire), puis révoqué à la suite d’une grève en 1901, était venu dans le Pas-de-Calais. Son père, Henri Darras, lui aussi mineur de fond, houilleur, avait notamment exercé la charge de maire de Noyelles-Godault. Du côté maternel, sa famille venait de Saône-et-Loire où son grand-père, également mineur, avait perdu son emploi à la suite des grandes grèves de 1901 : il était alors venu avec les siens dans le Pas-de-Calais, et y avait rapidement retrouvé une place dans les houillères. Sa mère était ménagère.

Après le certificat d’études primaires et un an au cours complémentaire d’Hénin-Liétard, Julie Darras fut placée comme domestique à Douai, chez un marchand en gros : « Mon caractère entier me fit chasser de plusieurs places. En fait je rêvais de travailler en usine » écrira-t-elle (Sentis, op. cit) Elle entra à l’usine Duriez de Seclin, comme ouvrière dans le textile, en octobre 1925. Elle travailla ensuite chez Wallaert avant de prendre en location, en 1934, un café à Noyelles-Godault. La grande salle du premier étage servit pour les réunions.

La tradition ouvrière et syndicaliste de sa famille et de la proximité avec Maurice Thorez qu’elle rencontra fréquemment dans le foyer familial au début des années 1920, l’orientèrent vers l’adhésion aux Jeunesses communiste en 1929 ; elle fut la seule jeune fille du cercle de Noyelles-Godault. L’adhésion au Parti communiste se fit en 1932 (« avec ma mère nous étions parmi les quelques femmes de la cellule de Noyelles-Godault »).

Entre-temps, elle s’était mariée en septembre 1930 avec un militant des Jeunesses socialistes, César Delzenne, né le 30 mars 1927 à Courcelles-lès-Lens. Après son certificat d’études, il travailla à l’usine métallurgique Sartiaux à Hénin-Liétard puis devint mineur de fond à la fosse 4 des Mines de Dourges à Noyelles-Godault. La famille Darras contribua à le convertir au communisme, non sans conflit avec la famille Delzenne « socialiste très anticommuniste ». César Delzenne alla travailler à la fosse 7 des Mines de l’Escarpelle à Courcelles. Julie Darras et César s’installèrent à la cité du village de Courcelles où leur fille naquit en 1932.

Pendant la « drôle de guerre », son café interdit à la troupe, fut réquisitionné par les Anglais. Son père, très actif comme syndicaliste et militant politique, fut arrêté dès le 30 mars 1940, et il resta incarcéré jusqu’à la fin des hostilités. Julie Darras et sa mère furent stoppées par les Allemands lors de leur tentative d’exode, Julie reprit donc son café où les Allemands succédèrent aux Anglais. Recontacté par l’organisation clandestine des Jeunesses communistes, elle fut mise en rapport indirect avec « la Parisienne » (Madeleine Vincent*).

Son mari participa en janvier 1941 à la première grève des mines de l’Escarcelle, puis à la grève de mai-juin 1941. Pour échapper à l’arrestation, il quitta le Nord le 9 septembre 1941 mais fut arrêté en janvier 1944 dans la région de Chartres, puis déporté dans un camp allemand où il mourut le 15 avril 1945. Le couple avait une fille, Ginette, Marie Delzenne, née le 17 avril 1932, décédée le 24 février 1988.

Julie Darras participa à des actions locales comme l’accrochage du drapeau tricolore le 14 juillet 1941. Son café fut perquisitionné le 5 février 1942 et elle fut arrêtée par les gendarmes. Emprisonnée à la prison de Béthune, elle fut condamnée, le 2 avril 1942, à deux ans de prison par la Section spéciale de la cour d’appel de Douai pour reconstitution d’organisation dissoute. Elle aurait dû être libérée fin décembre 1943 mais les autorités la gardèrent jusqu’au 17 février 1944. Dès son retour à Noyelles-Godault, elle fut contactée par le Parti communiste qui lui fit emplir une « bio » transmise à Émilienne Galicier. Elle fut nommée responsable des comités féminins pour le secteur ouest du bassin minier, bientôt épaulée par Yvonne Dumont*, envoyée par le national et par Valentine Lagache, responsable pour le Nord.

Sa conduite pendant les hostilités lui valut la Croix de combattant volontaire de la Résistance.

Julie Darras fit partie de la commission politique désignée par le comité central du PCF tenu à Ivry-sur-Seine les 21-23 janvier 1945. Elle fut également membre du bureau fédéral du Pas-de-Calais jusqu’en 1951.

Membre « à titre auditif » du Comité départemental de Libération du Pas-de-Calais, nommé conseiller municipale d’Avion en septembre 1944, elle fut élue, le 20 mai 1945, adjointe au maire d’Avion (Pas-de-Calais). Elle fut également responsable départementale de l’Union des femmes françaises dans le Pas-de-Calais. Elle conduisit sans succès la liste communiste à Noyelles-Godault en 1947. Il semble que dès cette époque une situation conflictuelle se soit installée entre son père et Auguste Lecœur. Elle attribua certains de ces revers à l’hostilité de Lecœur, cependant il faut tenir compte des modifications de la mémoire après l’exclusion de Lecœur. En 1946, elle fut appelée par la direction de l’UFF à Paris et collabora avec Claudine Chomat.

Figurant en quatrième position sur la liste communiste présentée, lors des élections du 21 octobre 1945 pour la première Assemblée nationale Constituante, dans la deuxième circonscription du Pas-de-Calais (circonscription d’Arras), Julie Darras ne fut pas élue, la liste communiste, avec 120 540 voix sur 361 413 suffrages exprimés, emportant trois des huit sièges à pourvoir. Toujours candidate, en quatrième position de la liste communiste conduite par Auguste Lecœur dans le Pas-de-Calais, aux élections du 2 juin 1946 pour la seconde Assemblée nationale Constituante, elle ne fut à nouveau pas élue, la liste avec 122 122 voix sur 371 411 suffrages exprimés, conservant ses trois sièges.

Julie Darras figura à nouveau en quatrième position sur la liste communiste présentée dans la deuxième circonscription du Pas-de-Calais aux élections du 10 novembre 1946 pour la première législature de la IVe République, mais le Parti communiste, avec 131 605 voix sur 369 892 suffrages exprimés, n’avait toujours que trois élus. Cependant, Nestor Calonne, maire d’Hénin-Liétard, ayant démissionné le 23 décembre suivant, la nomination de Julie Darras en remplacement fut validée par l’Assemblée nationale le 28 janvier 1947.

Très active, elle ne déposa pas moins de dix-neuf textes parlementaires, relatifs pour la plupart à des problèmes de ravitaillement et de Sécurité sociale, à la situation des femmes et à des problèmes régionaux (notamment les accidents dans les houillères). Elle intervint en outre très fréquemment à l’occasion des manifestations et des grèves dans les bassins miniers du Pas-de-Calais, de la Loire et du Gard au cours de l’automne 1948.

Julie Darras ne fut pas candidate aux élections de juin 1951. Jeannette Prin* lui fut préférée, sous l’influence, disait-elle, de Lecœur. Roger Pannequin évoque la faible estime que lui aurait portée Jeannette Vermeersch (op. cit., p. 158-159).

Elle vécut, à partir de 1953, avec un dirigeant de l’ANACR nommé Courtois, qui fut chargé de la gestion de la maison de convalescence de l’ANACR à Penne d’Agenais.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article21476, notice DARRAS Julie, Marie [épouse DELZENNE] par Claude Pennetier, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 6 août 2021.

Par Claude Pennetier

[Assemblée nationale, Notices et portraits]

SOURCES : DPF 1940-1958, op. cit. — Arch. comité national du PCF. — Georges Sentis, Une famille de mineurs communistes. Les Darras de Noyelles-Godault, Lens, 1992. — Roger Pannequin, Adieu camarades, Sagittaire, 1977. — René Bargeton, « Le Comité départemental de Libération du Pas de Calais », 1997 (p. 138-139). — Notes de Jean-Pierre Besse et Christian Lescureux. — État civil de Courcelles-lès-Lens.

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