SIMON Claude, Jacques, Pierre

Par Jacques Defortescu

Né le 10 janvier 1931 à Bayeux (Calvados) ; mort le 23 mai 2022 à Caen ; militant du Mouvement de la Paix ; prêtre ouvrier dans le Calvados.

Claude Simon et Michel Fugain au Havre en 1977 à l’occasion de Juin dans la rue.

Claude Simon est né à Bayeux (Calvados). Il avait cinq frères et sœurs : Jacques né le 3 septembre 1923 à Caen, Robert né également le 3 septembre 1923, Norbert, né le 23 janvier 1925 à Caen, Gérard né le 23 juin 1928 à Bayeux, Monique née le 12 octobre 1932 à Saint-Martin-des-Entrées.
Son père Jules Simon, membre du Parti communiste de 1920 à 1939, fut d’abord ouvrier agricole puis employé de bureau à la Société Métallurgique de Normandie (SMN), magasinier chez Félix Potin à Paris et employé aux cuisines dans un lycée technique. Sa mère fut employée de maison de 1908 à 1922. Elle adhéra à l’Union des Femmes Françaises après 1945 ce qui influença directement Claude Simon.
Claude Simon fit ses études secondaires, deux ans de philosophie et trois ans de théologie.Embauché en juillet 1950 comme manœuvre aux Glacières du Midi à Béziers, il fit plusieurs métiers successivement à Neuilly sur Marne , Toulouse, Marseille, Montchanin, Migennes, Le Havre.

Dès 1939, alors qu’il avait huit ans, des réfugiés espagnols fuyant le régime de Franco arrivèrent à Fougères en Ille-et-Vilaine ou habitait à l’époque Claude. Cela marqua à jamais la volonté de Claude Simon de prendre position contre la guerre. En effet, les enfants de son âge réfugiés étaient très marqués, jambes enflées et bleues à cause du froid et des kilomètres parcourus.. Pendant la guerre, les Allemands occupant Fougères, Claude Simon et trois ou quatre copains de l’école dessinaient des croix de Lorraine sur les murs de la ville et arrachaient les affiches de la LVF.
En 1943, alors que Claude Simon avait douze ans, un officier allemand fut tué et en représailles dix otages furent envoyés en Allemagne ; 4 à 500 habitants de Fougères assistèrent au départ. Dans la foule un homme cria « Vive de Gaulle ! » Sur l’ordre de leur officier les soldats allemands braquèrent alors leurs fusils sur la foule pendant de longues minutes.Ils ne firent pas feu ! Ce fut pour Claude Simon sa première manifestation pour la paix !
En 1950, signataire de l’ appel de Stockholm (Le Conseil mondial de la paix ,réuni à Stockholm, lança, le 19 mars 1950, « l’appel de Stockholm » qui exigeait notamment « l’interdiction absolue de l’arme atomique »), Claude Simon s’engagea ponctuellement dans les actions du Mouvement de la Paix, contre la guerre d’Indochine et pour le libération d’Henri Martin.
Rappelé en Algérie en 1956, Claude Simon déclara ouvertement son accord pour l’indépendance algérienne, et chantait "Le Déserteur" de Boris Vian. Parti sergent, il redevint 2e classe,
En 1956, Claude Simon adhéra au Mouvement de la Paix, il devint membre du bureau départemental du Mouvement de la Paix des Bouches du Rhône de 1958 à 1962.
En juin 1958, Claude Simon s’engagea dans l’Église comme prêtre de « la Mission de France ». Il vécut, comme beaucoup de "prêtres ouvriers " un déchirement, suite à l’interdiction papale de 1954, de ne pouvoir vivre l’existence commune des travailleurs.
Il resta militant devenant tour à tour, membre du bureau départemental du Mouvement de la paix de Saône-et-Loire de 1962 à 1963, puis secrétaire départemental de l’Yonne du Mouvement de la paix de 1964 à 1969, puis secrétaire du Mouvement de la paix du Havre puis départemental de 1970 à 1991. Il était depuis 1965, membre du Conseil National du Mouvement de la paix.
En 1991, ayant rejoint le Calvados, il entra au bureau départemental du Mouvement de la paix du Calvados.
En 1960, il s’était fait arrêter lors d’une manifestation à Marseille contre la guerre en Algérie. Après deux jours de prisons et une grève de la faim, fiche anthropométrique et prises d’empreintes digitales, il fut présenté au substitut du procureur de la République menottes aux poignets. Poursuivant sa lutte pour la Paix, Claude Simon, prit la parole lors d’une manifestation nationale « Contre la force de frappe » à Montreuil en 1963, devant plus de 20 000 participants, à la demande du Mouvement de la Paix de Saône-et-Loire.
C’est en 1965, que Claude Simon participa à son 1er congrès mondial de la Paix à Helsinki, celui-ci fut suivi de beaucoup d’autres notamment Berlin, Moscou, Varsovie, Sofia, Prague etc. À ces occasions, il rencontra Jean-Paul Sartre, Pablo Neruda et Mme Allende.
En 1970, il subit la répression policière (matraqué aux épaules et au dos) lors d’une manifestation nationale parisienne contre la guerre au Vietnam.
En 1977, Claude Simon, devenu salarié de la Mairie du Havre, était également membre fondateur d’un Centre de Loisirs et d’Échanges Culturel (CLEC) du Havre à Soquence (un quartier Est du Havre), à ce titre il participa à une initiative prise par la municipalité du Havre dans le cadre de « Juin dans la rue ». Cette année de 1977 était consacrée au thème « Un soir d’été dans un Havre de Paix » avec le chanteur Michel Fugain et sa troupe du « Big Bazar » en résidence pendant 6 mois au Havre. Chaque quartier choisissant un thème et une couleur pour un grand-spectacle et un défilé en ville prévu pour le 18 juin 1977. Le CLEC de Soquence ayant choisi le thème  : « La revendication, la lutte » ses membres participants décidèrent de se vêtir de rouge pour la manifestation. Claude Simon élabora à cette occasion un poème : « Les Gueux ». Pour accompagner "Le Chiffon Rouge" célèbre chanson de Michel Fugain et Maurice Vidalin, qui fut reprise en studio. La 1ère interprétation publique eut lieu dans le gymnase Pierre de Coubertin, ou tous les participants furent rassemblés pour une ultime répétition avant le spectacle qui fut donné sur une scène face à l’Hôtel de ville du Havre devant 40 000 spectateurs. La chanson fut ensuite reprise dans de nombreuses luttes syndicales et politiques , devenant l’ hymne de « Radio-Lorraine- Cœur d’acier » qui fut fondée le 17 mars 1979 par la CGT dans la ville de Longwy, en Meurthe-et-Moselle, pour lutter contre les fermetures d’usines dans le milieu sidérurgique.
En 1985, Claude Simon participa dans l’espace Niemeyer du Havre au Festival de la Jeunesse et de la Paix organisé par la municipalité d’André Duroméa et Mouvement de la Paix.
En 1990, dans le Théâtre de l’Hôtel-de-ville du Havre Claude Simon organisa avec le Maire du Havre André Duroméa et le secrétaire national du Mouvement de la Paix, ainsi que l’évêque Jacques Gaillot, une soirée sur le thème de la Paix.
En décembre 1990, CGT, Mouvement de la Paix, PCF, Union des femmes françaises,rejoins par d’autres groupes, organisèrent une grande manifestation dans les rues du Havre contre la guerre du Golfe qui était en préparation.
Ce farouche artisan de la paix, fut également un syndicaliste de qualité.
Dès le 20 mai 1968, alors qu’il travaillait chez un artisan maçon, il convainquit ses camarades de participer au grand mouvement revendicatif.
Embauché à la Ville du Havre, il fut secrétaire de la section syndicale des territoriaux CGT des ateliers de l’architecture, et membre du secrétariat du syndicat CGT actifs et retraités de la Ville du Havre en qualité de secrétaire à l’information.
Dans le début des années 1980, un conflit démarra au garage municipal et dans le service propreté à propos des conditions de travail, des salaires et de la création de postes dura 8 jours d’actions et de négociations. Les revendications furent en grandes parties satisfaites par la municipalité d’Union démocratique.
Pendant 18 ans, de 1994 à 2012, il fut avec une rescapée du génocide rwandais et son mari, coresponsable d’une "Association de soutien aux orphelins du Ruwanda".
De 1995 à 2016, Claude Simon fut membre du Conseil Départemental de l’Union Syndicale des Retraités (USR) CGT du Calvados.

Il s’opposa bien souvent à la hiérarchie catholique. Notamment en protestant contre le licenciement de Jacques Gaillot évêque d’Evreux, en 1995, mais également auprès de Pierre Pican, l’évêque de Bayeux pour protester contre la candidature d’un professeur d’école catholique, dans des élections locales, sous l’étiquette du Front National.
Il écrivit aussi à Jean-Paul II pour protester contre son soutien à Pinochet.
Il était membre avec les trois autres "prêtres ouvriers" du Calvados, de l’Équipe de chrétiens et chrétiennes classe ouvrière du secteur de Caen (ECCO), collectif membre de la Fédération du Parvis. (Catholiques d’ouverture, protestants libéraux, ces chrétiens sont regroupés au sein d’une quarantaine d’associations françaises depuis 1999 par les Réseaux du Parvis, un passage ouvert, c’est un espace de rencontres, de débats).
Claude Simon fit partie d’un grand nombre d’associations : après France-Urss, il adhéra à France-Amérique Latine, l’ARAC, aux associations de soutien au peuple palestinien, et au peuple sahraoui, à Amnesty international, à la Ligue des droits de l’Homme et de soutien aux sans-Papiers et aux migrants.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article214902, notice SIMON Claude, Jacques, Pierre par Jacques Defortescu, version mise en ligne le 23 avril 2019, dernière modification le 25 mai 2022.

Par Jacques Defortescu

Claude Simon et Michel Fugain au Havre en 1977 à l’occasion de Juin dans la rue.

SOURCES : Questionnaire rempli par Claude Simon en avril 2019. — Communistes au Havre- Histoire sociale, culturelle et politique (1930- 1983), PURH -2009, page 466. — Le Fil Rouge, n° 48, journal départemental d’Histoire Sociale de l’IHS Cgt 76 - été 2013. — Michel Fugain, Des rires et une Larme, 2008, éditions Succès du Livre. "Le Havre-La rebelle" de Jean-Pierre Levaray édité par l’ UL Cgt du Havre aux éditions Libertalia- septembre 2017-
Prêtres et ouvriers -Une double fidélité mise à l’épreuve -1944-1969 par Charles Suaud et Nathalie Viet-Depaule éditions Karthala- mai 2004- voir page 553.

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