D’ATTILIO Henri

Par Jean-Claude Lahaxe

Né le 4 février 1927 à Châteauneuf-les-Martigues (Bouches-du-Rhône), mort le 12 novembre 2008 à Marseille (Bouches-du-Rhône) ; cadre de Sud-Aviation (l’Aérospatiale) à Marignane (Bouches-du-Rhône) ; maire de Châteauneuf-les-Martigues, conseiller général et conseiller régional, député puis sénateur socialiste.

[Coll. privée de la famille]

Henri d’Attilio suivit des études primaires puis secondaires à Châteauneuf. Après avoir obtenu le brevet élémentaire, il commença à travailler le 1er mars 1942 dans la cave vinicole de cette localité. Il y resta jusqu’au 14 septembre 1949. Il trouva ensuite une place dans l’entreprise Cinzano (il y côtoya son père Ange qui y avait créé la section Force ouvrière). En 1954, Henri d’Attilio entra à la Société nationale de constructions aéronautiques du Sud-Est (la SNCASE est devenue Sud-Aviation en 1957 puis l’Aérospatiale en 1970) en tant que cadre du service achat. C’est au sein de cette entreprise qu’il acheva sa vie professionnelle en 1983. Il était alors devenu responsable de ce service.

La vie militante d’Henri d’Attilio débuta avec son adhésion au Parti socialiste SFIO en 1945. Il se syndiqua par ailleurs à Force ouvrière et fut à ce titre élu délégué du personnel de Cinzano. En avril 1953, ainsi que l’avait été son père (en mai 1945 et en octobre 1947), il devint un des membres de l’équipe municipale dirigée à Châteauneuf-les-Martigues par Armand Audibert. En compagnie de son père, il soutint ce dernier lors des législatives de mars 1967 dans la 10e circonscription des Bouches-du-Rhône (arrivé en 3e position derrière René Rieubon, le candidat communiste, Armand Audibert se retira). Henri d’Attilio fut élu pour la première fois maire de cette localité le 22 novembre 1970 (en 1977 et 1983, il fut en particulier désigné par la totalité du conseil municipal). Il exerça par la suite plusieurs mandats de conseiller général : dans le canton de Marignane de mars 1979 à mars 1985, puis dans celui de la Côte Bleue le 29 mars 1992. C’est face à André Nouar, le candidat du Front national, qu’Henri d’Attilio conserva ce siège lors du second tour du 22 mars 1998. Il siégea aussi au conseil de la région PACA de mars 1982 à mars 1986.

Ce statut d’élu solidement implanté sur le terrain fit très vite d’Henri d’Attilio un personnage influent au sein de la fédération socialiste des Bouches-du-Rhône. Il lui permit en particulier de jouer un rôle important lors de la préparation du congrès de Rennes (15 au 18 mars 1990). En apportant, au nom de sa section de la Côte bleue, un millier de voix à Laurent Fabius, il fit basculer sa fédération en faveur de la motion présentée par ce dernier. À l’issue du congrès, ce texte recueillit 28,9 % des suffrages, talonnant de très près celui soutenu par Pierre Mauroy, Lionel Jospin et Louis Mermaz (qui obtint 29 % des suffrages). L’appui apporté par Henri d’Attilio permit ainsi indirectement à Laurent Fabius de devenir premier secrétaire du Parti socialiste en janvier 1992.

Henri D’Attilio exerça aussi des responsabilités nationales. Premier député élu dans la douzième circonscription des Bouches-du-Rhône, il sortit en particulier vainqueur des trois duels qu’il livra au second tour à des cadres nationaux du Front national. Il battit tout d’abord Jean-Pierre Stirbois le 12 juin 1988. Député des Hauts-de-Seine sortant et secrétaire général du FN, ce dernier Stirbois était chargé de conquérir cette circonscription dans le cadre de la stratégie d’implantation de ce mouvement dans le Midi. Dans un contexte national difficile pour les partis de gauche, Henri d’Attilio dut ensuite affronter Bruno Megret en mars 1993. Délégué général du Front national depuis 1988, chargé de la formation, de la communication, de la propagande, des études et des manifestations, ce dernier était de plus, depuis mars 1992, conseiller régional PACA. Fort de tous ces atouts, il devança assez nettement Henri d’Attilio à l’issue du premier tout (27,53 % des suffrages exprimés contre 19,36 %). Bruno Megret crut alors pouvoir bénéficier de l’apport des voix qui s’étaient portées sur les candidats RPR et Divers droite. Une solide implantation dans la 12e circonscription des Bouches-du-Rhône et sa capacité de rassembler au-delà de son camp permirent finalement à Henri d’Attilio de l’emporter au second tour avec 50,48 % des suffrages exprimés. En dépit de l’installation en juin 1997 de Catherine Megret à la mairie de Vitrolles, il devança plus nettement Bruno Megret le 1er juin 1997 avec 54,1 % des voix exprimées.

Chargé d’une mission temporaire qui se prolongea au-delà des six mois réglementaires, Henri d’Attilio fut remplacé par son suppléant Vincent Burroni. En septembre 1998, il remit un rapport sur le développement des nouvelles technologies d’information et de communication dans les collectivités locales. Le 27 de ce même mois, il fut élu sénateur des Bouches-du-Rhône.

Henri d’Attilio déploya une grande activité en tant qu’élu national. À l’Assemblée nationale, il appartint, entre autre, à la commission des affaires culturelles, familiales et sociales et à celle des finances, de l’économie générale et du Plan. Au Sénat, il cosigna plusieurs propositions de lois sur la reconnaissance du génocide arménien de 1915 (session de 1998/1999), sur la sincérité des listes électorales et les sanctions à apporter aux propos discriminatoires (session 1999/2000), sur le droit à la réparation des orphelins de victimes mortes en déportation (session 2000/2001).

Ces multiples activités nationales n’écartèrent pas pour autant Henri d’Attilio des réalités du terrain. Lorsque, durant l’année 2000, se posa la question de l’intercommunalité, il afficha son refus d’« aller à l’Ouest » en s’associant avec des localités riveraines de l’Etang de Berre et se prononça en faveur du rattachement de sa commune à la communauté urbaine de Marseille. En septembre, de la même année, il devint membre de la Commission consultative de l’environnement de l’aérodrome de Marseille-Provence. Henri d’Attilio fut de ceux qui intervinrent pour que l’écomusée de la Sainte-Baume soit inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO. Il se montra par ailleurs un défenseur actif du Provençal. Il remporta une dernière fois les élections municipales en mars 2001.

Henri d’Attilio conserva ses multiples mandats électoraux jusqu’à ce que son état de santé le force progressivement à se retirer de la vie politique. Le 9 mars 2003, à l’issue du second tour d’une municipale partielle, Vincent Burroni lui succéda à la tête de la municipalité de Châteauneuf-les-Martigues. Le 23 décembre 2004, le Conseil constitutionnel prononça sa déchéance de plein droit de son mandat de sénateur. Henri d’Attilio est titulaire de la Médaille du Travail (au titre de ses vingt-cinq années d’activité professionnelle), de la Médaille d’Honneur départementale et communale (Argent). Il est en outre Chevalier de la Légion d’honneur et Chevalier des Palmes Académiques. Henri d’Attilio est décédé le 12 novembre 2008 à Marseille.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article21512, notice D'ATTILIO Henri par Jean-Claude Lahaxe, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 9 novembre 2015.

Par Jean-Claude Lahaxe

[Coll. privée de la famille]
[Sénat]

SOURCES : Arrêté préfectoral du 19 septembre 2000. — Sites officiels de l’Assemblée nationale et du Sénat. — Arch. Com. Châteauneuf-les-Martigues, procès-verbaux d’installation des conseils municipaux de mai 1945 à mars 2001. — Comptes rendus des élections parus dans la presse locale. — Le Provençal, 28 février 1967 (photo). — La Provence, 1er février 2000. — Déclarations des 6 janvier 1999 et 9 août 2006.

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