ZUMER Chaskiel

Par Marie-Cécile Bouju et Zoe Grumberg

Né le 1er avril 1904 à Horodenka (Pologne), mort le 12 avril 1973 à Paris (XXe arr.) ; militant du Bund ; résistant.

Fils de Isaac Zumer et de Maria Fau, qui travaillaient dans le négoce de grain, Chaskiel Zumer est né le 1er avril 1904 à Horodenka, en Pologne, dans une famille juive pratiquante. Il étudia à l’école juive puis à l’école polonaise (lorsqu’il parlait de l’école après-guerre il disait être allé à « l’école normale ») avant de suivre des cours dans une école de menuiserie (formation qu’il n’a peut-être pas terminée). En 1928, il était président du Bund d’Horodenka.

À la fin des années vingt, il quitta son pays en raison de l’antisémitisme et de son engagement politique, qui le mettait en danger. Il avait notamment été repéré à la suite d’un rassemblement de jeunes militants alors qu’il faisait parallèlement son service militaire. Exfiltré par le Secours rouge allemand, il rejoignit ses sœurs militantes juives communistes en Allemagne. Il fut également hébergé par la famille de Karl Liebknecht. Ne pouvant pas obtenir le droit d’asile en Allemagne, il entra illégalement en France en 1930, avec l’aide du Secours Rouge International. En France, il retrouva son frère, qui n’était pas communiste.

Grâce à la Ligue des Droits de l’Homme, il obtint le droit d’asile politique en France. De nationalité polonaise, il exerçait le métier de monteur en tricot et était syndicaliste, probablement dans la branche juive du syndicat du textile de la CGTU (Confédération Générale du Travail Unitaire). Le 29 avril 1933, il fut arrêté pour avoir écrit sur les murs « les mots d’ordre du 1er mai », vraisemblablement à l’appel du Secours rouge. Il vivait avec une compatriote et militante qui mourut en couche en donnant naissance à leur fils Karol en 1934. À la suite du décès de sa compagne, il se mit en couple avec Chana Igla, elle aussi militante. Le couple eut un premier enfant ensemble, un fils nommé Maxime, en 1937.

Entre juin 1940 et mai 1941, Chaskiel Zumer exerçait le métier d’ouvrier à domicile, au 4 rue Pillet, dans le IXe arrondissement de Paris. Le 16 août 1941, à Pantin, il fut arrêté avec Hilaire (Hillel) Gruszkiewicz pour s’être livré à du « marché noir ». Le journal collaborationniste l’œuvre écrit en effet, dans son numéro du 16 août 1941, que Chaskiel et Hilaire Gruszkiewicz « se livraient à un trafic important de bonneterie, qu’ils revendaient à des prix bien au-dessus des cours ». Les deux hommes auraient entreposé la marchandise dans un entrepôt où le magistrat en charge du dossier découvrit, lors d’une perquisition, plus de 500 000 francs de marchandises. Il est possible que cette action ait été réalisée dans le cadre de l’engagement communiste des deux hommes. Ces derniers furent d’ailleurs libérés sous caution, payée par le PCF clandestin. À la suite de sa libération, Chaskiel Zumer partit en zone libre, pendant que ses enfants étaient cachés dans des familles, probablement par l’intermédiaire des femmes juives communistes. Chana rejoignit ensuite son mari et le couple entra dans la clandestinité. De 1941 à 1943, Chaskiel était membre du service technique du Comité militaire national (CMN) du PCF, en charge du tirage et de la reprographie (polycopie et ronéo-portative) de tracts et de journaux clandestins. Après leur création en 1942, il rejoignit les FTP, probablement dans les groupes juifs de la MOI.

À partir de juillet 1943, à Lyon, il exerça la même activité dans les services techniques, mais pour le compte de 65 départements. Il travaillait avec Alter Goldman, R. Lestech et Jacques Ravine, trois résistants juifs communistes. Dans ce cadre, il semblerait qu’il soit entré en contact avec le bataillon Carmagnole, le groupe juif lyonnais des FTP-MOI, a priori sans l’avoir rejoint. En août 1943, il fut nommé responsable technique interrégional pour les groupes de combats de l’Union des Juifs pour la Résistance et l’entraide (UJRE). Dans ce cadre, en juillet 1944, il fut chargé d’organiser la répartition des armes dans la région et participa à de nombreux combats, notamment pour la libération de Villeurbanne. Il coordonna les effectifs des cinq départements de la région lyonnaise (Isère, Rhône, Haute Loire, Loire, Ardèche), soit 1500 jeunes de l’UJRE. Sa femme, Chana, adhérente au groupe de combat juif, convoyait régulièrement des tracts et journaux résistants (Front National, Undzer Vort, Fraternité) dans la région lyonnaise et grenobloise.
Le 16 septembre 1944, alors que Lyon était libéré depuis le 3 septembre, Chaskiel et Chana donnèrent naissance à Juliette, le troisième enfant de Chaskiel, née à Sainte-Foy-lès-Lyon. Durant la Résistance, Chaskiel avait pris différentes identités : José Lopes et Henri Smouts. Après-guerre, il fut décoré de la croix de combattant volontaire 1939-1945, avec le grade de lieutenant. Dans une attestation, un certain Mr Loriguet témoigna du fait que Chaskiel avait travaillé pour le Front National (mouvement communiste de lutte pour la liberté et l’indépendance de la France fondé en 1943) depuis sa création jusqu’à la Libération.

Chaskiel Zumer n’obtint jamais la nationalité française. Il était apatride mais avait une carte de résident privilégié, en raison de son engagement résistant. Il travaillait sur les marchés où il vendait de la confection pour homme avec sa femme qui, naturalisée française par mariage blanc dans les années trente, employait officieusement son mari. Chana était choriste dans la Chorale Populaire juive de Paris (une chorale appartenant au « secteur juif » du PCF). Chaskiel, qui était communiste, ne militait plus activement après la guerre, notamment en raison de son statut d’apatride et du risque d’expulsion. Il vécut toute sa vie dans une forme de clandestinité : après-guerre, il prenait des précautions constantes pour acheter l’Humanité, ne se rendait jamais en voiture à la Fête de l’Huma de peur que des policiers relèvent la plaque, etc. Le couple vivait à Ménilmontant, quartier de résidence de nombreux Juifs d’origine polonaise.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article215443, notice ZUMER Chaskiel par Marie-Cécile Bouju et Zoe Grumberg, version mise en ligne le 11 mai 2019, dernière modification le 2 janvier 2021.

Par Marie-Cécile Bouju et Zoe Grumberg

SOURCES : Arch. PPo 77 W 2865 461222. — SHD GR 16 P 608135. — Attestation FFI-FTPF. — État civil. — La Défense : organe de la Section française du Secours rouge international, 12 mai 1933, p. 4. — « Toujours le marché noir », L’Œuvre, 16 août 1941, p. 4. — Zoé Grumberg, Militer en minorité ? Le « secteur juif » du Parti communiste français de la Libération à la fin des années cinquante, Thèse de doctorat, Sciences Po Paris, 2020. — Jacques Ravine, La Résistance organisée des Juifs en France (1940-1944), Paris, Julliard, 1973. — Entretien de Juliette Zumer et Myriam Amselle avec Zoé Grumberg le 18 décembre 2020.

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