LÉVÈQUE Marie, Marcelle [épouse RATIER]

Par Dominique Tantin, Isabel Val Viga

Née le 29 septembre 1917 à Saint-Laurent-sur-Gorre (Haute-Vienne), massacrée le 10 juin 1944 à Oradour-sur-Glane (Haute-Vienne) ; cultivatrice ; victime civile.

Marie, Marcelle Lévèque
Marie, Marcelle Lévèque
crédit : Isabel Val Viga

Marie Lévèque était la fille de Louis (née le 18 février 1885, à Saint-Cyr), charron, et de son épouse Françoise née Frugier (née le 28 aout 1891, à Saint-Laurent-sur-Gorre). Ses parents s’étaient mariés le 27 avril 1909 à Saint-Laurent-sur-Gorre.
Elle avait une sœur cadette, Marguerite Angèle (née le 25 février 1911, à Saint-Cyr) épouse de Victor Albert Malherbe.
Le 23 octobre 1937 à Oradour-sur-Glane, elle épousa Raymond Martial Émile François Ratier (né le 8 septembre 1913, à Oradour-sur-Glane). De cette union naquit une fille prénommée Anne Marie Françoise* (née le 7 septembre 1938, à Oradour-sur-Glane).
Elle était domiciliée avec sa famille à Orbagnac à Oradour-sur-Glane.
Son époux échappa au massacre, il était prisonnier de guerre en Allemagne.
Elle était la nièce par alliance de Simon Rouffanche* époux de Marguerite Thurmaux, parents de Jean*, Amélie* épouse d’André Peyroux (parents de Guy*), Andrée Françoise*.
« (…) Marie Ratier, d’Orbagnac, est dans la même situation. Sa fille Annie, âgée de cinq ans, est à l’école. Raymond, son mari, est prisonnier. Marie, comme celles du Mas-du-Puy, n’écoute que son devoir de mère et se rend à Oradour. »
« (…) Le groupe dont je fais partie est conduit par des soldats armés jusqu’à l’église. Il comprend toutes les femmes de la ville, en particulier les mamans qui entrent dans le lieu saint, en portant leurs bébés dans les bras ou en les poussant dans leurs petites voitures. Il y a là, également, tous les enfants des écoles. Le nombres des personnes présentes peut être évalué à plusieurs centaines. Entassés dans le lieu saint, nous attendons, de plus en plus inquiets, la fin des préparatifs auxquels nous assistons. Vers 16 heures, des soldats, âgés d’une vingtaine d’années, placent dans la nef, près des cœur, une sorte de caisse assez volumineuse, de laquelle dépasse des cordons qu’ils laissent traîner sur le sol. Ces cordons ayant été allumés, le feu est communiqué à l’engin dans lequel une forte explosion, soudain, se produit et d’où une épaisse fumée noire et suffocante se dégage. Les femmes et les enfants, à demi asphyxiés et hurlant de frayeur, affluent vers les parties de l’église où l’air est encore respirable. (Dans la sacristie), je m’assois sur une marche d’escalier. Ma fille vient m’y rejoindre. Les Allemands (…) abattent sauvagement ceux qui ont cherché refuge ici. Ma fille est tuée près de moi, d’un coup de eu tiré de l’extérieur. Je dois la vie à l’idée que j’ai de fermer les yeux et de simuler la mort. Une fusillade éclate dans l’église ; puis de la paille, des fagots, des chaises, sont jetés pêle-mêle sur les corps qui gisent sur les dalles. (…) Je profite d’un nuage de fumée pour me glisser derrière le maître-autel. Je me dirige vers la plus grande des trois fenêtres de l’église (celle du milieu). A l’aide d’un escabeau qui servait à allumer les cierges, je tente de l’atteindre. Je me hisse jusqu’à elle, comme je peux. Le vitrail étant brisé, je me précipite par l’ouverture qui s’offre à moi. Je fais un saut de trois mètres. (…) Je m’aperçois que j’ai été suivie, dans mon escalade, par une femme qui, du haut de la fenêtre, me tend son bébé. Elle se laisse choir pères de moi. Les Allemands alertés par les cris de l’enfant, nous mitraillent. Ma compagne et le poupon sont tués. Je suis moi même blessée en gagnant un jardin voisin. Dissimulée parmi des rangs de petites pois, j’attends, dans l’angoisse, qu’on vienne à mon secours. Je ne suis délivrés que le lendemain, vers 17 heures. »
Elle fut victime du massacre perpétré par les SS du 1er bataillon du 4e régiment Der Führer de la 2e SS-Panzerdivision Das Reich et brûlée dans l’église avec sa fille, ses cousines et l’ensemble des femmes et des enfants d’Oradour-sur-Glane. Sa tante fut également enfermée dans l’église avec les femmes et les enfants, mais réussit à s’échapper. Son oncle et son cousin furent mitraillés puis brûlés dans l’une des six granges dans lesquelles les hommes furent massacrés.
Marie Lévèque obtint la mention « Mort pour la France » par jugement du tribunal de Rochechouart du 10 juillet 1945.
Son nom figure sur le monument commémoratif des martyrs du 10 juin 1944 à Oradour-sur-Glane.
Sa tante, retournera habiter à Oradour-sur-Glane lorsque le nouveau village fut construit, elle sera témoin au procès de Bordeaux en 1953, et décède le 23 mai 1988 à Saint-Junien, inhumée à Oradour-sur-Glane.
Son époux, sera un habitant du village provisoire avec ses parents qui échappèrent au massacre, habitant Orabagnac à Oradour-sur-Glane, hameau non raflé le 10 juin 1944. Il décède le 18 février 1996 à Saint-Junien, inhumé à Oradour-sur-Glane.
Ses parents, seront des habitants du village provisoire. Son père décède le 25 septembre 1963 à Oradour-sur-Glane et sa mère le 6 février 1980 à Limoges, sa sœur le 25 mai 2000 à Limoges, tous les trois inhumés à Oradour-sur-Glane.
Voir Oradour-sur-Glane

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article215510, notice LÉVÈQUE Marie, Marcelle [épouse RATIER] par Dominique Tantin, Isabel Val Viga, version mise en ligne le 14 mai 2019, dernière modification le 11 janvier 2020.

Par Dominique Tantin, Isabel Val Viga

Marie, Marcelle Lévèque
Marie, Marcelle Lévèque
crédit : Isabel Val Viga
Marie, Marcelle Lévèque et sa fille Anne-Marie, Françoise Ratier
Marie, Marcelle Lévèque et sa fille Anne-Marie, Françoise Ratier
crédit : Isabel Val Viga
plaque famille Ratier - Lévèque, cimetière Oradour-sur-Glane
plaque famille Ratier - Lévèque, cimetière Oradour-sur-Glane
crédit : Isabel Val Viga
plaque famille Lévèque - Ratier, cimetière Oradour-sur-Glane
plaque famille Lévèque - Ratier, cimetière Oradour-sur-Glane
crédit : Isabel Val Viga

SOURCES : Liste des victimes, Centre de la Mémoire d’Oradour-sur-Glane. — Guy Pauchou, Dr Pierre Masfrand, Oradour-sur-Glane, vision d’épouvante, Limoges, Lavauzelle, 1967, liste des victimes, pp. 138-194. — MémorialGenWeb. — Archives État civil de la Haute-Vienne, actes de naissances, mariages, décès, recensements. — Louys Riclafe et Henri Demay, Paroles de miraculés, témoignage de Marguerite Rouffanche née Thurmaux, éditions L’Harmattan (p67-68). — Albert Valade, Oradour, 10 juin 1944, la page de catéchisme, éditions de la Veytizou sarl (p72).

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