JÉGO Louis Marie Bernard

Par Gauthier Langlois

Né le 16 avril 1826 à Auray (Morbihan), mort 23 juillet 1867 à Le Palais (Morbihan) ; ex agent voyer à Sarzeau (Morbihan) ; réfugié à Jersey, suite au coup d’État du 2 décembre 1851, dans la communauté des proscrits animée par Victor Hugo.

Jégo photographié à Jersey entre 1853 et le 1er novembre 1855
Jégo photographié à Jersey entre 1853 et le 1er novembre 1855
(Source : Maison de Victor Hugo - Hauteville House à Guernesey, Album Asplet, fol. 38)

Né à Auray, gros bourg sur la route de Vannes à Lorient, il fut déclaré à l’État-civil fils de Pierre Marc Jégo, chapelier âgé de 31 ans et de Marie Jeanne Corsein, en présence de Louis Marie Leroux chapelier âgé de 42 ans, oncle de l’enfant et de Jean Joseph Jégo, boucher âgé de 38 ans, oncle de l’enfant.

Louis Marie Bernard était cousin avec Pierre-Marie Jégo, charron qui avait participé à l’insurrection de juin 1848 à Paris. Républicain engagé comme son cousin, il s’opposa au coup d’État du 2 décembre 1851. La Commission mixte Morbihan le condamna à l’expulsion, motivée par les faits suivants : « Au 2 décembre, il était agent voyer à Sarzeau. Il a donné sa démission, en termes violents, fit son testament, eut soin de prendre un passeport pour se ménager des moyens de fuite et se rendit à Auray pour y tenter un mouvement qui ne manqua que par des circonstances indépendantes de sa volonté. »

Il se réfugia à Jersey dans la communauté des proscrits animée par Victor Hugo. Il y retrouva un compatriote d’Auray, Augustin Le Floch. Il obtint le 2 février 1853 une grâce accordée par le chef de l’État mais demeura à Jersey.

Avec Claude Victor Vincent, François Tafery et Kosiell, il travaillait comme ouvrier à l’atelier de l’Imprimerie Universelle créée par les proscrits à Jersey, et qui imprimait le journal L’Homme dirigé par Charles Ribeyrolles. Les exilés rêvaient de prendre leur revanche. C’est pourquoi certains furent facilement convaincu par un proscrit aidé par La Fraternité, Julien Hubert, de revenir en France participer à un attentat contre Napoléon III, prélude à une insurrection. Il s’agissait, outre Jégo, de Félix Jarrassé, Arsène Hayes, Bertrand Gigoux, Sylvain Fameau et Adolphe Rondeau.

Les faits sont rapportés ainsi par Victor Hugo : « Vers la fin de septembre [1853], on vit [Julien Hubert] débarquer à Jersey, par le steamer Rose. Le lendemain de son arrivée, il reprit Hayes à part et lui déclara qu’un coup allait se faire ; (...) que son avis, à peu près accepté, était de faire sauter un pont de chemin de fer sous le passage de « Badinguet » ; — que tout était prêt, hommes et argent ; — mais que le peuple n’avait confiance qu’aux proscrits ; qu’il allait donc retourner à Paris pour la chose, lui Hubert ; et qu’ayant pris part à tous les coups depuis 1830, il ne voulait, certes pas faire défaut à celui-là ; — mais que lui ne suffisait pas ; qu’il fallait dix proscrits de bonne volonté pouvant se mettre à la tête du peuple dans l’action ; — et qu’il était venu les chercher à Jersey. Il termina en disant à Hayes : — Veux-tu être un des dix ? —Parbleu, dit Hayes. Hubert vit d’autres proscrits et leur fit les mêmes confidences avec le même mystère, disant à chacun : « Je ne dis cela qu’à vous ». Il enrégimenta entre autres, outre Hayes, Jego, qui se relevait d’une fièvre typhoïde, et Gigoux auquel il affirma que son nom, à lui Gigoux, « remuerait les masses ». Ceux qu’il recrutait ainsi pour les amener à Paris lui disaient : —Mais de l’argent ? — Soyez tranquilles, répondait Hubert, on en a. On vous attendra au débarcadère. Venez à Paris, le reste ira tout seul, on se chargera de vous caser. »

Jégo et ses camarades se préparaient à partir quand la couturière Mélanie Simon découvrit que Hubert était un espion. Bizarrement Jégo ne figure pas parmi la liste des signataires de l’assemblée générale des proscrits républicains résidant à Jersey, qui, le 21 octobre 1853, déclara le sieur Julien Hubert comme espion et agent provocateur de la police de Napoléon III.

En octobre 1855 Jégo fit partie, avec François Taféry, Claude Victor Vincent, Kosiell, le docteur Gornet et Philippe Faure, de ceux qui défendirent l’imprimerie universelle suite au « coup d’État de Jersey ». Il semble avoir quitté Jersey peu après, non sans avoir laisse sa photo et une dédicace sur l’album souvenir de Philippe Asplet, protecteur des proscrits. La dédicace était la suivante : « Souvenir à mon brave ami Philippe Asplet, le citoyen Jégo dit Diogène, Jersey 1er novembre fête des morts et départ des Proscrits ».

À son retour en France il s’installa dans son village natal. il y épousa, le 8 août 1859, Élise Sophie Le Rouzic, fille d’une famille de négociants de Le Palais. Il était alors commis négociant, sans doute au service de son beau-frère. À la naissance de sa fille Élise Marie Sophie, le 3 juin 1860, il se qualifiait de négociant. À la naissance de sa fille Marie Stella le 24 avril 1862, il se qualifiait d’entrepreneur de travaux.

Il s’installa ensuite comme commerçant, à Le Palais, commune située sur l’île de Belle-Isle, d’où était originaire sa femme. C’est là qu’il mourut.

Suite à la loi de réparation des victimes du Coup d’État du 2 décembre 1851, sa veuve Élise et sa fille Stella, obtinrent, en 1882, chacune une pension de 300 francs.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article215680, notice JÉGO Louis Marie Bernard par Gauthier Langlois, version mise en ligne le 20 juin 2019, dernière modification le 5 janvier 2021.

Par Gauthier Langlois

Jégo photographié à Jersey entre 1853 et le 1er novembre 1855
Jégo photographié à Jersey entre 1853 et le 1er novembre 1855
(Source : Maison de Victor Hugo - Hauteville House à Guernesey, Album Asplet, fol. 38)

SOURCES : Archives départementales du Morbihan, Acte de naissance, Acte de décès. — Maison de Victor Hugo - Hauteville House à Guernesey, Album Philippe Asplet. — Archives nationales, F/7/*/2591 (liste générale), F/15/4054 (dossier de pension). — Service historique de la Défense, 7 J 14 (Commission départementale du Morbihan. État nominatif des individus signalés comme chefs et principaux agents de la propagande socialiste dans le département) — Victor Hugo, « 1853-L’espion Hubert », Œuvres inédites de Victor Hugo. Choses vues, 1888, p. 291-330. — Charles Hugo, Les Hommes de l’exil, Paris, A. Lemerre, 1875, p. 242. — Le Phare de la Loire, 3 octobre 1882. — Robert Sinsoilliez, Marie-Louise Sinsoilliez, Victor Hugo et les proscrits de Jersey, Ancre de marine, 2008, p. 195. — Jean-Claude Farcy, Rosine Fry, « Jégo - Louis Marie Bernard », Poursuivis à la suite du coup d’État de décembre 1851, Centre Georges Chevrier - (Université de Bourgogne/CNRS), [En ligne], mis en ligne le 27 août 2013.

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