DICHAMP Marcel, Etienne

Par Eric Panthou

Né le 23 mai 1902 à Pionsat (Puy-de-Dôme), décédé le 30 octobre 1981 à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), professeur de français et philosophie, résistant au sein du Front national de lutte pour la libération et l’indépendance de la France (FNLIF) ; membre du Parti communiste (PCF) ; conseiller municipal de Clermont-Ferrand.

Le père de Marcel Dichamp était facteur à Pionsat (Puy-de-Dôme), sa mère sans profession. Il se maria le 22 septembre 1925 avec Charlotte Mestre (?).
S’essayant à la poésie, il eut le plaisir d’être édité dans le premier numéro de la revue Le Journal des Lettres, fondé par Maurice Roya en 1928.
En 1935, il est professeur au collège de Cusset-Vichy et vit à Cusset (Allier). Il est alors membre de la Société du folklore français et du folklore colonial et est considéré comme l’un des meilleurs Correspondants de la Commission des Recherches Collectives. Il est d’ailleurs l’auteur de deux articles jugés excellents sur le folklore auvergnat, parus en 1935 et 1936.
Devenu professeur agrégé de lettres et de grammaire au lycée Blaise Pascal de Clermont-Ferrand, Marcel Dichamp fut largement impliqué dans les organisations antifascistes avant guerre. Il aurait adhéré au PCF dès 1923 selon le cahier des Vétérans du Parti en 1978. Il était membre du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes puis du Bureau de Maison de la Culture qui regroupait essentiellement des militants communistes des professions intellectuelles. Dès 1932, Il correspondit avec Romain Rolland.
Lorsque Pétain accède au pouvoir, il fut d’abord cantonné dans une classe de cinquième puis révoqué par arrêté en date du 14 octobre 1942.
Selon le témoignage du professeur Jean Orcel, Président de l’Union française Universitaire, dès octobre 1940, Marcel Dichamp participe à la rédaction et à la diffusion de tracts d’inspiration patriotique patriotique et antihitlérienne. C’est ce noyau qui va bientôt former le Front national (en mai 1941 selon Orcel).
A partir de septembre 1941, il fit partie du premier bureau départemental du Front national de lutte pour la libération et l’indépendance de la france. A cette date, il n’était pas encore membre du PCF. C’est sans doute en 1942 qu’il adhère au parti dans la clandestinité. Après juillet 1943, toujours membre de la direction du Front national, il participa à la rédaction du journal Le Patriote d’Auvergne. Il était également correspondant des éditions de Minuit.
Après sa révocation en octobre 1942, il devient membre des Comités nationaux d’instituteurs et de professeurs du Front national pour la zone Sud.
Après une descente de la Milice à Pâques 1943 chez Yvonne Canque, alors responsable du Front national à Clermont-Ferrand, celle-ci ne pouvait plus recevoir et transmettre le matériel expédié de Lyon. C’est Marcel Dichamp qui en a alors assumé la charge (imprimés divers, tracts, brochures des éditions de Minuit, les Étoiles, l’organe du Comité national des Écrivains, etc.). Il habitait alors 12 rue Saint-Benoît à Clermont-Ferrand, près du quartier général des Forces de l’Ordre.
Dès 1942 et encore en 1943, il fut en contact avec son collègue agrégé Jean-Michel Flandin, alors capitaine Djinn, chef du service de Renseignements des MUR (SR), Dichamp aidant à la diffusion des tracts de cette organisation, le domicile de Dichamp servant même de relais après juillet 1943 au professeur André Paquot, dit Quinquina, qui remplaça Flandin après son départ.

Marcel Dichamp eut beaucoup de difficulté à obtenir la carte de Combattant volontaire de la Résistance. il reçut un avis défavorable de la commission régionale en 1952, de la commission nationale en 1958, l’activité de l’intéressé dans la Résistance étant jugée “insuffisamment caractérisée”. C’est seulement après un recours gracieux, qu’il eut gain de cause en 1960, après qu’il ait pu obtenir un avis de la Commission centrale pour services accomplis dans la Résistance du 1er juin 1941 au 27 août 1944.

Outre les attestations de madame Canque et du professeur Flandin, la Commission s’appuya sur l’attestation de Jean Bac qui affirma que Marcel Dichamp avait appartenu aux FTP du 1er septembre 1943 au 27 août 1944, attaché à l’état-major FTP départemental affecté au service B, dit service de Renseignements. Il a dans le cadre de cette mission fourni des informations utiles aux unités combattantes, rédigé, imprimé et diffusé des tracts et des journaux sous le contrôle de l’état-major, a transporté et camouflé à plusieurs reprises des armes et munitions.

Le 30 août 1944, au surlendemain de la Libération de Clermont-Ferrand, il fut nommé membre de la Délégation Spéciale provisoire, composant le Conseil municipal de la préfecture puis fut élu lors des élections des 29 avril et 13 mai 1945. En juin 1945, il est l’orateur d’une conférence de France-URSS qui ne reçu pas le succès attendu.
En octobre 1947, il figura en huitième position sur la liste d’Union Républicaine et Résistante et de Défense des intérêts de Clermont-Ferrand, présentée par la PCF. Il était alors professeur de philosophie au Lycée de Clermont, Officier de l’instruction publique. Il fut élu aux côtés de neuf autres camarades. Socialistes et communistes eurent chacun dix élus mais suite à des tractations et manœuvres, les communistes n’eurent aucun adjoint tandis que le socialiste Gabriel Montpied devenait maire. Monsieur Dichamp a néanmoins fait parti des membres du Conseil Municipal de 1944 à 1959, réélu en mai 1953.
Il intégra le Comité fédéral du PCF du Puy-de-Dôme en janvier 1950, nommé responsable de l’Association des élus Républicains (ADER) mais son nom disparaît dès l’année suivante de la liste des élus du comité. En 1955, le Bureau fédéral du Puy-de-Dôme envisage de lui demander de préparer un discours à l’occasion de la commémoration de l’assassinat de Jaurès. Il resta sans doute membre du PCF jusqu’à sa mort puisque son nom apparaît sur la liste des Vétérans du Parti en 1978, domicilié 88 rue de l’Oradou à Clermont-Ferrand.
Il témoigna dans le film de Max Ophuls, Le Chagrin et la pitié, consacré à l’étude de la population clermontoise sous l’Occupation ; mais il fut très mécontent à sa sortie en 1971, comme en témoigne un document de sept pages qu’il a rédigé à ce propos, critiquant les oublis concernant l’engagement des personnels de l’Éducation Nationale et notamment ceux de l’Université de Strasbourg.
Fin 1972 il rejoignit la commission créée par l’amicale départementale des FTPF du Puy-de-Dôme pour publier les documents et archives du Front national.
Ses obsèques civiles eurent lieu dans l’intimité familiale.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article215800, notice DICHAMP Marcel, Etienne par Eric Panthou, version mise en ligne le 25 mai 2019, dernière modification le 14 novembre 2020.

Par Eric Panthou

Oeuvres :
Poème. Le Journal des Lettres, n°1, 1928
“Folklore auvergnat”, Revue de folklore français et de folklore colonial, n°4-5, juillet-octobre 1935.
“Saint Verny”, Revue de folklore français et de folklore colonial, septembre-octobre 1936

SOURCES : Arch. dép. du Puy-de-Dôme, 2546 W 5348. Dossier demande de la carte de Combattant volontaire de la Résistance pour Marcel Dichamp .— Arch. municip. de Clermont-Ferrand : arrêté préfectoral du 30 août 1944 fixant les membres de la délégation spéciale provisoire du Conseil municipal de Clermont-Ferrand .— Candidatures au Comité fédéral du Puy-de-Dôme, janvier 1950, présentées par la Commission politique. (Archives privées, Clermont-Ferrand).— Lettre d’Alphonse Rozier à John Sweets, 22 juillet 1973 (archives privées Alphonse Rozier, Clermont-Ferrand).— Pierre Juquin, Aragon, un destin français. 1939-1982, Paris La Martinière.— Marie Carbonnel, “Le militantisme pacifiste et antifasciste dans le Puy-de-Dôme des années trente”, Siècles, n°11, 2000 .— Bulletin de vote de la liste d’Union Républicaine et Résistante et de Défense des intérêts de Clermont-Ferrand, élections du 19 octobre 1947, archives Eric Panthou .— Notes manuscrites d’Alphonse Rozier (archives privées Alphonse Rozier) .— Lettre de Rozier à John Sweets, 22 juillet 1973 .— Pierre Juquin, Aragon, un destin français, 1939-1982, Paris, éd. de la Martinière, 2013 .— Pierre Juquin, De battre mon coeur n’a jamais cessé, Paris, éd. l’Archipel, 2006 .— “Le Chagrin et la Pitié. Chronique de Clermont-Ferrand sous l’occupation”, par Marcel Dichamp, fin décembre 1971, 7 p. dactyl. (archives Alphonse Rozier).— Lettre de Romain Rolland à Marcel Dichamp, 17 mai 1932 [en ligne sur archives.org] .— Echange téléphonique avec Pierre Juquin, 7 novembre 2018 .— Décisions du Bureau fédéral du 25 juillet 1955 (archives Eric Panthou. Issues des archives Robert Marchadier).— Liste des Vétérans du PCF du Puy-de-Dôme, archives François Vigier .— Comoedia, 1er mars 1928 .— La Voix du peuple, 16 juin 1945. — Etat civil.

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