AUER Ignaz

Par Claudie Weill

Né le 19 avril 1846 à Domelstadt-bei-Passau, mort le 10 avril 1907 à Berlin ; secrétaire du Parti social-démocrate, chef de file du réformisme.

Fils d’un maître boucher mort en 1848, Ignaz Auer fréquentait peu de temps l’école communale avant de faire, de 1859 à 1863, son apprentissage de sellier puis son tour de compagnon à travers l’Allemagne et l’Autriche.
A vingt-deux ans, il fut président de l’Association ouvrière démocrate de soutien et il rejoignit le parti des eisenachiens après sa fondation. En 1872, il trouva du travail à Berlin où il fut élu la même année président de l’Association générale allemande des selliers qu’il avait contribué à créer. L’année suivante, il fut délégué de Berlin au congrès d’Eisenach et participa à la campagne pour la réélection de Bebel au Reichstag. En septembre de la même année, il prit en charge l’expédition du Dresdener Volksbote (Le Messager populaire de Dresde) et la direction du comité électoral régional pour les élections de 1874 au Reichstag. Expulsé de Dresde en avril 1874, il devint le 1er août, secrétaire du Comité du parti à Hambourg, l’une des fonctions les plus importantes du parti : il fut chargé des liaisons entre le Comité directeur et les organisations locales, de l’organisation interne et d’une grande partie du travail d’agitation. Impliqué dans les négociations d’unification avec les lassalliens, il participa à la pré-conférence de Gotha (14-15 février 1875), et au congrès d’unification, il présenta le rapport sur l’organisation et la presse du parti ; il fut alors élu secrétaire du nouveau parti, le SAPD, fonction qu’il exerça jusqu’à la fin de 1877. A la fin de l’été 1876, il fit la connaissance de Karl Marx qui rentrait de Karlsbad. Il prétendra tout au long de son activité militante ne rien comprendre à la théorie ; en fait, il craignait surtout les ravages qu’elle était susceptible d’exercer sur l’unité du parti. A la fin de 1877, il retourna à Berlin où il fut chargé de la direction et de la rédaction de la Berliner Freie Presse et en fait, de surveiller Johann Most. Expulsé de Berlin lors de la proclamation des lois d’exception contre les socialistes, il retourna à Hambourg où il devint corédacteur de la Gerichtszeitung (Gazette juridique) publiée par Dietz. En 1881, expulsé de Hambourg, il se rendit à Schwerin où il devint marchand de meubles. Il fut élu député au Reichstag dès 1877 et siégea jusqu’en 1878 puis, en 1880, il fut élu dans la circonscription de Glauchau-Meerane en remplacement de Bracke, décédé. Il perdit une nouvelle fois son mandat en 1881 mais siégera encore de 1884 à 1887 puis, sans interruption, de 1890 à 1906.
De Schwerin, il fut correspondant de l’organe central clandestin Der Sozialdemokrat et contribua à sa diffusion. Il participa à la conférence du parti à Zurich en 1882 et fut l’organisateur de celle de Copenhague en 1883. Dans le débat au Reichstag sur le projet de subventions aux navires à vapeur, il fut le chef de file de l’aile droite, majoritaire, du groupe parlementaire favorable à ce projet. En avril 1886, il devint corédacteur de la revue publiée par L. Viereck, Das Recht auf Arbeit et s’installa à Munich. Inculpé à deux reprises, à Freiberg en 1886 puis à Munich en 1888, pour formation de société secrète, il fut condamné lors du premier procès à neuf mois de prison. Au congrès de Saint-Gall en 1887, il fut élu avec August Bebel et Wilhelm Liebknecht à la commission chargée d’élaborer un nouveau programme du parti. Malade, il effectua en Suisse une cure aux frais du parti et écrivit une histoire de la période des lois d’exception, Nach zehn Jahren. Élu secrétaire du Comité directeur au congrès de Halle, il retourna à Berlin et devint corédacteur de l’organe central du SPD, le Vorwärts. S’il soutint Bebel dans la lutte contre les Jeunes en 1890-1891, s’opposa à Legien et à la Commission générale des syndicats en 1892-1893, c’est qu’il était persuadé, en dépit des apparences, que les véritables ennemis de la classe ouvrière étaient les gouvernants et que la politique de réformes n’avait pas une valeur absolue. Patriote, il nourrissait la plus grande méfiance à l’égard de l’internationale : l’Alsace-Lorraine devait, selon lui, rester allemande et le rétablissement de la Pologne amputerait le territoire du Reich. Si en 1894, il fut hostile au vote du budget à la Diète de Bavière par les sociaux-démocrates, il fut en revanche favorable, en 1897, à la participation aux élections à la Chambre des députés de Prusse et au soutien des partis bourgeois. Il était en fin de compte partisan d’une Realpolitïk socialiste. C’est pourquoi il reprocha à Bernstein, lorsque parurent ses thèses révisionnistes, d’avoir dit tout haut ce qu’il fallait ; faire en silence, mais son soutien à Bernstein dans les congrès lui valut d’être réélu au Comité directeur avec moins de voix que les autres, lors du congrès de Hanovre en 1899. En fait, en tant qu’homme de la pratique, il appliquait lui-même depuis longtemps les conseils de pragmatisme qu’il donnait à son cadet avec, comme toujours, un certain bonheur dans la formulation. Le secrétaire du parti savait tirer profit de sa correspondance avec les organisations et la presse régionales du parti pour étendre son influence : tout ce qui était adressé au Comité directeur passait par lui et inversement, son opinion personnelle passait pour celle du Comité directeur. Bebel attendit que Auer fût neutralisé par la maladie pour faire transférer le Comité directeur dans les locaux du Vorwärts, craignant un virage à droite de l’organe central du parti. Car Auer protégeait la droite du parti sans la soutenir : il collaborait notamment aux Sozialistische Monatshefte. C’est en effet la maladie qui limita son influence.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article215941, notice AUER Ignaz par Claudie Weill, version mise en ligne le 23 juin 2020, dernière modification le 18 juin 2019.

Par Claudie Weill

ŒUVRE : Nach zehn Jahren, 1913.

SOURCES : E. Bernstein, Ignaz Auer. Eine Gedenkschrift, Berlin, 1907.—H. J. Steinberg, Sozialismus und deutsche Sozialdemokratie. Zur Ideologie der Partei vordem Ersten Weltkrieg, éd. revue, Bonn, 1979.—W. Liebknecht, Briefwechsel mit deutschen Sozialdemokraten 1878- 1884, vol. II, Francfort, 1987. —Lexikon,op. cit. —BLDG, op. cit.

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