BAADER Franz von

Par Jacques Droz

Né le 23 mars 1765 à Munich, mort le 23 mai 1841 à Munich ; théologien catholique social.

Après avoir étudié la médecine et les sciences naturelles à Ingolstadt et Vienne, Franz von Baader fréquenta l’école des mines de Freiberg (1788-1792), fit plusieurs voyages d’étude en Angleterre et en Écosse pour s’établir, en 1799, comme ingénieur des mines à Munich. En 1808, il fut élu membre de l’Académie des sciences de cette ville. En 1814, il publia un mémoire d’inspiration mystique en faveur de la Sainte-Alliance qui parvint au tsar par l’intermédiaire de la baronne von Krüdener (1764-1824). Il songea, en 1822, à créer à Saint-Pétersbourg une académie qui aurait eu pour but la réconciliation des trois Églises chrétiennes, la Russie lui paraissant alors comme étant l’intermédiaire entre l’Occident et l’Orient. Le renom qu’il avait acquis par ailleurs comme théologien, sous l’influence de Jakob Böhme (1575-1624) et de Saint-Martin, entraîna en 1826 sa nomination à la faculté de théologie de Munich, où il eut quelques difficultés du fait de ses vues critiques concernant le pouvoir pontifical.
Si sa philosophie politique fut fortement marquée par les romantiques, en particulier par Adam Müller, il fut le premier en Allemagne à comprendre le rôle que devait jouer le prolétariat industriel. En 1835, il publia une brochure, Über das dermalige Missverhältnis der Vermögenslosen oder Proletairs zu den vermögenden besitzenden Klassen der Societät... (Sur le désaccord présent entre l’homme sans avoir ou prolétaire et la classe des possédants dans la société), où il démontrait que révolution se faisait dans le sens de l’accumulation des capitaux dans un petit nombre de mains et qu’en face de quelques privilégiés se développait une masse de travailleurs entièrement indifférents à l’avenir de la nation et dont le sort était aggravé d’une part par la révolution industrielle, d’autre part par l’établissement, au profit de la bourgeoisie, d’un régime censitaire : « Qui est témoin, écrivait-il, de l’immensité de la détresse physique et morale et du dénuement où est jetée la plus grande partie des prolétaires en Angleterre et en France, celui-là, malgré l’affirmation publique du contraire, devra reconnaître que le servage dans sa plus grande dureté n’a pas été aussi cruel et inhumain et détaché de tout christianisme (car le christianisme est humanité) que cette période « liberté », que cette absence de protection et de recours qui règnent chez la plupart des nations prétendument instruites et cultivées. » Selon lui, liberté et égalité n’avaient aucun sens sans création, pour les travailleurs, de libres associations autorisées parla loi. Estimant que la « charité » était inapte à résoudre la question sociale, parfaitement conscient de la haine montante dont était l’objet l’Église, il souhaitait que celle-ci prît en main le sort du prolétariat et s’en fît l’avocat. Baader voyait la solution du problème social dans l’établissement d’une religion universelle (Weltreligion) et l’élargissement du clergé en une classe universelle (Weltstand). Mais ses idées n’eurent que peu d’influence : il mourut oublié.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article215943, notice BAADER Franz von par Jacques Droz, version mise en ligne le 23 juin 2020, dernière modification le 25 juin 2019.

Par Jacques Droz

ŒUVRE : Lettres inédites, Francfort, Bâle, Berne, 1983. —Fermenta cognitionis, Paris, 1985.

SOURCES : E. Susinf, Franz von Baader et le romantisme mystique, 2 vol., Paris, 1942. — J. Siegl, Franz von Baader. Ein Bild seines Lebens und Wirkens, Munich, 1957. — E. Benz, « Franz von Baaders Gedanken über den « Proletaire ». Zur Geschichte des vor-marxistischen Sozialismus », in Zeitschrift für Religions- und Geistesgeschichte, II, 1948. — R. Morsey, J. Aretz, A. Rauscher (éd.), Zeitgeschichte in Lebensbildern : aus dem deutschen Katholizismus des 19. und 20. Jahrhunderts, 6 vol. Mayence, 1973-1984. — Caria de Pascale, Tra rivoluzione, la filosofía delle società di Franz von Baader, Naples, 1983.

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