BAMBERGER Ludwig

Par Jacques Droz

Né le 22 juillet 1823 à Mayence, mort le 14 mars 1899 à Berlin ; démocrate en 1848, puis rallié à Bismarck.

Né dans une famille de commerçants aisés, Ludwig Bamberger fît à Giessen, Heidelberg et Göttingen des études de droit qui firent de lui un admirateur des institutions juridiques de la France, vers laquelle il resta longtemps tourné. Aussi vit-il dans la révolution de 1848 lé moyen de conférer à l’Allemagne, devenue selon ses souhaits une république démocratique et indivisible, une grande existence nationale. Dans l’Association démocratique qu’il avait fondée en mai 1848, il constitua un front, s’étendant à la Hesse-Darmstadt, qui englobait la bourgeoisie progressiste, les puissants Arbeitervereine, qui s’étaient élevés avec succès contre les bris de machines et le luddisme instinctif des ouvriers (notamment dans le domaine des chemins de fer et de la navigation à vapeur), les sociétés de gymnastique qu’il cherchait à arracher à l’influence rétrograde de Hans Jahn. Démocrate radical et anticlérical, Bamberger refusait, bien que collaborant parfois avec Karl Wallau de la Ligue des communistes, de faire de la Mainzer Zeitung un organe d’orientation marxiste et soutenait, lors du premier congrès démocratique de juin 1848, qu’il était absurde de faire croire à la classe ouvrière qu’elle était capable à elle seule de vaincre la bourgeoisie. Bien qu’il fût déçu parla révolution, il participa à la révolte du Palatinat, mais s’enfuit en Suisse en juin 1849.
Il est remarquable que, dès les lendemains de la révolution, il se soit détourné du socialisme. Employé dans la banque Bischoffsheim à Londres, il représenta celle-ci à Paris où, sous le Second Empire, il fit une grosse fortune et acquit une vaste expérience financière et monétaire. Rentré en 1866 en Allemagne où il avait été en 1852 condamné à mort par contumace, il soutint la politique de Bismarck auquel il reprochait cependant d’avoir institué le suffrage universel. Il fut élu en 1868 au Parlement douanier, en 1871 au Reichstag où il siégeait comme député de Bingen-Alzey sur les bancs nationaux-libéraux. Employé par Bismarck à des négociations franco-allemandes après la guerre de 1870, il acquit une grande considération en matière financière, réalisa l’unité monétaire et participa à la fondation de la Reichsbank. Violemment hostile à toutes les formes du mouvement ouvrier, même aux « socialistes de la chaire », il vota le Sozialistengesetz. Libre-échangiste convaincu, il abandonna Bismarck lors de sa conversion au protectionnisme, fit « sécession » et devint l’inspirateur de la femme anglaise du Kronprinz, Victoria. Au terme de sa vie, devant le péril agrarien et la montée de l’antisémitisme, ce libéral de gauche préconisa de nouveau un rapprochement avec la social-démocratie.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article215944, notice BAMBERGER Ludwig par Jacques Droz, version mise en ligne le 23 juin 2020, dernière modification le 25 juin 2019.

Par Jacques Droz

ŒUVRE : Gesammelte Schriften, 5 vol., 1894-1898. —Erinnerungen, 1899.

SOURCES : W. Bussmann, « Zwischen Revolution und Reichsgründung. Die politische Vorstellungswelt von L. Bamberger », in Schicksalswege deutscher Vergangenheit Festschrift für S.A. Kaehier, Düsseldorf, 1950. — S. Zucker, « L. Bamberger and the Rise of antisemitism in Germany 1848-1893 », in Central European History, vol. 3, no. 4,1970 ; Bamberger. German liberal politician and social critic 1823-1899, Pittsburgh, 1975. — R. Weber, « Ludwig Bamberger. Der radikale Republikaner », in Männer der Revolution von 1848, II, Berlin-Est, 1987. — Marie-Lise Weber, Ludwig Bamberger : Ideologie statt Realpolitik, Stuttgart, 1987. — BLDG, op. cit.

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