BÖRNSTEIN Georg, Christian, Heinrich (Henry en France et aux États- Unis)

Par Jacques Grandjonc

Né le 4 novembre 1805 à Hambourg, mort le 10 septembre 1892 à Vienne ; journaliste.

Chevalier d’industrie en matière de théâtre et de journalisme, accessoirement de politique, Heinrich Börnstein n’a d’importance pour le mouvement ouvrier allemand que dans sa période parisienne de 1843 à 1848. Ce Hambourgeois a tour à tour été caporal dans l’armée autrichienne, acteur au Burgtheater de Vienne, critique théâtral, journaliste à toutes mains, régisseur de théâtre à Mayence en 1841-1842, d’où il partit avec une troupe — et sans engagement — pour Paris. Là il devint correspondant d’un certain nombre de journaux allemands, fonda en 1843, avec son frère Karl, une « fabrique de traduction » de pièces de boulevard parisiennes et une agence de presse, l’année suivante le Vorwärts !, journal qui sera étouffé fin 1844 par la justice française. Il devint vraisemblablement indicateur de la préfecture de Police dans le milieu des Allemands de Paris, fonda une bibliothèque allemande de prêt, fut naturalisé français le 6 mai 1848 et rédigea à Paris, de juin à décembre 1848, un Bulletin de nouvelles d’Allemagne manuscrit pour le ministère des Affaires étrangères. Il émigra au début de 1849 à la suite de son ami Bernays pour les États-Unis, publia de 1850 à 1863 le grand journal de langue allemande de Saint-Louis, Der Anzeiger des Westens, confié à son fils pendant qu’il représentait les États-Unis quelques mois à Brême en 1861-1862, participa à la guerre de Sécession à la tête d’un détachement allemand, dirigea à nouveau un théâtre de 1869 à 1871 et écrivit pour finir ses « Mémoires d’un homme sans importance », à utiliser avec beaucoup de précaution.
Son Bureau central de commission et de publicité, la première agence de presse allemande, qu’il vendit en 1848 à Löwenfels, employa à partir de 1845 C.L. Bernays, qui en profita pour diffuser en Allemagne des informations sur le mouvement socialiste et communiste. Quant au Vorwärts !, feuille insignifiante à ses débuts, qui dura une année pleine (1844) et n’eut qu’un seul numéro en 1845, il dut son importance à l’entrée à la rédaction, en mai 1844, de Bemays qui en prit la direction à partir de la fin juin et en fit l’organe des « humanistes », c’est-à-dire des socialistes et communistes allemands de l’étranger, Paris, Londres, la Suisse.
La bibliothèque de prêt, dispersée aux États-Unis après 1848, est connue par son catalogue de 1847 : elle comprenait un peu plus de trois mille trois cents volumes (dans ses mémoires, Börnstein parle de dix mille), dont les œuvres des principaux écrivains de l’opposition et de l’exil, de Börne à Alexandre Weill, en passant par Freiligrath, Grün, Heine, Heinzen, Ruge et, de Marx et Engels, La Sainte Famille.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article215977, notice BÖRNSTEIN Georg, Christian, Heinrich (Henry en France et aux États- Unis) par Jacques Grandjonc, version mise en ligne le 23 juin 2020, dernière modification le 14 février 2020.

Par Jacques Grandjonc

ŒUVRE : Catalog der deutschen Leihbibliothek, 8 Rue J.-J. Rousseau, ms., 64 p. [Paris, 1847], BN, 8° Q 28. — Bulletin de Nouvelles d’Allemagne de M. Henri Bomstein, ms., Archives du ministère des Affaires étrangères, Mémoires et documents, vol. 129. — Fünfundsiebzig Jahre in der Allen und Neuen Welt. Memoiren eines Unbedeutenden, 2 vol., 1884.

SOURCES : J. Grandjonc, Marx et les communistes allemands à Paris. Vorwärts 1844, Paris, 1974 ; « La presse de l’émigration allemande en France (1795-1848) », in Archiv für Sozialgeschichte, vol. 10, Hannover, 1970. — W. Schmidt, « Einleitung », in Vorwàrts !, Unverànderter Nachdruck, Leipzig, 1975.

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