BRECHT Eugen, Berthold, Friedrich, adopta très tôt le prénom de Bertolt.

Par Gilbert Badia

Né le 10 février 1898 à Augsbourg, mort le 14 juin 1956 à Beriin-Est ; dramaturge ayant eu des liens étroits avec le mouvement ouvrier allemand.

Le plus célèbre de tous les auteurs dramatiques allemands (et sans doute mondiaux) de la première moitié du vingtième siècle, Bertolt Brecht entretenait, surtout à partir de 1926, des liens très étroits avec le mouvement ouvrier allemand. Sans jamais donner dans un théâtre de propagande, il faisait de la dénonciation du capitalisme puis du fascisme, dont il montra les tares et les côtés grotesques, le thème central de son œuvre. Sa prise de position en faveur du socialisme explique sans doute aussi sa décision de s’établir après la guerre en RDA où il mettra en scène quelquesuns de ses chefs-d’œuvre.
Brecht était le fils aîné du directeur commercial d’une fabrique de papier d’Augsbourg. Après le baccalauréat (1917), il entreprit des études médicales à l’Université de Munich. A la fin de 1918, mobilisé dans le service de santé, il fit partie du conseil de soldats d’Augsbourg et collabora à un journal local de l’USPD. Passionné de théâtre, il réussit à faire jouer sa première pièce, Tambours dans la nuit, à Munich en 1922. En 1924, il se fixa à Berlin. C’est à partir de 1926 qu’il se mit à étudier le marxisme et se lia avec des théoriciens du marxisme : Fritz Sternberg, Karl Korsch, Walter Benjamin, tandis qu’il collabora aux mises en scène d’Erwin Piscator. L’opéra de quat’sous joué en 1928 (musique de Kurt Weill), le plus grand succès théâtral de la République de Weimar, fit connaître le nom de son auteur dans le monde entier. Ce fut l’époque où il donna sa définition du « théâtre épique » (qu’il appellera plus tard « théâtre dialectique »), dont le but était de provoquer un jugement critique sur la société et l’État qu’il importe de transformer. Le théâtre peut, selon Brecht, faciliter par l’effet de distanciation (Verfremdung) la prise de conscience du spectateur et, l’arrachant à son aliénation, l’inciter à intervenir lui-même pour hâter la transformation révolutionnaire du monde.
Les choix idéologiques de Brecht apparaissent plus nettement dans les pièces comme La Mère (d’après Gorki), Sainte Jeanne des Abattoirs et La Décision (Die Massnahe), pièce didactique qui propose du communisme une version politicomorale qui n’échappe pas à un certain sectarisme.
En 1929, Brecht épousa l’actrice Helene Weigel.
Au lendemain de l’incendie du Reichstag, Brecht émigra en Tchécoslovaquie et, passant par la France, alla se fixer au Danemark. En 1935, au congrès de Paris pour la défense de la culture, il insista sur les liens qui unissaient le fascisme au capitalisme (idée reprise dans La résistible ascension d’Arturo Ui, 1941). Le fascisme qui n’était pas, selon Brecht, un événement fatal, ne pouvait être vaincu que si l’on s’attaquait aux raisons du mal, c’est-à-dire l’exploitation de l’homrne par l’homme. Il serait vain de penser que dans l’univers capitaliste l’homme puisse être « bon » ; ce n’est pas la nature de l’individu, mais l’environnement économique et social qu’il convenait de changer.
Pendant l’exil, Brecht écrivit quelques-unes de ses plus grandes pièces. Les fusils de la mère Carrar (1937) inspirée par la guerre civile espagnole, Mère Courage et ses enfants (1939), Grand’peur et misère du Troisième Reich (1935-1938), La bonne âme de Se-Tchouan (1938-1940), Maître Puntila et son valet Matti (1940- 1941).
L’invasion du Danemark par la Wehrmacht obligea Brecht à se réfugier en Suède. De là il passa en Finlande et, traversant l’Union soviétique, gagna la Californie en 1941. Il n’eut que peu de succès à Hollywood et sur les scènes américaines.
Après la guerre, suspect de communisme, il dut comparaître devant le comité qui se proposait de débusquer les intellectuels coupables « d’activités anti-américaines ». Aussitôt Brecht quitta les États-Unis pour la Suisse. En janvier 1949, Mutter Courage fut créé au Deutsches Theater à Berlin-Est. Brecht s’établit alors dans la capitale de la RDA, fonda une troupe théâtrale, le Berliner Ensemble (1949) et se vit attribuer un théâtre : Theater am Schiffbauerdamm (1954). Bien que ses théories dramatiques (distanciation, théâtre épique) y fussent discutées, il bénéficia d’un très généreux soutien financier de la part des autorités de RDA.
Après son retour en Europe, il avait pris la nationalité autrichienne en 1950. Il écrivit peu de pièces (Les Jours de la Commune, 1948-1949), mais beaucoup de poèmes et surtout des essais théoriques, où il exposa les conceptions qui renouvelèrent la mise en scène.
Il s’efforça de faire prendre conscience au spectateur des moyens que le capitalisme employait pour exploiter les travailleurs et surtout des comportements qu’induisait cette exploitation. Ses poèmes (Fragen eines lesenden Arbeiters) comme son théâtre (Die Ausnahme und die Regel) s’employaient à développer l’esprit critique du lecteur ou du spectateur. L’œuvre était conçue comme un instrument forgé pour la lutte, mais qui jamais n’imposait une conviction par la force d’un slogan. Brecht écrivait en fonction d’un public qu’il impliquait étroitement dans son propos dès le départ, afin de le contraindre à cette liberté et à ce choix qui seuls pouvaient garantir une transformation du monde.
Ses conceptions ne s’imposèrent pas sans discussions. Au lendemain du 17 juin 1953, il écrivit des poèmes fort critiques sur la direction du SED qui ne furent rendus publics que plus tard.
En mai 1956, Brecht fut admis à l’hôpital à la suite d’une grippe. Il mourut d’un infarctus le 14 août et fut enterré au Dorotheenfriedhof, aux côtés de Hegel.
S’il était toujours resté lié au mouvement ouvrier, dont il avait exalté les succès tout en essayant de tirer enseignement de ses échecs, Brecht n’avait jamais donné dans l’ouvriérisme. Il essayait de faire prendre conscience au spectateur, de maintenir en éveil son esprit critique en utilisant toutes les ressources d’un art théâtral qui vit aujourd’hui encore de ses innovations.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article215987, notice BRECHT Eugen, Berthold, Friedrich, adopta très tôt le prénom de Bertolt. par Gilbert Badia, version mise en ligne le 23 juin 2020, dernière modification le 14 février 2020.

Par Gilbert Badia

ŒUVRE ; Gesammeite Werke, 8 vol., Francfort, qui ont été complétés par Arbeitsjournal (1973), Tagebücher (1975) et Texte für Filme (1969). Une édition plus complète est en cours de publication (Éd. Suhrkamp, Francfort et Aufbau, Berlin-Est) dont les cinq premiers tomes ont paru en 1988. En français, les principales œuvres ont été publiées par les éditions de l’Arche à partir de 1955.

SOURCES : K. Volker, Bertolt Brecht, eine Biographie, Munich, Vienne, 1976 (trad. franç., 1978). — « Bertolt Brecht », in Obliques, no. 20-21, 1980 (photographies et bibliographie). — Marie-Louise Fleisser, Avant-garde. Souvenirs sur Brecht, Paris, 1982. — W. Mittenzwei, Das Leben des Bertolt Brecht oder der Umgang mit den Welträtseln, 2 vol., Berlin, 1986. — Lexikon, op. cit. — Benz et Graml, op. cit. — Rœder et Strauss, op. cit.

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