BREDEL Willi, Karl, Friedrich

Par Gilbert Badia

Né le 2 mai 1901 à Hambourg, mort le 27 octobre 1964 à Berlin-Est : écrivain communiste.

Les ouvriers qui réussissent à devenir dé véritables écrivains ne sont pas légion. Willi Bredel était l’un d’eux. Il a su traduire dans son œuvre, avec talent et authenticité, sa riche expérience d’ouvrier et de militant communiste qui a participé toute sa vie aux combats de la classe ouvrière allemande.
Fils d’un ouvrier cigarier, Bredel fit son apprentissage de tourneur à Hambourg (1916-1920) et participa au mouvement de la Jeunesse ouvrière socialiste. Il collabora au journal de jeunes de Hambourg, Freie proletarische Jugend et adhéra au KPD en 1919. Chômeur, il parcourut l’Allemagne et l’Italie en 1922-1923, gagnant sa vie grâce à des travaux occasionnels.
En 1923, il fut embauché aux chantiers navals Blohm-et-Voss de Hambourg, participa au soulèvement communiste (23-25 octobre), fut arrêté et condamné à deux ans de prison, mais bénéficia d’une amnistie en 1925.
En prison il écrivit son premier récit, Marat der Volksfreund (Marat l’ami du peuple) qui fut publié en 1924. En 1925-1926, il collabora comme journaliste à diverses publications du KPD. Il s’embarqua sur un bateau en qualité de mécanicien, en 1927-1928, et envoya des correspondances à la Hamburger Volkszeitung ce qui lui valut d’être licencié. Il se fit alors embaucher dans la fabrique de machines-outils Nagel-et-Kaemp, fut élu au comité d’entreprise et de nouveau congédié.
En 1928, il fit partie de la rédaction de la Hamburger Volkszeitung et adhéra au Bund proletarisch-revolutionarer Schriftsteller (Ligue des écrivains prolétariens révolutionnaires, BPRS). Arrêté de nouveau en 1929, il fut condamné en 1930 à deux ans de forteresse pour « haute trahison littéraire », Dans les prisons de Hamburg-Bergedorf et Wesermünde-Lehre, il écrivit des romans qui lui valurent la notoriété : Maschinenfabrik N und K, Rosenhofstrasse, Der Eigentumsparagraph. Il y décrivait, à partir de ses expériences personnelles, l’exploitation capitaliste et la lutte des ouvriers, en exaltant le travail des communistes dans les entreprises. Au sein même du mouvement communiste, ces œuvres furent très discutées. Lukacs, qui occupait une très forte position dans la critique littéraire, les considérait comme de simples reportages, une sous-littérature en somme, à laquelle il opposait l’œuvre des grands romanciers tels Thomas Mann.
L’arrivée des nazis au pouvoir lui valut d’être interné dans le camp de concentration de Hambourg-Fuhlsbüttel. Libéré après douze mois de détention, il émigra à Prague où il écrivit Die Prüfung (L’épreuve), premier document littéraire sur la cruauté de la répression nationale-socialiste. Le roman sera traduit en dix-sept langues. La même année (1934), il se rendit à Moscou où il édita avec Brecht et Lion Feuchtwanger, qui résidaient au Danemark et en France, la revue Das Wort qui, ouverte à toutes les tendances, soutint en pleine terreur stalinienne la politique du Front populaire.
En 1937, après avoir participé en Espagne au IIe congrès des écrivains pour la défense de la culture (Valence, Madrid, Barcelone, 4-17 juillet 1937), Willi Bredel s’engagea dans les Brigades internationales. D’août 1937 à octobre 1938, il fut commissaire politique du bataillon Ernst Thälmann. D’Espagne, il gagna Paris où il séjourna jusqu’à l’automne 1939 et repartit alors en Union soviétique où il commença à rédiger sa trilogie romanesque Verwandte und Bekannte (Parents et connaissances).
Après l’invasion de l’URSS par la Wehrmacht, il rédigea des tracts ou s’adressa par haut-parleur aux soldats allemands pour les inviter à cesser le combat. Il participa à la fondation du Comité national de l’Allemagne libre et prépara des instructions pour un renouveau culturel dans une Allemagne libérée du fascisme,
Bredel fit partie des premiers émigrés allemands en URSS qui rentrèrent en Allemagne avant même la fin des combats (groupe Sobbotka qui arriva en Mecklembourg le 6 mai 1945). Dans le Mecklembourg d’abord (il fut député au Landtag de 1947 à 1949), sur le plan national ensuite (il fut député à la Chambre du peuple pro¬visoire (1949-1950) puis à la Chambre du peuple (1963)), il participa à la mise en place du nouveau régime, en s’intéressant particulièrement au secteur culturel ; il fonda et dirigea le Kulturbund dans le Mecklembourg. De 1956 à 1962, il fut vice-président, à partir de 1962 président de l’Académie des arts. Il fit partie de la présidence de l’Union des écrivains de RDA et du PEN-Club. De 1947 à 1954, il fut rédacteur en chef de la revue Heute und Morgen, de 1953 à 1957, de la revue Neue Deutsche Literatur. Il devint alors l’exemple même de l’écrivain illustrant le réalisme socialiste.
En 1948, Bredel fit paraître une biographie de Emst Thälmann, écrivit en 1954-1955, avec Tschesno-Hell, le scénario du film sur Thälmann tourné par la DEFA. De 1959 à 1964 parut sa dernière œuvre, une nouvelle trilogie romanesque qui décrivait les débuts de la RDA : Ein neues Kapitel.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article215988, notice BREDEL Willi, Karl, Friedrich par Gilbert Badia, version mise en ligne le 23 juin 2020, dernière modification le 17 juin 2020.

Par Gilbert Badia

ŒUVRE : Gesammelte Werke in Einzelausgaben (Œuvres complètes), 11 vol., Berlin, 1961- 1968.

SOURCES : Willi Bredel, Dokumente seines Lebens, Berlin, 1961. — W. Krâmer, Faschisten im Exilroman 1933-1939, Pfaffenweiler, 1987. — Lexikon, op. cit. — Durzak, op. cit. — Rœder et Strauss, op. cit.

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