BREITSCHEID Rudolf

Par Jacques Droz

Né le 2 novembre 1874 à Cologne, mort le 24 août 1944 à Buchenwald ; parlementaire social-démocrate, victime du nazisme.

Après des études d’économiste, Rudolf Breitscheid, qui était le fils d’un libraire colonais, devint rédacteur de plusieurs journaux libéraux, rejoignit la Freisinnige Vereinigung (Union libérale), fut élu, en 1904, au conseil municipal de Berlin et, après une longue carrière dans l’Union démocrate (Demokratische Vereinigung), adhéra en 1912 au SPD. Pendant la guerre, il évolua par pacifisme vers la gauche du parti, entra de 1917 à 1922 à l’USPD, pour s’en détacher lorsque celui-ci voulut se fondre avec le KPD. Revenu au SPD, il devint au Reichstag, où il avait été élu en 1920, l’un des spécialistes en politique étrangère, soutint la politique de Stresemann et participa à la délégation allemande à la SDN. Élu au Parteivorstand au congrès de 1931 à Leipzig, il s’y opposa — conscient de l’étendue du péril nazi — à la thèse selon laquelle il fallait laisser les nazis arriver au pouvoir pour qu’aussitôt ils se discréditent.
En 1933, il émigra en Suisse puis à Paris, où il entretint des rapports avec la SOPADE et collabora à de nombreux journaux occidentaux, notamment au Gegenangriff de Paris. Il comptait sur la force des démocraties et sur la SDN pour endiguer le fascisme. Il fut hostile à toute formation politique dans l’émigration, de droite ou de gauche. Mais lorsqu’il constata l’échec des démocraties, il devint favorable à un Front populaire allemand, dont la SOPADE l’avait chargé de surveiller la formation : c’est ainsi que, séduit parla personnalité de Münzenberg et avec l’accord de Blum, il participa à la séance de l’hôtel Lutetia le 2 février 1936, ce qui lui valut des remontrances de ses collègues de Prague. Il n’en collabora pas moins à l’organe du Front, les Deutsche Informationen et à l’appel lancé par Heinrich Mann en décembre 1936. Mais, suite aux procès de Moscou et au remplacement de Münzenberg par Ulbricht, il abandonna toute activité et, entièrement isolé, ne s’occupa plus que du sort des réfugiés dans le cadre de l’Arbeiterwohlfahrt parisienne. Réfugié dans le Sud de la France, n’ayant pu obtenir un visa pour la Suisse, il fut livré par les autorités françaises à la Gestapo et poursuivi pour haute trahison. Il trouva la mort dans un bombardement allié, le 24 août 1944, dans les environs de Buchenwald où il avait été déporté.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article215989, notice BREITSCHEID Rudolf par Jacques Droz, version mise en ligne le 23 juin 2020, dernière modification le 14 février 2020.

Par Jacques Droz

ŒUVRE : Die Landpolitik in den australischen Kolonien, 1899. — Der Bülow-Block und der Liberalismus, 1908. — Antifaschistische Beiträge 1933 -1939, prés. par D. Lange, 1977.

SOURCES : K. Schacht, « Rudolf Breitscheid. Sein Wirken für die Einheitsfront von SPD und KPD », in Marxistische Blätter, n° 7, 1969. — P. Pistorius, Rudolf Breitscheid 1874-1944. Ein biographischer Beitrag zur deutschen Parteigeschichte, Diss. Nuremberg, 1970. — Langkau, Volksfront, op. cit. — Osterroth, op. cit. — Rœder et Strauss, op. cit. — Benz et Graml, op. cit.

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